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La réalisatrice tunisienne Kaouther Ben Hania est en Sélection officielle (Un certain regard). Son film qui a bénéficié d’un soutien de l’Oif sera distribué en salle par Jour2fête. La sortie française est prévue le 18 octobre 2017. Par ailleurs, Cannes fait toujours autant débat.

La belle et la meute est le second long métrage fiction de Kaouther Ben Hania (Le challat de Tunis, 2014, Zaineb n’aime pas la neige, 2016, documentaire, Tanit d’or aux Jcc 2016). Il est sélectionné à la 70ème édition du Festival de Cannes, en Sélection officielle (Un certain regard, section parallèle), il fera sa première mondiale. Lors d’une fête étudiante, Mariam, jeune Tunisienne, croise le regard de Youssef. Quelques heures plus tard, Mariam erre dans la rue en état de choc. Commence pour elle une longue nuit durant laquelle elle va devoir lutter pour le respect de ses droits et de sa dignité. Mais comment peut-on obtenir justice quand celle-ci se trouve du côté des bourreaux ?
Pour raconter cette douleur et surtout le combat extraordinaire mené par Meriem Ben Mohamed (qui en a fait un livre), la réalisatrice choisit une mise en scène sur le fil, en s’appuyant sur le plan séquence qui a, selon elle, «cette vertu de nous plonger dans le temps réel. Celui de la vie».

Traduire l’innocence et la tragédie
«Il me fallait une personne qui porte sur son visage à la fois la tragédie et l’innocence, qui mélange un côté enfantin et une affirmation de femme adulte», confie-t-elle pour expliquer le choix de Mariam Al Ferjani, l’actrice principale. La jeune femme est née à Béjà (Tunisie) en 1989. Elle a tenu le rôle principal dans Soubresaut, court métrage de Leyla Bouzid (2010, Tunisie) et dans Journal d’une femme importante de Alaeddine Slim (2016, Tunisie). Diplômée de la Scuola civica di cinema Luchino Visconti – département réalisation – Milan, en 2015, elle vit entre Tunis et Milan. Mariam Al Ferjani a été nominée aux Arab stars of tomorrow, Dubai international film festival 2016 pour Shawti et al ediaa (d’après les poèmes de Youssef Rakha), dont elle est actrice principale et réalisatrice. Ghanem Zrelli (Youssef) et Anissa Daoud font partie de ceux qui lui donnent la réplique dans ce film sélectionné au Festival de Cannes 2017.
Réalisatrice et scénariste, Kaouther Ben Hania est née à Sidi Bouzid (Tunisie). Elle a débuté ses études de cinéma à l’Ecole des arts et du cinéma à Tunis avant de suivre une formation de scénario à la Fémis à Paris. Elle est titulaire d’un Master recherche en études cinématographiques et audiovisuelles de la Sorbonne Nouvelle-Paris 3. «Tous mes films ont été conçus avec cette possibilité de pouvoir dialoguer avec tout public, quel que soit le pays d’origine, souligne la cinéaste. Je me rends compte aussi que, comme il y a très peu d’images qui proviennent de la Tunisie, se forme une adhésion totale aux quelques images véhiculées vers l’extérieur. A un réalisateur issu d’une industrie cinématographique plus productive, on ne posera pas les mêmes questions sur les préjugés associés à un pays.»
La belle et la meute a déjà un distributeur : Jour2Fête. La sortie sur les écrans français est annoncée pour le 18 octobre 2017. Le film a bénéficié d’un soutien de l’Oif, entre autres. Il est coproduit par la Norvège, avec le mécanisme du Sorfond, ainsi que le Liban. Il est librement adapté du livre Coupable d’avoir été violée de Meriem Ben Mohamed et Ava Djamshidi (paru aux éditions Michel Lafon), d’après des faits réels qui ont secoué la société tunisienne. Annie Maurette est l’attachée de presse du film.
Il n’y a pas une édition du Festival de Cannes sans qu’il n’y ait de débats ; en amont autour de la sélection et du programme, pendant autour de certaines questions touchant au monde de l’image et en aval autour du palmarès. L’édition 2017 n’échappe pas à cette quasi-règle. Cela est d’autant plus que c’est une session anniversaire célébrant les soixante-dix ans d’existence, sans compter les années de suspension pendant la deuxième Guerre mondiale. Session anniversaire donc qui se veut un moment de retour sur l’histoire d’une manifestation et qui reste impossible à raconter sans l’articuler sur l’art dont elle est le temple. Session anniversaire qui se veut aussi, comme elle l’a presque toujours été, un moment de réflexion sur l’évolution du monde de l’image.

 Le mystère de la sélection
Chaque année, la presse du monde entier est suspendue aux lèvres du délégué général du Festival de Cannes et de son président qui doivent présenter et commenter la sélection lors de la rituelle conférence de presse du 14 avril. Cela vient calmer la fièvre des pronostics qui bombardent les plus grands médias sur qui sera et qui ne sera pas sur la croisette. Un exercice journalistique assez insolite, mais révélateur de la grande attente de l’annonce de la liste des heureux élus. Thierry Frémaux, délégué artistique du festival depuis 2004 et délégué général depuis 2007, et à l’occasion du 70ème anniversaire de Cannes, publie son journal de bord 2015-2016 (Sélection officielle, chez Grasset). Un titre si simple que l’ouvrage est tout de suite entouré d’une forme de sacralité tellement il est supposé révéler tant de vérités et lever tant de mystères. Les anecdotes se rapportant aux noms des stars les plus connues du septième art ne sont presqu’en rien moindres que celles des récits des saints dans les ouvrages religieux.
Mais au-delà de l’aspect anecdotique, l’hôte du Palais des festivals fait aussi des révélations. Certaines sont édifiantes, d’autres en rajoutent encore plus de mystère. En filigrane du texte, mais aussi des fois de manière explicite, on entrevoit la manière dont les rouages de la machine s’engrainent et comment celle-ci parvient à s’élever au-dessus des pressions de toutes sortes : politiques, économiques, sociales, professionnelles etc. Toutefois, certaines voies du temple restent toujours impénétrables pour le plaisir de ceux qui voudraient s’engager sur les chemins de l’exégèse qui n’en demeurent pas moins impraticables pour les non-initiés.

