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Parmi les 8 films en compétition dans la section court-métrage, Un cas suspect a été projeté avant-hier à la Pointe Sud de Saint-Louis juste devant le Crds. A 20h 30, le public était déjà confortablement installé sur les sièges, assistant en plein air à la projection de ce documentaire tourné par la réalisatrice française Guermia Boubaaya et Jeremy Lamouroux.

C’est dans les couloirs du dispensaire Saint Martin que Guermia Boubaaya et Jeremy Lamouroux, captent les va-et-vient du docteur sœur Madeleine Ndour et de sa collègue Antiou Mendy. Situé au cœur du quartier populaire de Reubeuss, en plein centre-ville de Dakar, le dispensaire de Saint Martin est en effet en plein effervescence dans un contexte marqué par l’épidémie Ebola. Depuis 18 mois l’épidémie frappe de plein fouet les pays limitrophes comme la Guinée Conakry, la Sierra Léone et le Libéria. Seul, le Sénégal n’est pas encore touché mais reste en alerte avec ses frontières fluides. Ebola crée la psychose et on se demande si, la réalisatrice, elle-même n’est pas suicidaire en allant filmer un endroit susceptible d’être frappé par cette maladie qui tue. En réalité le dispensaire Saint Martin se trouve dans un quartier où habite une forte communauté guinéenne et qui, malgré la fermeture des frontières entre les deux pays, effectue des va-et-vient comme bon lui semble entre la Guinée et le Sénégal.
Dans le film, «Un des patients a dit qu’il revient de la Guinée, il n’y a même pas 3 jours», se plaint la peur au ventre, l’infirmière Antiou. Ainsi durant les 52 minutes que durent ce documentaire, Guermia Boubaaya et Jeremy Lamouroux replongent le public, dans la psychose qu’il y avait en juin 2015, juste à l’évocation d’un cas suspect d’Ebola. Entre sessions de formation et la mise en place des procédures d’isolement, la réalisatrice filme ses deux protagonistes : le docteur sœur Madeleine Ndour médecin pédiatre et directrice du dispensaire depuis 10 ans, et Antiou Mendy, agent de santé polyvalent, une des mémoires vivantes de ce dispensaire. Ces dernières remplissent au mieux leur mission de soin, jusqu’au jour où un cas suspect se présente au poste de santé. Amené en isolement, le patient a une fièvre de 40° et a quitté il y a moins de 21 jours la Guinée. La peur se lisait sur les visages du corps sanitaire. Que faire ? C’est la question que tous se posent. Pourtant la sœur Madeleine Ndour, avait bien préparé son équipe à une telle situation : la venue d’un cas suspect. C’est quoi un cas suspect, l’entendait-on demander à tour de rôle aux membres de son équipe. Puis, «Nous sommes bien en face d’un cas suspect», confirme-t-elle, plus tard. Comme les protagonistes dans le film, les cinéphiles de Saint- Louis sont scotchés à l’écran et espèrent un dénouement.

La critique face aux lourdeurs
A travers Un cas suspect la réalisatrice Guermia Boubaaya montre certes toute la peur qu’il y avait eu autour d’Ebola, et peut être la «stigmatisation» qu’il y avait autour de la communauté guinéenne vivant au Sénégal, mais elle met surtout et avant tout à nu, les tares du système sanitaire et surtout des politiques. On se demande comment, alors que les frontières entre le Sénégal et la Guinée sont dites fermées, les gens continuent à traverser et à venir au pays de la teranga ? Entre autres interrogations, le public s’est aussi interrogé sur l’importance des lois et la capacité à les appliquer en cas de besoin. «Quel est le sens de voter des lois et de signer des décrets s’ils ne sont pas appliqués?» remarque Sebastien Tendeng. Coorga­nisateur du festival du film documentaire de Saint-Louis, M. Tendeng est bien perplexe face à la séquence qui montre l’inquiétude montante de la sœur Madeleine face à des autorités qui n’ont pas voulu prendre toute suite les mesures idoines en de pareilles circonstances.
En effet, la procédure voulait qu’en cas d’un cas suspect que l’on appelle le médecin chef du district Sud docteur Ly. Mais dans le film, face à son incapacité pour faire déplacer ses supérieurs, la sœur Madeleine ne sait plus à quel saint se vouer, puisque ce médecin, après «mille» coups de fil ne vient toujours pas voir le cas suspect. Il disait être pris par la prise en charge des pèlerins. Dans le documentaire, M. Ly tarde à venir et on frôle la catastrophe à Saint Martin. Heureusement que la sœur Madeleine, foulard bien vissé sur la tête, la croix du christ au cou, garde son sang-froid et se démène comme un forcené, pour une sortie de crise plus heureuse. Un cas suspect, un documentaire à voir et revoir absolument.

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