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La fermeture des frontières maritimes sénégalaises plombent l’économie des mareyeurs. Depuis l’entrée en vigueur de la mesure, ils disent constater une baisse de leur chiffre d’affaires liée à la raréfaction du poisson. Du port autonome de Dakar à Soumbédioune, le cri du cœur est le même que l’Etat leur vienne en aide à travers le Fonds de riposte et de solidarité du Covid 19.

L’espace maritime sénégalais est fermé jusqu’à nouvel ordre. Une mesure qui rentre dans le cadre de la prévention du Covid 19 déclaré au Sénégal début mars. «Ça va être compliqué pour nous mais nous laissons tout entre les mains de Dieu. Nous ne sommes pas comme les propriétaires d’usine qui ont les moyens de trouver du poisson. Nous les revendeurs, nous dépendons du débarquement des navires.» C’est l’inquiétude d’un marin à la retraite reconverti mareyeur. Il exerce au môle 10 du port autonome de Dakar depuis des années. Depuis l’entrée en vigueur de la décision de l’Etat, les activités sont au retenti, constate-t-il. Pour cause, ajoute-t-il, la quantité de poissons dans le marché a considérablement baissé. Actuellement, selon toujours ce mareyeur, le marché est fourni par les usines qui disposent d’importants stocks de «poissons congelés en mer». Un vent poussiéreux souffle ce matin au môle 10. Devant la porte principale, des gendarmes, masques sur le nez, surveillent les entrées.

Le carton de poisson passe de 30 000 à 35 000 franc Cfa
A quelques jets de pierre, des mareyeurs regroupés guettent l’arrivée de potentiels clients. «Dispersez-vous ! Les rassemblements sont interdits. Où sont vos masques ? Rentrez à l’intérieur ou quittez ici», ordonne un officier de la police en langue wolof. A peine ces mots prononcés, tout le monde s’engouffre dans la pièce. Dès le départ des Forces de l’ordre, ils reviennent à leur place. L’ambiance reprend de plus belle. A chaque instant, des cartons de «poissons congelés en mer» à bord de pousse-pousse sont déchargés. Il s’agit de qualité de poissons tels que le Dorat, le pajot, qui coûte entre 32 000 francs et 35 000 francs Cfa l’unité. Alors qu’en temps normal, le prix du carton est fixé à 30 000 francs Cfa au maximum. Face à la rareté du poisson, les revendeurs sont aujourd’hui obligés de se rabattre sur ces «poissons congelés en mer» pour espérer amener quelque chose à la maison.

Le poisson se raréfie
Dans une pièce en face, plusieurs frigos contiennent du poisson frais. A l’entrée, les mesures d’hygiène sont au rendez-vous. Le lavage des mains à l’eau et au savon est édicté avant d’accéder à la salle. Trouvé devant la porte, Vieux Fall confirme la raréfaction du poisson. «Le poisson est en manque actuellement. Parce que les conteneurs qui venaient de la Guinée ne peuvent plus débarquer au Sénégal à cause de la fermeture des frontières. C’est pourquoi le travail est à l’arrêt. Vous voyez vous-même nous sommes assis à l’extérieur», a déclaré M. Fall. Ce dernier est revendeur. Il vient de Guédiawaye dans la banlieue dakaroise. En temps ordinaire, il descendait à 22 heures, mais avec l’instauration du couvre-feu de 20 heures à 6 heures du matin entrée en vigueur, mardi, il est contraint de quitter les lieux plus tôt. Ce jeune en appelle d’ailleurs, au respect de consignes édictées par les autorités étatiques comme l’interdiction des rassemblements.
Dans un autre lieu, un décor nouveau s’offre aux visiteurs. A Soumbédioune, les pirogues sont à quai. Un vent frais balaie la plage abandonnant dans la nature des particules de poussière. Là, les sujets de discussion tournent autour de la fermeture des frontières, de l’interdiction de rassemblement, de l’instauration du couvre-feu, entre autres. Au milieu d’un groupe de jeunes pêcheurs, Alassane Dialy Ndiaye dit Alou, verse sa colère sur ceux qui «sont rentrés dans le pays tout en sachant qu’ils sont atteints du coronavirus». Pour lui, ces personnes devraient être poursuivies et sanctionnées pour ce «crime». Par ailleurs, il a montré son désaccord par rapport à un éventuel confinement des Sénégalais au regard de la promiscuité et de la pauvreté dans les foyers. Parce que, dit-il, la majeure partie des Sénégalais vivent des activités quotidiennes qu’ils mènent. Son collègue Ousseynou Gningue, habitant Fann Hoc, a des préoccupations par rapport au couvre-feu. «Nous savons que ces décisions ont été prises pour notre protection. Mais, nous sommes des soutiens de famille. C’est pourquoi nous demandons à l’Etat de nous donner par exemple une autorisation qui nous permettra d’aller en mer aux heures habituelles sans être inquiétés», plaide-t-il. D’ordinaire, ils partent en mer à partir de 5 heures du matin. Fatou Kiné Fall prend aisément son petit déjeuner au milieu d’une place vide, sevrée de l’ambiance des après-midi. A perte de vue, on aperçoit les étals presque vides. Les quelques clients négocient avec les rares mareyeuses sur place. Elle quitte Guédiawaye chaque jour. Elle a l’habitude de rentrer au-delà de 23 heures. Face aux mesures prises par l’autorité, elle tient à les respecter. El Hadji Malick Diop a passé 23 ans au quai de pêche de Soumbédioune. Habitant la banlieue aussi, il rentre à 23h ou vers minuit, tout comme beaucoup d’autres qui viennent de Yeumbeul, Malika, Rufisque, etc. «Le coronavirus a détruit l’économie mondiale. De plus en plus, les clients se font rares ici. Parce qu’ils ont peur de sortir à cause de la maladie.  Nous sommes impactés comme beaucoup d’autres travailleurs. Raison pour laquelle, nous demandons au président de la République de penser à nous par rapport à l’aide qu’il a promise aux travailleurs du secteur de l’hôtellerie», demande Hadji Malick Diop.
Dans un communiqué, l’autorité avait fait les précisions suivantes : «Les navires de pêche étrangers, opérant hors des eaux sous juridiction sénégalaise, sont interdits de débarquement et d’escale dans les ports sénégalais jusqu’à nouvel ordre, sauf en situation d’urgence et sur autorisation de l’Admi­nistration maritime», a ordonné le ministre de la Pêche et de l’économie maritime, Alioune Ndoye, qui rappelle que «les navires autres que ceux visés au premier point, y compris les navires sénégalais, sont astreints à se soumettre au contrôle sanitaire du médecin aux frontières maritimes, au point unique d’entrée instauré au port de Dakar. L’accostage n’est autorisé par les services portuaires qu’après présentation de la libre pratique (quitus sanitaire). Le visa des contrats d’engagement maritime par l’Administration maritime est suspendu jusqu’à nouvel ordre». En plus, il ajoute que le «transbordement en mer, de quelque nature que ce soit, est formellement interdit à l’ensemble des navires et aux pirogues de la pêche artisanale». Enfin, «les embarcations de pêche artisanale, opérant hors des eaux sous juridiction sénégalaise, sont tenues de déclarer leur sortie en mer et il leur est interdit d’embarquer des tiers, sauf en cas d’urgence».

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