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Les morts n’ont pas la même compassion et leur mort n’a pas la même dignité. Les tueurs n’ont pas le même sort et leurs crimes n’ont pas la même peine. C’est le résumé des déclarations et des débats qui ont suivi l’horrible meurtre de Fatimata Moctar Ndiaye. Et c’est tellement vrai qu’il a fallu que ce soit un politique pour que la République et l’opinion soient aussi émues et meurtries. Mais sans être cynique, et hypocrisie mise à part, il y a là une lecture profonde et lucide à faire de ce grand fait divers. La défunte vice-présidente du Conseil économique, social et environnemental n’est quand même pas le premier des Sénégalais – et certainement pas le dernier – à être aussi lâchement tués. Egorgés. Il y a juste deux semaines, deux agents d’une pharmacie de Ndioum ont subi la loi du couteau. Si nous – entendez presse et autres secteurs de la société – avons été consternés et attristés, nous n’avons pas eu la même émotion, le même traitement, les mêmes réactions rigoureuses et vigoureuses qui ont réveillé la peine de mort. Ne remuons pas le couteau – qui a tué cette peine de mort en 2004 – dans la plaie ! Cela n’a rien à voir avec les droits de l’Homme. Le fait est que cela n’a pas été aussi dissuasif qu’on l’a toujours pensé. Et puis, n’est-ce pas ceux-là même qui plaident pour la peine de mort qui ont refusé, marché et demandé au chef de l’Etat d’intervenir pour que notre compatriote Mbayang Diop ne subisse pas la loi saoudienne ? Ce que nous ne voulons pas que les autres fassent à nos fils (et filles), nous voulons, Ô suprême paradoxe, le faire nous-mêmes.
Que le président de la République se rende chez sa défunte camarade de parti, c’est compréhensible ! Qu’il ne se soit pas déplacé auprès des familles des victimes de Ndioum, c’est, avouons-le, incompréhensible ! Mais on donne l’impression qu’un meurtre d’un politique vaut deux d’un citoyen «ordinaire». Et puis, pourquoi voudrait-on prendre prétexte de l’abomination de Pikine pour promettre – mais en réalité réaffirmer – la perpétuité aux coupables de crimes de sang ? Cette peine maximale a toujours existé et les Chambres criminelles l’ont souvent appliquée, avec ou sans les circonstances atténuantes ou aggravantes que le crime requiert. L’on peut comprendre que le tollé épidermique des pro-rétablissement de la peine de mort puisse indisposer le chef de l’Etat. Qu’il revête la toge du procureur – même s’il a la prérogative de définir la politique de la Nation, y compris la politique pénale – c’est tout de même gênant !

hamath@lequotidien.sn

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