PARTAGER

Le 10 février 2016, j’ai «re-suivi», avec beaucoup d’émotion, le film La fête de l’âme de Wasis Diop sur Jo Ouakam. J’en ai été très ému à Tunis. Non pas seulement à cause du sujet tel que traité. Pas seulement à cause de la poésie du film, de la grande philosophie de Jo Ouakam ou encore de la beauté des images silencieuses qui pourtant parlent très fortement. Mais j’en suis arrivé à l’idée que cette icône de la scène culturelle sénégalaise est incontestablement un Monstre sacré des arts. Je me suis alors dit que mon silence sera coupable. Car à ce moment précis où j’avais revu ce film, j’avais appris au fil d’une discussion avec son «frère» Wasis Diop qu’il était un peu souffrant. Celui-ci, après le Festival du film de Carthage devait d’ailleurs se rendre à son chevet à Dakar. J’ai alors écrit et envoyé à ma rédaction, un article dans lequel j’indiquais que «mon silence sera coupable et j’en pleurerai lorsqu’arrivera le moment où ils mettront costume et cravate pour dire et chanter des hommages à Jo Ouakam». Jamais cet article dans lequel j’invitais à un hommage national avant qu’il ne meurt n’a été publié. Pour quelle raison ? Par pudeur ou par crainte des mots crus utilisés pour toucher et pousser à agir ? Je n’en sais rien.
Dans cet article, j’invitais en effet nos autorités à célébrer Jo Ouakam. «Célébrons ce qu’il représente pour nous. Pour la culture du Sénégal, de l’Afrique. J’ai mal, très mal, lorsque du haut de mon jeune âge, je découvre qu’ailleurs, les icônes de nos peuples, de notre histoire sont célébrées, par d’autres peuples et que chez nous, au Sénégal, en Afrique, nous ne reconnaissons pas le mérite de nos figures. Combien d’hommages n’a-t-on pas organisé dans notre pays en grande pompe à des stars de la musique ? Chanter et danser du tchahagun au Grand Théâtre ou à Sorano, semblent plus importants que valoriser nos patrimoines. Jo Ouakam est un patrimoine, un trésor humain vivant», avais-je écris dans cet article. Dans ce texte, je reconnaissais également qu’il y a énormément d’anciens, d’aînés de ce milieu de la culture qui méritent plus d’égards, qui méritent d’être présentés pour que la jeunesse s’en réfère.
Mais en attendant, «célébrons Jo Ouakam.  On aurait pu, depuis tous ces ministres qui sont passés sous nos cieux, lui attribuer une médaille d’honneur ou simplement lui rendre un hommage populaire. Ce n’est pas encore tard. N’attendons plus ceux-là, qui manquent de volonté en toute chose et qui préfèrent se réfugier derrière des balivernes. Allons-y ! Artistes, musiciens, peintres, cinéastes, écrivains,…journalistes culturels, hommes et femmes de culture, préparons-nous et célébrons «Jo Ouakam» ! Ce ne serait que justice», m’étais-je exclamé. Trop tard aujourd’hui ! Je pleurerai dans mon intimité, à l’heure où je les verrai prononcer son nom et lui porter les meilleurs costumes à titre posthume. J’ai aimé la belle attitude de mon confrère Aboubacar Demba Cissokho qui, à l’annonce du décès, a dit «Jo Ouakam est mort, nous le célébrons avec joie. Pas dans la tristesse». Celui qui peut comprendre, comprendra. Par­don­nez mon impertinence !

 

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here