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Après l’expiration de son mandat constitutionnel, Yahya Jam­meh, lâché par sa fidèle Vice-présidente et son chef d’Etat-major général des armées après plusieurs ministres, est dans une nuit noire. C’est le crépuscule d’un autocrate qui a bluffé jusqu’au bout pour rester au pouvoir.

Le vin est tiré… Battu, armé et à la tête d’un régime de terreur, Yahya Jammeh pourrait être délogé par la police internationale, qui va installer Adama Barrow à la State House de Banjul, s’il continue son bras de fer avec la communauté internationale. Face à l’entêtement du Président défait et les dernières décisions séditieuses qu’il a prises comme l’état d’urgence, la fermeture des frontières, la prorogation de son mandat par l’Assemblée nationale, il est désormais difficile de récuser une intervention militaire. Cette grille de lecture, forgée par les décisions unilatérales de Jammeh, est renforcée par les derniers actes posés par l’Etat-major de l’Armée sénégalaise, qui  lui a fixé un ultimatum. Il donne à Jammeh, qui n’a pas résisté à la tentation d’abattre l’ultime carte de l’affrontement, l’opportunité d’être servi. Il confirme la crainte de plusieurs analystes qui ne se sont pas mépris sur son compte en soutenant qu’il ira jusqu’au bout de sa logique de confisquer le pouvoir à n’importe quel prix.
En réponse, les troupes sénégalaises et nigérianes se sont massées au niveau de la frontière pour aller à l’assaut. Après les confirmations de la Dirpa, l‘Ar­mée de l’air nigériane (Naf) a aussi annoncé hier avoir déployé  200 hommes, des avions et un hélicoptère au Sénégal pour participer à l’opération. «Ce dé­ploiement est prévu pour déjouer toutes les hostilités, ou les manquements à la loi, qui pourraient survenir alors que la Gambie est actuellement dans une impasse politique», écrit Ayodele Famu­yiwa, porte-parole de la Naf, dans un communiqué. Le Ghana a annoncé aussi sa contribution à la constitution de la force régionale.
Depuis 00 H, Jammeh est devenu un rebelle aux yeux de la Communauté internationale. Adama Barrow doit prêter serment ce jeudi sur le territoire gambien comme l’a confirmé hier Mankeur Ndiaye sur la Rts. Mais, il est désormais exclu qu’il le fasse au stade de Banjul ce jeudi, vu la situation sécuritaire qui prévaut dans ce pays.  En tout cas, les Forces armées de la Cedeao ont besoin d’un mandat de l’Onu et une sollicitation officielle du Président élu pour donner un cachet légitime à cette opération. Le Sénégal a présenté mercredi un projet de résolution au Conseil de sécurité des Nations unies visant à autoriser la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) à prendre «toutes les mesures nécessaires» pour assurer une passation de pouvoir en Gambie.
En tout cas, les conciliabules diplomatiques se sont poursuivis jusque tard dans la nuit. Le Président mauritanien, qui s’est rendu à Banjul hier, a fait escale à Dakar pour faire un compte rendu de ses discussions avec le Président Macky Sall. Le Maroc, qui lui avait aussi proposé l’asile, n’a pas renoncé à ses efforts de médiation pour essayer de le dissuader à se lancer dans une opération perdue d’avance. Dans la journée de ce matin, les nuages devraient se dissiper pour éviter les bruits des armes. Sinon, il faudra boire le vin.
Après avoir perdu la Présidentielle du 1er décembre et reconnu sa défaite, Yahya Jammeh s’est aussi livré à un exercice périlleux en contestant les résultats de l’élection. Sûr de sa force et revigoré par le soutien des Forces armées gambiennes, il est resté sourd à tous les appels de la communauté internationale.  Triste fin !
bsakho@lequotidien.sn

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