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Le Fonds de promotion à l’industrie cinématographique (Fopica) passe à deux milliards en 2018. S’y ajoutera un crédit de fonctionnement de 150 millions. Le Centre national de cinématographie, estimé après une étude à près de 300 millions de francs Cfa, sera désormais construit à Diamniadio. Puis, les dettes des cinéastes décédés envers la Société sénégalaise d’importation, de distribution et d’exploitation cinématographique, qui s’élèveraient à plus de 200 millions de nos francs, seront totalement épongées. Ainsi en a décidé mercredi soir le président de la République après avoir recueilli les doléances des différents réalisateurs qui ont pris part à l’audience qu’il a accordée aux lauréats du Fespaco 2017.

Le réalisateur Alain Gomis, lauréat 2017 de l’Etalon d’or de Yennenga au Fespaco, a été reçu en audience mercredi dernier avec ses collègues du 7e art. A cette occasion, les cinéastes ont posé sur la table du Président plusieurs doléances. «Il faut renforcer le Fopica et soutenir les jeunes pour qu’ils puissent être mieux armés afin de réaliser des produits de qualité qui pourront être rentabilisés», a plaidé Alain Gomis pour qui il faut également «développer les salles de cinéma afin que les films de nos réalisateurs soient vus». Son aîné, Ousmane William Mbaye, réalisateur de Kemtiyu Seex Anta, qui a remporté le prix du meilleur documentaire au Fespaco 2017, n’ira pas par quatre chemins, à sa prise de parole, pour demander au chef de l’Etat d’augmenter le Fonds de promotion à l’industrie cinématographique d’«un milliard à trois milliards en 2018». Quant à la réalisatrice Angèle Diabang, on apprend de sources concordantes qu’elle a plaidé pour une discrimination positive envers les femmes dans la distribution du Fopica parce que, relève-t-elle, «les productrices sont peu nombreuses et confrontées à plus de difficultés que leurs confrères». Désormais ce sera ainsi, «cette discrimination positive va être introduite dans le fonctionnement du Fopica», informe-t-on.
Mais ce n’est pas que ces avancées qu’obtiennent les réalisateurs. Désormais, le Fonds de promotion à l’industrie cinématographique d’un milliard de nos francs passera à deux milliards en 2018. Le président de la République en a décidé ainsi. Macky Sall a également invité le ministère de la Culture et de la communication à séparer les crédits de fonctionnement des allocations du Fopica. Estimant qu’il faut entre 100 et 150 millions pour le bon fonctionnement du Fopica, le Président a décidé de mettre à disposition ce budget afin de permettre une meilleure organisation et gestion du Fopica. Il a par ailleurs annoncé l’ouverture prochaine de salles de cinéma au Sénégal et s’est réjoui qu’à peine un an, après l’audience qu’il avait accordée au président du groupe Bolloré, que les portes du Canal Olympia soient ouvertes au public. Cette salle de projection, construite par Bolloré, a en effet été inaugurée hier près du Grand Théâtre national de Dakar. En soirée, Félicité de Alain Gomis a été projeté.

Diamniadio accueillera le Cnc
L’autre doléance forte sur laquelle tout le monde du 7e art attendait l’arbitrage ou plutôt la décision du président de la République, c’est la construction d’un Centre national de la cinématographie. On se souvient qu’en 2008, Me Wade avait attribué le site de l’ancien Service d’hygiène aux cinéastes afin qu’il serve à la construction de ce centre. Ces locaux du Service national d’hygiène sur l’avenue Emile Badiane qui devraient donc accueillir le centre ont été réhabilités par l’Agetip. Et le cabinet d’architecture, devant réaliser le projet et choisi à l’issue d’un appel d’offres, avait terminé son travail. Une étude commanditée avait évalué le projet à près de 300 millions de francs Cfa. Mais depuis, l’eau a coulé sous les ponts. Et la mairie de Dakar-Plateau a entamé d’autres projets sur le même site. La direction de la Cinématographie et certains cinéastes s’étaient même retrouvés le lundi 13 mars dernier, pour protester et mettre à nu ce contentieux autour du site. Mais désormais, ce Centre technique de production cinématographique et audiovisuelle, objet du contentieux entre la direction de la Cinématographie et la mairie de Dakar-Plateau, verra le jour à Diamniadio. Ainsi en a décidé le président de la République.
Nos interlocuteurs renseignent que le Président Sall a clairement promis que «le Centre national de cinéma sera construit à Diamniadio». Une promesse de plus ? Peut-être pas. Mais il faut se rappeler que Macky Sall avait, il y a quelques années, donné des gages de faire mieux que son prédécesseur pour le 7e art sénégalais par la voix de son ancien ministre de la Culture, Youssou Ndour. Aus­sitôt nommé à la tête du département, en compagnie du directeur général du Centre cinématographique marocain, Nour Eddine Saïd, Youssou Ndour avait à l’époque promis de doter notre pays avant fin décembre 2013 d’un Centre cinématographique national. Il s’était même fermement engagé en ce sens avec la bénédiction du président de la République. Une promesse qui jusque-là n’a jamais été tenue. Pourtant, à travers ce projet du Cnc, les autorités nourrissaient l’idée de remettre le cinéma sénégalais sur les rails. Avec ce centre, il était même convenu avec la collaboration du Maroc de faire plus de six films par an. Mieux, «la création d’un Centre national de la cinématographie devait  constituer une niche d’emplois pour les acteurs, les producteurs, les techniciens, les exploitants et les  distributeurs du 7e art» défendait-on. Le  directeur de la Cinématographie, Hugues Diaz, disait même que ce centre permettrait d’avoir une autonomie dans la gestion du cinéma. «C’est une entité nécessaire qui servira de bras armé pour booster la production cinématographique dans notre pays», avait-il affirmé avec enthousiasme.

Eponger les dettes des cinéastes décédés
Au cours de l’audience, nos interlocuteurs renseignent également qu’à sa prise de parole, le doyen d’âge du cinéma sénégalais, Ben Diogoye Bèye, a sensibilisé le président de la République sur la situation difficile que vivent les familles de certains réalisateurs. «Ils ne sont plus de ce monde, mais leurs légataires souffrent des dettes que devaient éponger la Sidec (Société sénégalaise d’importation, de distribution et d’exploitation cinématographique) qui a connu une liquidation catastrophique», a-t-il relevé. Là encore, Macky Sall s’est engagé à éponger cette dette qui s’élève à plus de 200 millions de nos francs. Evoquant d’autres projets culturels qui lui tiennent à cœur, le président de la République a rappelé sa volonté de transformer l’ancien Palais de justice du Cap Manuel en Palais des arts. «Un cabinet d’architectes est déjà mobilisé pour le projet», apprend-on. Macky Sall a aussi confirmé la construction du mémorial de Gorée et réaffirmé sa volonté d’accompagner la culture parce que «le Sénégal est un pays de culture et il doit maintenir son rang de leader».
arsene@lequotidien.sn

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