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«Ce gouvernement, je le caractérise d’un mot : la police partout, la justice nulle part.» Cette citation de Victor Hugo a traversé des siècles mais colle bien à la situation actuelle du pays. Dans l’affaire Yavuz Selim, c’est l’Etat dans toute sa puissance illégitime, qui spolie des privés et promeut des intérêts étrangers camouflés derrière une obscure fondation sans légitimité dans le secteur de l’éducation. Déses­pérant ! Evidemment, il fallait être naïf pour croire que c’est Serigne Mbaye Thiam, Abdou­laye Daouda Diallo et Aly Ngouille Ndiaye, qui sont à la base de cette décision inique et impopulaire. Ils n’étaient que de simples exécutants d‘une mission ordonnée par un chef d’Etat étranger, gonflé d‘audace et assuré d’avoir gain de cause en donnant des ordres à un pays souverain. Sans subtilité de langage, sans ambiguïté, le Président Sall a osé reconnaître devant la Secrétaire générale de l’Oif que la fermeture des écoles Yavuz Selim a été décidée sur demande pressante de Recep Tayyip Erdogan. A l’entendre construire son raisonnement et expliquer l’inexplicable, on enrage de constater que le Sénégal s’est réduit à se soumettre aux injonctions de Erdogan, qui se rêve en Sultan du Bosphore et qui construit son influence et offre ses financements par une méthode inamicale : le chantage. La déception des Sénégalais est à la hauteur de l’espoir qu’avait suscité l’accession d’un chef d’Etat né après les indépendances à la tête de ce pays.

Erdogan, le parrain
Autant prévenir le Président Macky Sall : cette décision le poursuivra toute sa vie. On racontera qu’il a été le premier Président de ce pays à ordonner la fermeture d’une école. Comme son modèle Abdou Diouf, qui est entré dans l’histoire du mauvais pied et a du mal à en ressortir. On dira toujours que c’est sous son régime qu’il y a eu une année blanche et une année invalide. Bref, il ne fallait pas nous promettre une rupture pour nous abandonner ainsi, en nous laissant stupéfaits, interdits, face au spectacle de cette déliquescence et de cet effondrement de notre prestige. Hier, Macky Sall s’est éloigné de l’honneur de sa fonction, a sapé le prestige de l’institution qu’il incarne, a montré la fébrilité de notre pays face aux pressions des puissances étrangères, qui ne cherchent qu’à étendre leur influence et sauvegarder leurs intérêts.
Après l’Arabie saoudite dont nous avons encouragé la sanglante dérive militaire au Yémen avant de rappeler notre ambassadeur au Qatar après la crise diplomatique dans le Golfe, notre pays en vient à s‘agenouiller devant la Turquie au détriment de ses propres enfants. Aux Etats-Unis, en France, en Allemagne, les écoles de Gülen continuent leurs missions malgré les aboiements de Erdogan, qui regarde les dirigeants africains du haut de sa tour d’ivoire. Le Sénégal mesure sa fierté et son prestige par rapport aux autres pays africains, qui se sont inclinés devant la volonté de leur partenaire turc alors que son histoire et son modèle devaient l’inspirer à prendre la tête du mouvement du refus. Cela aurait renforcé la biographie d’un homme, qui a réussi un parcours politique atypique mais qui vacille à cause de tâtonnements et de décisions approximatives. Au final, Henry David Thoreau avait raison : «Que chacun fasse connaître le genre de gouvernement qui commande son respect et ce sera le premier pas pour l’obtenir.»

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