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Le 24 juillet a  marqué la fin de la dernière flambée de maladie à virus Ebola en République démocratique du Congo (Rdc).
C’était la neuvième flambée d’Ebola en Rdc. De fait, le pays a été le premier à être confronté à la maladie : c’est là que le virus a été identifié pour la première fois en 1976. Cette dernière flambée a cependant été différente. Alors que les précédentes étaient limitées aux zones rurales isolées, celle-ci s’est déclarée dans quatre lieux distincts, dont Mbandaka, une ville importante reliée à la capitale Kinshasa et à ses plus de 10 millions d’habitants, ainsi qu’aux capitales des pays voisins, Bangui et Braz­zaville. En outre, des agents de santé ont été infectés par le virus, devenant eux-mêmes vecteurs de la maladie.
L’un des nombreux enseignements tirés de l’épidémie dévastatrice qui a ravagé l’Afrique de l’Ouest en 2014 est que la communauté internationale attendait beaucoup plus de l’Oms qu’elle n’était alors en mesure de fournir. Depuis lors, nous avons travaillé d’arrache-pied pour que le monde soit mieux préparé, non seulement face à la menace du virus Ebola mais aussi à celle des nombreux pathogènes à haut risque, tels que les virus de la grippe pandémique, susceptibles de traverser la barrière des espèces – de l’animal à l’homme – à tout moment.
Cette fois, lorsque le virus Ebola a à nouveau frappé la Rdc en mai, l’Oms était prête. Dans les quelques heures qui ont suivi la confirmation des premiers cas, nous avions débloqué plus de $ 2 millions, à partir du Fonds de réserve de l’Oms pour les situations d’urgence, et déployé une équipe sur le terrain. Très rapidement ensuite, plus de 250 personnes étaient à pied d’œuvre : des épidémiologistes, des logisticiens, des cliniciens, des gestionnaires de données, des anthropologues et des responsables de la planification, travaillant avec les équipes du gouvernement et nos partenaires. La Mission des Nations-Unies en Rdc, la Monusco, et le Programme alimentaire mondial ont fourni des avions et des hélicoptères pour garantir l’acheminement des personnes et du matériel/des fournitures vers le pays. Outre le système des Nations-Unies, plusieurs autres partenaires, notamment Médecins sans frontières et la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du croissant-rouge, ont aussi été prompts à réagir, et les pays donateurs ont répondu à l’appel de fonds intégralement en quelques semaines.
Ensemble, nous avons fait un meilleur usage des outils dont nous disposons pour combattre le virus Ebola : une solide surveillance pour être sûrs que nous savions où se propageait le virus ; la mobilisation de la communauté pour garantir des inhumations sans risque et une sensibilisation aux symptômes ; et les soins pour traiter les malades et prévenir toute nouvelle transmission.
Et nous avions aussi des outils dont nous ne disposions pas auparavant, notam­ment un nouveau vaccin, et éventuellement de nouveaux médicaments.
Au cours des dernières phases de la flambée de 2014, l’Oms a utilisé un vaccin expérimental mis au point par les chercheurs canadiens et fabriqué par Merck & Co., avec des résultats remarquables : aucune des personnes vaccinées n’a été infectée. En conséquence, Gavi, l’organisation mondiale qui veille à l’achat des vaccins, s’est engagée à allouer $ 300 millions à l’achat de doses du vaccin une fois l’homologation obtenue.
La dernière flambée est survenue avant que l’approbation réglementaire ait été obtenue, mais Merck a rapidement fait don à l’Oms de quantités importantes de vaccins, qui seraient déployés conformément au protocole compassionnel. C’est la première fois qu’un vaccin était utilisé en tant qu’instrument essentiel d’une riposte au virus Ebola.
Dans un geste de solidarité, le gouvernement de Guinée a envoyé plus de 30 vaccinateurs qui avaient participé à l’essai mené dans ce pays, pour aider à la campagne de vaccination.
En juin, J’ai rencontré plusieurs des victimes ayant survécu, lorsque je me suis rendu à Itipo, l’une des zones touchées. L’une des survivantes, Marie-Noëlle, a pris la parole au nom du groupe, et elle m’a dit une chose à laquelle je ne m’attendais pas : ils étaient en colère. Les personnes que je rencontrais avaient survécu à Ebola, mais ils restaient excessivement pauvres, vivant au jour le jour dans un pays en proie aux conflits internes, aux déplacements massifs de population, à l’insécurité alimentaire, à la malnutrition, et à de multiples flambées d’autres maladies infectieuses.
La maladie à virus Ebola suscite beaucoup plus de peur que la plupart des autres maladies, mais le tribut qu’elle prélève est nettement moindre que celui de nombreuses autres maladies qui font moins souvent la une des médias. Depuis la première flambée de maladie à virus Ebola en 1976, la maladie a tué 11 000 personnes. Alors que chaque année, en Rdc, 300 000 enfants de moins de cinq ans décèdent de maladies en grande partie évitables, telles que la pneumonie, le paludisme et la rougeole. Le pays est actuellement confronté à des flambées de poliomyélite et de choléra.
Nous avons arrêté Ebola mais nous ne pouvons pas nous arrêter là.
Le meilleur moyen de défense contre les flambées meurtrières est l’investissement dans des systèmes de santé solides, qui permettent de les prévenir, ou de les dépister et de les maîtriser rapidement. En ce sens, la couverture sanitaire universelle et la protection de tous contre les situations d’urgence sanitaire sont les deux faces d’une même pièce. Nous avons besoin d‘équité dans le domaine de la santé mondiale, et cela passe notamment par l’amélioration des soins de santé primaires dans les pays fragiles et vulnérables tels que la Rdc.
Tandis que nous approchons de la fin de cette épidémie et nous apprêtons à préparer la prochaine – où qu’elle survienne, deux enseignements clairs peuvent nous guider : en premier lieu, nous avons fait la démonstration que nous pouvons sauver des vies et empêcher que les flambées ne deviennent incontrôlables si nous agissons tôt et de manière décisive, l’Oms et les autorités sanitaires locales assurant un solide leadership, avec les efforts conjoints du système des Nations-Unies, une coordination et une collaboration harmonieuses entre les partenaires, et un financement approprié des donateurs. En second lieu, nous devons aller au-delà de la riposte en situation d’urgence aiguë et aider les pays à renforcer leurs systèmes de santé. La préparation aux situations d’urgence sanitaire aux niveaux national et régional ne fait pas les gros titres – mais c’est elle qui nous permettra de tous nous protéger contre Ebola et les autres maladies meurtrières.

Dr Tedros Adhanom
GHEBREYESUS
Directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé

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