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S’il n’y avait eu le discours de Dakar prononcé par le Président Nicolas Sarkozy en juillet 2007, rien ne dit que le Président Emmanuel Macron serait allé prononcer les paroles qu’il a tenues hier à Ouagadougou. Dans la mémoire collective franco-africaine, les paroles de Sarkozy, celles concernant l’Homme africain et sa place dans l’Histoire, sont devenues un marqueur. Chaque responsable politique français se croit obligé de s’en démarquer, sous le regard approbateur et parfois même les applaudissements de ses interlocuteurs africains.
Ségolène Royal, alors ministre de Hollande, était venue prendre le contrepied de Sarkozy. Hollande, lui, avait choisi Bamako pour s’adresser à l’Afrique. Pas étonnant que Ouaga abrite la profession de foi de Macron. Et une fois encore, on nous garantit la mort de la Françafrique, cet embrouillamini de relations incestueuses entre une classe politique africaine dévoyée des dirigeants français qui ont besoin de la présence hégémonique de leur pays sur le continent pour avoir le poids de traiter d’égal à égal avec les autres grandes puissances du monde. Mais la Françafrique peut-elle mourir ?
Il était aisé hier, de voir que les Français sont loin d’être les seuls à entretenir l’idée de rapports inégaux avec leurs anciennes colonies. Dans son discours en effet, Emmanuel Macron a fait attention à éviter les pièges qui pouvaient se glisser sous ses pieds. En commençant par rendre hommage à Thomas Sankara, le père de la Révolution burkinabè, il était assuré de s’attirer, dès l’abord, les applaudissements non seulement de la salle, mais de tous les Africains qui ont gardé la nostalgie de ce passé qui n’a jamais pu éclore. Alors, attaquer ensuite en disant qu’il n’y a plus de politique africaine de la France, pouvait sembler bien révolutionnaire. Mais est-ce nouveau ? N’en déplaise aux nouveaux croyants, cette déclaration n’a rien de nouvelle dans la bouche d’un Président français. Déjà, en 1958, Charles de Gaulle demandait aux Africains qui déclaraient vouloir l’indépendance, de la prendre le 28 septembre suivant, lors du référendum. A part Ahmed Sékou Touré, personne n’osa, et ils participèrent tous à faire «punir» la Guinée pour son audace.
Sarkozy à Dakar, avait dit : «Ce que veut l’Afrique est ce que veut la France, c’est la coopération, c’est l’association, c’est le partenariat entre des nations égales en droits et en devoirs.» Il a ajouté après : «Jeunesse africaine, vous voulez la démocratie, vous voulez la liberté, vous voulez la justice, vous voulez le Droit ? C’est à vous d’en décider. La France ne décidera pas à votre place. Mais si vous choisissez la démocratie, la liberté, la justice et le Droit, alors la France s’associera à vous pour les construire.» Aucun Africain n’a contesté ces fortes paroles. Mais on les a traités d’hypocrites, parce que peu avant, il avait affirmé que «le paysan africain, qui depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature, ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles».
Hier, en regardant les étudiants burkinabè, en les écoutant poser au chef de l’Etat français des problèmes de gestion quotidienne, qui relèvent plus de la responsabilité de leurs ministres, sinon des recteurs de leurs universités, et surtout dans un langage qui trahit fortement la faiblesse de leur formation, on ne pouvait que hocher la tête de pitié. La Françafrique est-elle morte ? Nous Africains, sommes-nous vraiment prêts à la laisser mourir et à couper le cordon ombilical ? Macron s’est prêté à un exercice inhabituel, d’échanges non filtrés avec son public. Il n’en a récolté que de la confusion et des slogans tout faits.
Karim Wade avait demandé le 23 juin 2011, à son Tonton Robert de faire envoyer la Légion à sa rescousse. Quelle différence avec les jeunes qui demandaient des climatiseurs, ou qui souhaitaient que la France s’occupe de régler les problèmes de la Libye, ou libère nos pays «de la servitude du Cfa» à la place des dirigeants africains ? Et que l’on ne s’y trompe. Macron aurait été dans une autre université, à Abidjan, Dakar, Lomé, Cotonou ou Lagos, les réactions auraient été exactement les mêmes. L’échec est partout pareil.
mgueye@lequotidien.sn

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