Le festival de tous les débats
L’histoire du Festival de Cannes est – sans la moindre exagération – celle de la pensée contemporaine. Nous évoquions plus haut le moment de la deuxième Guerre mondiale. Nous pourrions aussi remonter à l’édition de 1968. Nous pourrions également renvoyer aux débats les plus récents sur la menace des chaînes de télévision pour le secteur de l’exploitation, ou l’avènement des médias sociaux et leur impact sur la culture de l’image, ou l’apparition du numérique et la révolution que cela a provoquée, ou encore la question cruciale de la mémoire visuelle comme part incontestable de la mémoire humaine. Toutes ces questions et tant d’autres aussi vitales ont eu lieu dans les entrailles du Palais des festivals.
La révélation de la sélection officielle de 2017 a provoqué un tollé de réactions, surtout chez les exploitants des salles de cinéma en France. Après la polémique de 2016 provoquée par la sélection de films produits par le géant du commerce en ligne, Amazon : Cafe society de Woody Allen, Paterson de Jim Jarmusch, The neon demon de Nicolas Winding Refn et The handmaiden de Park Chan-Wook, voici que Netflix, un autre géant du online streaming, arrive en toute arrogance sur la croisette avec deux titres en compétition : Okja de Bong Joon-ho et The meyerowitz stories (New and selected) de Noah Baumbach. Ce qui est reproché aux deux géants de la Vod (Video on demand, «vidéo à la demande») est de ne pas contribuer à l’industrie cinématographique en France puisque les films, du moins les deux derniers, ne sont pas supposés être distribués en salle.
Ce débat enclenché par la Fédération nationale des cinémas français (Fncf) s’appuie sur des arguments législatifs et économiques. Les plateformes numériques cherchent depuis 2014 à contourner le règlement européen en termes de fiscalité et de contribution à la dynamique du secteur ; 15% du chiffre d’affaires réalisé sur le territoire. Une directive européenne allant en ce sens doit venir avant fin 2017. Et le Festival de Cannes de rappeler tout le monde à l’ordre en communiquant que la circulation des films de la sélection en salle est une ligne rouge. Désormais, elle sera une condition indiscutable pour la participation au festival. A partir de l’édition 2018, Cannes ne fera pas de place aux films sans engagement de sortie sur les grands écrans pour rencontrer le public.

Un débat biaisé
Cela serait l’exemple le plus récent de la manière dont le Festival de Cannes négocie les virages de l’évolution culturelle. Il flirte avec les technologies de l’image les plus avancées sans rompre avec les questions de fond et qui tournent autour de la promotion de ce qui se fait de mieux dans le monde du cinéma et de l’image, car n’en déplaise aux lobbyistes auprès des structures européennes et étatiques qui tiennent les vannes du financement du cinéma, ces nouveaux agitateurs de la culture permettent tant bien que mal à des œuvres d’exister. Ils offrent de nouveaux espaces de liberté de création à des auteurs comme Jim Jarmusch, Spike Lee, Woody Allen, pour ne nommer que quelques-uns.
En cela, le vieux continent ne devrait pas se contenter de prendre des mesures protectionnistes et conservatrices. C’est un vieux jeu qui chercherait à profiter de l’imagination et du génie des autres, pas plus. En revanche, il doit y avoir une réflexion sur l’invention de nouveaux outils de financement pour le cinéma ; de quoi garantir une grande marge de liberté susceptible de permettre aux talents européens, francophones et ceux venant dudit tiers-monde d’éclore et de tenir tête face au rouleau compresseur des géants technologiques du nouveau monde.
Et en cela, le Festival de Cannes joue encore une fois un rôle primordial en maintenant son sacro-saint cap d’ouverture aux auteurs de films, en négociant avec les barons de la finance mondiale et surtout, ce faisant, en stimulant le débat nécessaire sur le changement et de nouvelles perspectives pour le futur du cinéma.

Une sélection mince et pourtant épaisse de talents
Aala kaf ifrit (La belle et la meute) de Kaouther Ben Hania et En attendant les hirondelles de l’Algérien Karim Moussaoui sont tous deux en Sélection officielle (Un certain regard). Les deux ont toutes les chances de se distinguer, ils sont les favoris d’Africiné Magazine, avec I am not a witch (Je ne suis pas une sorcière), le premier long métrage de la Zambienne Rungano Nyoni, présente à la 49ème Quinzaine des réalisateurs. Pourtant, le bilan pour l’Afrique est très mince. Aucun court métrage ou film d’école de cinéma n’a été retenu. Même la Semaine de la critique fait l’impasse sur cet ensemble de 54 pays. Le continent se signale à l’Atelier de la cinéfondation avec Sew the winter to my skin du Sud-Africain Jahmil XT Qubeka.
Imagesfrancophones.org

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