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Hier en matinée à 8h pour la séance presse et en soirée officielle à 20 H 30, Félicité du réalisateur Alain Gomis a été projeté. Très attendu au Fespaco après avoir remporté à Berlin l’Ours d’argent, ce long-métrage n’a pas déçu le public, qui massivement assisté aux projections d’hier. Ce film est un beau cantique à la femme.

AFFICHE-FELICITEElle est belle, pure avec un regard attachant. Naïve mais très attachante, elle semble timide, mais sa voix sur scène emballe et sa musique est envoûtante. Elle, c’est Félicité et elle a beaucoup de point commun avec toutes les femmes du monde. Et c’est son tout premier rôle au cinéma. C’est à travers cette actrice congolaise, Véro Tshanda Beya, qu’Alain Gomis a voulu rendre hommage à la femme africaine. A la femme tout court. L’histoire qu’il relate dans ce film en compétition au Fespaco 2017 est ordinaire. «Félicité, libre et fière, est chanteuse le soir dans un bar de Kinshasa. Sa vie bascule quand son fils de 14 ans est victime d’un accident de moto. Pour le sauver, elle se lance dans une course effrénée à travers les rues d’une Kinshasa électrique, un monde de musique et de rêve. Ses chemins croisent ceux de Tabu.»
Les deux personnages (Félicité et Tabu) resteront au centre du récit pour chacun, à sa manière, exorciser leur propre démon. Ce qui frappe surtout dans ce film, c’est la force et le courage de cette femme qui vit entre désespoir et espoir. Comme le dit Alain, «c’est un personnage qui se tient à la frontière de deux options». Elle qui a toujours affronté le monde  dans la droiture au point de n’avoir peur devant rien, se voit échouer après l’accident de son fils. Sa voix dans le cabaret où elle chante et donne de la joie ne fera plus danser personne.
Elle qui a l’habitude d’aider, se fera déposséder à tour de rôle. Malgré la quête de quelques intimes, pour cette femme qui ne s’est jamais pliée pour tendre la main à qui que ce soit, elle ne parviendra pas à résoudre le problème de santé de son fils.
Rejetée par tous et même par le géniteur de cet enfant, Félicité en arrivera à bout de force. L’expression de son visage traduit progressivement sa capitulation face à une vie cruelle. Mais Félicité ne baisse pas pour autant les bras. Elle se bat de toutes ses forces cherchant des solutions, malgré les échecs.
A travers sa détermination et sa force d’aller de l’avant, Alain Gomis, pour une première fois, met non seulement une femme au centre de son cinéma, mais il réussit surtout à la valoriser même dans les moments les plus difficiles.
Au terme de ce récit captivant, Félicité trouvera en Tabu un associé et un remède pour avancer dans la vie. La tristesse de sa vie se convertira en joie et elle retrouvera son talent de chanteuse de bar.
A travers Félicité, ce sont toutes les femmes que Alain Gomis chante. Dans ce film, il les présente battantes, dévouées. Le réalisateur sénégalais montre surtout que malgré leurs qualités ou leurs défauts, les femmes sont essentielles dans nos sociétés. C’est pourquoi, même dans l’intimité d’un bar où il zoome sur l’ambiance alcoolique et survoltée, des clients, Alain réussit à donner une humanité aux «filles de joie». Le message : c’est qu’elles semblent essentielles pour faire l’harmonie dans une société.
Le cinéphile, malgré la crudité par moment de certains propos (Ndlr : c’est selon les sensibilités) et les scènes sensuelles filmées avec beaucoup de pudeur, se prend facilement d’amitié avec ces belles de nuit qui n’hésitent pas à se donner à Tabu, «l’homme du film» à longueur de séquences.
On peut également se rendre à l’évidence qu’il y a dans notre entourage toutes sortes de femmes, celles qui sont vertueuses comme celles qui sont prêtes à tout pour parvenir à leurs fins. Le film le démontre. «J’avais cette envie-là de travailler sur un personnage féminin, sans non plus que cela soit une volonté cinématographique d’aller à contre-courant de mes précédents films, qui étaient centrés sur des hommes», affirme toutefois le lauréat 2014 de l’Etalon d’or de Yennenga

Enchaînement de plusieurs thématiques
En choisissant Kinshasa, Alain Gomis opère un excellent choix. Son film expose un environnement contradictoire : la beauté du paysage congolais et celle du Lingala, cette langue poétique qui contraste avec l’environnement violent dans la rue. Plusieurs scènes de violence à l’instar de celle d’un vol au marché sont assez choquantes. En réalité, des faits et séquences presque anodins du film donnent un vrai goût de ce qu’est en réalité la Rdc. «Kinshasa, ce n’est rien d’autre que notre monde», dit Alain Gomis. Il y a aussi la musique qui rythme et donne vie à cette œuvre. De la rumba au chant choral, l’on est forcément en admiration face au talent du Kasaï All stars ou de l’orchestre symphonique du Congo.
Dans Félicité, plusieurs thématiques s’enchaînent. Outre l’amour entre l’actrice principale et Tabu, il y a par exemple la jonction entre le monde visible et l’invisible, le réel et l’irréel. Cela, Alain le rend dans des séquences qui viennent renforcer son scénario.
En somme, la beauté de Félicité explique bien les raisons pour lesquelles à sa première sortie internationale à la Berlinale ce film a fait sensation en recevant l’Ours d’argent. A Ouagadougou, en attendant que soit dévoilé le palmarès final, on peut bien se rendre compte que le public a massivement fait le déplacement, pour les deux séances d’hier. Peut-être déjà un pas vers le prix du public.

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