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Il a été maintes fois démontré que nous ne naissons pas égaux en droits et en devoirs. Il est de plus en plus évident, au fil des jours, que nous ne sommes pas non plus égaux devant la mort. Juste quelques chiffres en passant. Le lundi 14 août, alors que Ouagadougou, la capitale du Burkina, pleurait 18 personnes et plus d’une vingtaine de blessés tombés sous les balles de terroristes «jihadistes», Free­town, la capitale de la Sierra Leone, à quelques kilomètres de là, connaissait une nouvelle fois une horrible tragédie avec une coulée de boue d’une ampleur jusqu’alors méconnue au pays. Cette catastrophe a emporté, selon le dernier décompte fait hier, plus de 460 personnes, enterrées hier, sans compter plus d’un millier de blessés, ainsi qu’un nombre encore plus grand de disparus.
Au total, il y a moins d’une semaine, l’Afrique de l’Ouest a comptabilisé près de 500 morts et encore plus de blessés, du fait de violences ou d’événements externes à la volonté de ses habitants. Evénements naturels comme anthropiques, là n’est pas le débat. La question ici est que tous ces morts ont été emportés par la boue de l’Actualité. D’ailleurs, qui a versé des larmes pour ces gens ? Si le Président malien, Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), s’est déplacé pour apporter son soutien moral à son voisin et frère Roch Marc Christian Kaboré, plusieurs autres de ses homologues ont préféré se contenter de communiqués vengeurs fustigeant la «barbarie» des criminels qui se voient du manteau de la religion pour perpétrer leurs forfaits. Notre Premier ministre, Boun Abdallah Dionne, a juste lui fait le déplacement jusqu’à l’ambassade du Faso à Dakar pour signer le livret des condoléances et prononcer quelques mots à l’accent guerrier.
Pour l’extérieur de l’Afrique, c’est le Président français Emmanuel Macron qui a, de sa dénonciation, éteint le bruit du silence assourdissant de «la communauté internationale». Il est vrai qu’en plus d’être l’ancien colonisateur, la France a un fort contingent militaire français établi au pays des Hommes intègres, en appui à la force Barkhane établie, elle, au Mali.
D’ailleurs dans ce même pays, alors que l’on n’avait pas encore cessé de compter les victimes de Ouaga et de pleurer le drame de Freetown, des affrontements opposaient les casques bleus de l’Onu à des miliciens armés à Tombouctou et à Douedza. Au tapis, une demi-douzaine de morts. Mais tout cela, même de nombreux organes de presse africains n’en parlent qu’en se référant à leurs confrères occidentaux. Or pour ces derniers, les morts africains ne font quasiment jamais l’actualité. Même quand ils échouent d’un bateau surchargé sur un port d’une ville méditerranéenne.
Depuis avant-hier, les télés, radios et journaux occidentaux n’ont d’informations que concernant une jeune fille renversée par un automobiliste dans une ville des Etats-Unis, ainsi que les treize autres tués à Barcelone dans une opération similaire, et la centaine de blessés qui ont jusqu’alors échappé au même sort.
Ce n’est pas tant du fait que, malgré la distance, ces deux attentats aient été commis par les mêmes extrémistes, non ! Ce qui focalise tant les médias, c’est que des événements de ce genre puissent se dérouler chez eux, brisant leur quiétude et leurs convictions de Nations civilisées. Les actes barbares de ce type se passent d’habitude dans nos pays. Près de 500 morts en Sierra Leone après un éboulement de terrain ? Ce n’est rien du tout, Madame la Marquise, reprenez donc un peu de ce biscuit ! Vous savez bien que ces gens se reproduisent sans contrôle, d’ailleurs Macron l’a dit. Il est normal donc qu’il en meure treize à la douzaine au moindre incident. Cela ne mérite qu’une petite place, loin de rubriques les plus parcourues.
De même, quand des prétendus «jihadistes» et véritables voyous s’en prennent à des personnes innocentes attablées sur une terrasse d’un café appartenant à un musulman à Ouagadougou, on le relève en notant que c’est la seconde fois, en un an, que la capitale burkinabè est frappée de la même manière. On déclare au passage que l’instabilité politique et la misère font que ce pays du Sahel restera pour longtemps une cible facile pour les groupes extrémistes. Mais la capitale française, Paris, a été également frappée à de nombreuses reprises au cours des trois dernières années, et personne n’a osé dire que la France a été fragilisée.
Personne ne l’a dit quand des gens ont été écrasés et poignardés à Londres il y a quelques mois. Et personne ne dit que les Etats-Unis risquent de succomber face aux attaques de leurs extrémistes, de gauche comme de droite, qui n’hésitent pas à massacrer leurs compatriotes pour imposer leurs arguments.
Si au moins, en faisant une portion congrue des morts africains, la «communauté internationale» faisait des efforts pour sortir les pays de leurs problèmes et les aidaient à éviter les morts les plus absurdes. Malheureusement, c’est le contraire que l’on voit. Les Européens ont convaincu les différentes factions de la Libye d’empêcher la sortie des migrants africains de leur territoire. Malgré l’appel à l’aide du Président Ernest Bai Koroma, l’aide internationale parvient au compte-gouttes à la Sierra-Leone, fragilisant encore plus un pays qui s’est difficilement débarrassé du virus Ebola il y a quelques mois. Et qui vit dans la hantise du choléra ces derniers jours.

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