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Alioune Sarr, ministre du Commerce…

Au moment où les supputations vont bon train quant à une prochaine ouverture des frontières sénégalaises aux importations de poulets, le géant avicole sénégalais Sedima a ouvert ses portes au ministre du Commerce. Occasion pour ce dernier d’annoncer la mise en place d’un cadre de concertation élargie avec les acteurs de la filière.

Avec plus de 200 milliards de francs Cfa investis, 50 000 emplois directs et plus de 200 000 emplois indirects, la filière avicole connaît un dynamisme certain. Malgré tout, les difficultés ne manquent pas. C’est ce que la vice-présidente de la Sedima a tenu à faire savoir au ministre du Commerce, Alioune Sarr. «En général dans les autres secteurs d’activité, l’industriel facture la Taxe sur la valeur ajoutée (Tva) au consommateur et la Tva payée en amont sur les investissements est déductible. Malheureuse­ment, ce n’est pas le cas dans la filière avicole. Ici, la Tva est suspendue et une fois l’agrément arrivé à expiration, elle est payée et cela constitue une charge supplémentaire. Cela veut dire que quand on fait un plan d’affaires sur un investissement X, dès qu’on commence l’exploitation, l’investissement devient X plus 18%. Et ça freine énormément les investissements dans ce secteur», explique Mme Seynabou Seck Diawara, qui recevait hier le ministre du Commerce. Alioune Sarr, qui a fait le tour des installations du groupe, propose ainsi la mise en place d’un cadre de concertation élargie. «Je vais proposer dans les prochaines semaine la mise en place d’un cadre de concertation élargi sur la filière avicole qui permettra d’adresser des problèmes d’ordre commercial et autres, notamment tout ce qui est subvention relative à la Tva liée à l’investissement puisque leurs concurrents en Cote d’Ivoire bénéficient de cela», souligne-t-il.

Des sites de production ultra-modernes
Auparavant, c’est au site de reproduction de Gorom que la visite a démarré. Sur place, 44 000 poulets repartis dans deux fermes. Pour accéder à ces lieux, les règles d’hygiène sont très strictes. Combinaison blanche, douche désinfectante et passage dans un sas de sécurité sont nécessaires. Le milieu est aseptisé et les sols passés régulièrement à la chaux.
Le Dr Youssouf Diémé, directeur technique de la Sedima, explique qu’en 2017, ce sont 15 millions de poussins qui sont sortis de ce site. Dans le vaste hangar, des poules blanches à perte de vue. Elles ne sont nourries qu’un jour sur deux et des instruments très sophistiqués permettent de contrôler tout l’environnement de ces gallinacés. Dans un autre bâtiment, des coqs sont réunis par milliers. Ici, pour faire travailler la musculature, les mangeoires sont en hauteur. Un peu plus loin le site qui abrite les poules pondeuses s’étend sur des hectares. 160 000 poules sont dispersées dans 8 bâtiments. Au loin, d’autres en construction. Grâce à ce site, la Sedima assure une production annuelle de 30 millions de poussins. Une production extensible à 45 millions, souligne Mme Diawara. «Quand on sait que le marché sénégalais tourne autour de 45 millions, ca veut dire qu’au niveau poussin, il n’y aucun problème», précise-t-elle. Le Dr Diémé va plus loin, en soulignant qu’avec le climat du pays, «il est même possible de ravitailler toute la sous-région». Sur le site qui abrite le couvoir, 20 incubateurs et 40 éclosoirs permettent de tenir ce rythme de production. Ici, les règles d’hygiène sont renforcées. Il faut traverser un sas où l’odeur acre du désinfectant pique douloureusement les yeux. De grosses armoires blanches permettent de charger 576 000 œufs dans chaque incubateur. Comme partout, le système est automatisé et au bout de 18 jours d’incubation, l’oeuf est transféré dans un couvoir pour trois jours. «L’œuf doit effectuer un mouvement pour changer de position et cela dure douze heures de temps», explique le responsable du couvoir, M. Babacar Ba. Le même temps est nécessaire à l’œuf pour casser sa coque et sortir au grand jour. Mais c’est pour passer entre des mains expertes chargées de faire le tri. Les plus solides seront distribués dans les poulaillers du pays. Les plus faibles serviront, avec les abats à faire une farine animale destinée à nourrir chiens, chats ou poissons.
Dans sa politique d’innovation, la Sedima s’est dotée d’un abattoir ultra moderne. Située à Ndiar, l’infrastructure a une capacité de 4000 à 6000 poulets par heure. Pour l’heure, la production de la Sedima ne représente que 10% des capacités. Le reste provenant de fermes intégrées. Selon le responsable de l’unité, il s’agit de fermes tenues par des privés mais utilisant les poussins et les aliments produits par la Sedima et appliquant les processus en termes de soins vétérinaires ou même de disposition des installations. C’est sur ce site que se déroulent également les opérations de découpes. De manière semi-automatique, les poulets sont empaquetés entiers ou en morceaux. A la sortie, ils portent le label «Ter’ Hal». Sedima, qui a investie tous les segments de la filière, possède également une usine de fabrication d’aliment. Mais là, ce sont les intrants qui posent problème. «Les intrants de base de l’aliment sont le mais et le tourteau. Mais malheureusement, nous sommes obligés de les importer, ce qui nous cause des problèmes de compétitivité», explique Mme Diawara. Mais la vice-présidente de Sedima se dit prête à tendre la main aux producteurs locaux. «Dans le passé, nous avons eu à signer des contrats avec des producteurs. Il y a des gens dont c’est le métier et nous sommes prêts à signer des contrats, à acheter toute la production locale mais à condition qu’elle soit de qualité.»

Maintien de la fermeture des frontières
Au terme de sa visite, le ministre du Commerce a encore une fois tenu à rassurer les acteurs de la filière. Selon Alioune Sarr, la filière est porteuse et doit être protégée. «Je dois rassurer les acteurs que cette politique (de fermeture) reste inchangée pour deux principales raisons : c’est une filière porteuse et quand un pays a une filière naissante qui génère une valeur ajoutée extrêmement forte, ce pays peut mettre en place des mécanismes de sauvegarde pour accompagner. Et le résultat, ce sont des investissements massifs et 50 000 emplois directs et 200 000 indirects», dit-il. Les effets positifs ne s’arrêtent pas là puisque, selon Alioune Sarr, les politiques du gouvernement dans les filières comme le riz, le sucre, l’oignon et la volaille, ont permis entre 2011 et 2017, une progression des exportations de 25%. Mais, exhorte M. Sarr, il faut continuer à investir dans la qualité et la certification. «C’est cela le prix de la compétitivité et de la durabilité. C’est ce qui permettra de faire face aux concurrents notamment africains avec la Zone de libre échange continentale (Zlec)», insiste M. Sarr.

mamewoury@lequotidien.sn

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