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«On a le temps pour nous», le film de Katy Léna Ndiaye en compétition dans la catégorie long métrage documentaire du Fespaco, est le portrait du rappeur Burkinabè, Serge Bambara dit Smokey. La réalisatrice sénégalaise, qui plonge dans l’univers musical et révolutionnaire du rappeur, capte son engagement et son amour pour Thomas Sankara.

Octobre 2014. Ce que personne n’avait osé rêver se produit. Les Burkinabè déposent pacifiquement celui qui se voyait président à vie, Blaise Compaoré. Le rappeur Serge Bambara, dit Smockey, était au nombre des insurgés. On a le temps pour nous plonge dans le quotidien très engagé de ce rappeur iconoclaste, considéré aujourd’hui comme l’un des artisans du changement politique dans son pays. Katy Léna Ndiaye fait découvrir pendant 62 minutes, l’univers de ce rappeur. C’est pour elle en effet un «portrait intimiste et impressionniste» du Burkinabè qu’elle a suivi pendant 1 an et demi, d’août 2016 à mars 2018. Et le résultat de cette aventure, donne à voir un homme non seulement engagé pour son Peuple, mais surtout un homme habité par la pensée et l’esprit Sankariste au point de le confondre au fantôme de Thomas Sankara dont il épouse à la perfection les idées et idéaux. Léna ne quitte pas de sa caméra, Smokey, qui, de scène en scène, sensibilise. Dans sa voiture, dans ses fréquentations, rien n’échappe à la réalisatrice qui suit l’homme au pas et opte pour des plans rapprochés. Ce faisant, elle plonge également le public dans la révolution qui a abouti au départ de Blaise Compaoré.
Comment cela est venu ? Qu’est-ce qui a poussé Smokey à se lancer dans cette aventure révolutionnaire ? Comment a-t-il vécu ces moments ? Quelles sont les différentes étapes qui ont mené à la révolution burkinabè ? Et qu’en est-il de l’engagement de l’artiste après Blaise ? On a le temps pour nous répond à toutes ces questions.
Né du désir de comprendre l’insurrection menée par cette génération de burkinabè qui un jour s’est levée pour dire qu’il fallait changer ce qui était en place depuis 27 ans, ce documentaire ne répond pourtant pas seulement aux questions relatives à la vie engagé du rappeur. Il perce également l’univers musical de ce dernier. Un univers presque indissociable de son militantisme. Finalement la rencontre avec Smockey était d’abord et avant tout autour d’un héritage culturel : la musique de Fela Kuti, de l’orchestre Bembeya Jazz et d’autres musiciens qui ont tant rêvé de l’indépendance et nourri les esprits de leur musique incarnant le changement et qui était en même temps le moteur d’une société.
Au delà de l’univers musical et militant, vers la fin, le film aborde la vie de cet homme hors scène, hors rue. Un autre angle où l’héritier de Sankara raconte son père, ses liens avec lui, son enfance. Mais ce qui pouvait être bien plus développé et être une occasion de découvrir davantage le rappeur, est éludé et passe presqu’inaperçu. Mais cela n’entame en rien la qualité du film. Et pour le protagoniste principal, il est clair que «ça fera succès au quartier». «Ça a vraiment été une nouvelle expérience pour moi. Et quels que soient l’issue, le succès de ce film, j’ai beaucoup aimé travailler avec toi», a-t-il réagit après avoir suivi la projection en félicitant Katy Léna Ndiaye pour son travail et pour son sérieux. «Ce n’est pas si facile d’avoir quelqu’un qui te suit partout avec une caméra et un micro. Mais dans l’ensemble, j’ai pris du plaisir. Au départ, j’étais un peu sceptique. Je me demandais si j’allais pouvoir accepter dans mon univers une caméra, un micro et tout. Mais très vite, j’ai oublié parce qu’elle a réussi à me faire oublier tout cela.»

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