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Pendant 3 jours, des images ont circulé sur les écrans de télévision et les réseaux sociaux, sur l’explosion de sauvagerie qui a embrasé les hordes des sauvages sud-africains, qui n’ont pas hésité à s’en prendre de la manière la plus horrible à des ressortissants africains et à leurs commerces.
Ce n’est pas la première fois que les Noirs d’Afrique du Sud montrent la face hideuse de la Nation arc-en-ciel, à s’en prenant à des Africains résidant en Afrique du Sud, souvent à peine moins pauvres que ceux qui leur appliquent le supplice du pneu enflammé autour du cou, ou qui les lapident en riant. S’ils réprouvent ces pratiques, peu nombreux sont les politiciens sud-africains qui les condamnent de manière claire et sans équivoque. A part le leader du second parti d’opposition, les Economic Freedom Fighters (Eff), Julius Malema, ancien transfuge de l’Anc au pouvoir, le prisme sud-africain est resté muet sur cette question depuis des années.
Il faut sans doute croire que les politiciens locaux trouvent chez les Africains habitant en Afrique du Sud, le bon prétexte et la meilleure excuse pour calmer la colère de leur population autochtone. Les héritiers de Nelson Mandela ont dilapidé le capital de crédit et de sympathie légué par les pères fondateurs de la Nation arc-en-ciel, et une bonne majorité d’entre eux se sont embourgeoisés en reproduisant un nouvel Apartheid dans leur pays, cette fois fondé sur la richesse. Plus de 20 ans depuis la fin du pouvoir blanc, la situation de la majorité noire n’a pas connu une grande amélioration, ce qui n’a pas contribué à accroître leur popularité. Dans ces conditions, de temps en temps, une éruption de violence contre des Zimbab­wéens, des Mozambicains, Malawites, Nigérians, Con­go­lais ou Somaliens, qui gagnent leur vie à la sueur de leur front, est quelque peu salutaire pour la classe au pouvoir, qui peut juger cette situation comme un bon exutoire à la colère de sa base.
Il est symptomatique que le gouvernement sud-africain a longtemps persisté à nier le caractère xénophobe et raciste de ces pogroms, préférant y voir juste des actes de «brigandage». Il a fallu que le chef de l’Etat nigérian, Muhammadu Buhari, joigne par téléphone son homologue Cyril Ramaphosa, pour que ce dernier hausse un peu le ton et se plaigne de la situation. Il n’avait de toutes les façons, plus tellement le choix. Quand des dirigeants comme le Congolais Tshisekedi, le Rwandais Kagame ou le Malawite Mutarika décident de boycotter le Forum économique de Capetown en invoquant le massacre des populations africaines, on peut difficilement rester inerte. Car la tâche est grande sur le pays.
Depuis Thabo Mbeki, les dirigeants d’Afrique du Sud se sont toujours senti une certaine légitimité à parler de la «Renaissance africaine», dont ils se voyaient comme le pays porte-étendard. Les comportements de leur population noire ont toujours démenti leurs proclamations. Ce qui pousse plusieurs Africains à se demander si cela valait vraiment la peine de se sacrifier pour combattre le régime d’Apartheid des Botha, Vorster et autres Verwoerd, pour se retrouver avec des Noirs qui tuent des Noirs, parce que ces derniers sont venus chercher la part de richesse qu’ils contribuent à créer par leur travail.
Mais, en tant que Sénégalais, ce qui est le plus choquant, c’est de noter le silence qui a saisi le pays officiel face à ce scandale.
On ne pouvait s’empêcher de le noter. Le communiqué du Conseil des ministres de ce mercredi a fait l’impasse sur la situation en Afrique du Sud. On a connu nos ministres plus prompts à réagir quand un dealer sénégalais perdait la vie à Milan ou à Seville, ou quand des Sénégalais étaient brutalisés à Tanger. Le fait qu’il n’y ait pas (encore) eu de morts sénégalais dans ces pogroms de Johannesburg ou de Pretoria, peut-il justifier certains silences ? On sait que notre Président aime beaucoup l’Afrique du Sud, où il n’hésite pas à se rendre chaque fois que l’occasion lui est offerte. Cela expliquerait-il ce qui ressemble fort à un embarras diplomatique ? On nous a appris depuis longtemps que l’ami sincère, celui à qui l’on peut se fier, est celui qui nous dit la vérité en toutes circonstances. Si Macky aime vraiment les Sud-Africains, il ne devrait pas laisser à d’autres le soin de leur dire leurs vérités.

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