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L’alerte du Fonds monétaire international (Fmi) sur le rythme d’endettement rapide du Sénégal n’a pas laissé indifférentes les autorités. Le directeur du Budget, qui assistait hier aux Assises de l’entreprise du Mouvement des entreprises du Sénégal (Meds), a pour sa part, cherché à dégonfler la bulle.

De 24% en 2014, le service de la dette du Sénégal a grimpé à 30% cette année. Une croissance qui inquiète le Fonds monétaire international (Fmi). A l’issue de la 5e Revue de l’Instrument de soutien à la politique économique (Ispe), le chef de mission de l’institution, Ali Mansoor, n’avait pas manqué d’attirer l’attention sur ce fait. Cette alerte a fait réagir le Directeur général du budget. Mamadou Moustapha Ba, qui participait hier aux Assises de l’entreprise du Mou­vement national des entreprises du Sénégal (Meds), a cherché à dégonfler la bulle. «Le service de la dette qui était de 24%, va arriver à 30% en fin 2017. Mais le service, c’est-à-dire ce que nous payons chaque année, rapporté à nos revenus, commence à être élevé», concède le directeur du Budget.
Il a toutefois expliqué que cette hausse est la conséquence «des dettes chères» que le Sénégal a contractées ces dernières années. «En 2011, on a eu l’Eu­ro­bond de 500 millions de dollars au taux de 8,75% sur 10 ans. Cela veut dire qu’il y a une dette chère qui nous poursuit.» En mai de cette année, le Sénégal a levé un deuxième Eurobond de 1100 millions de dollars au taux de 6,25% sur 16 ans. Mais M. Ba assure qu’il n’y a pas là matière à s’émouvoir. «On n’a pas à s’inquiéter. On surveille le service et ça doit tendre à 15% en 2027. Maintenant, on va faire la restructuration de notre dette et quand on va aller sur le marché, on va prendre beaucoup d’argent et ça va nous permettre de racheter la mauvaise dette et d’avoir un profil de service de la dette compatible avec notre niveau de remboursement.» Très pédagogique, M. Ba a expliqué que normalement, dans sa stratégie d’endettement, le Sénégal ne prend que des prêts concessionnels. «Maintenant, si le projet dégage une rentabilité élevée, nous pouvons prendre des taux semi-concessionnels». En outre, il a rappelé que les critères de convergence définis par l’Union économique et monétaire de l’Afrique de l’Ouest (Uemoa), fixent à 70% le niveau d’endettement. Un seuil que le Sénégal n’a pas encore franchi, a assuré M. Ba, en rappelant également qu’avec le changement intervenu dans les comptes nationaux, l’on s’est rendu compte que le Produit intérieur brut (Pib) était minoré de 30%.
Autre argument brandi par le directeur du Budget pour justifier le niveau d’endettement du Sénégal, c’est l’importance que le pays accorde aux infrastructures. Selon M. Ba,  de 2012 à 2016, le Sénégal a injecté 840 milliards dans le secteur, soit une moyenne de 210 milliards par an. Ces investissements ont permis de réaliser 314 km de routes revêtues, 56 km d’autoroute et 1500 km de pistes de désenclavement. Selon Mamadou Moustapha Ba, «c’est correct mais ça ne permet pas de résorber le déficit en infrastructures». Sur cette période, M. Ba informe que sur une enveloppe de 6460 milliards reçus des bailleurs, le Sénégal a investi près de 1800 milliards dans les infrastructures et services de transport contre 969 milliards dans l’énergie, 839 milliards dans l’agriculture. Cette année, les Assises économiques du Meds avaient pour thème : «Les infrastructures sont-elles un levier de développement pour le Sénégal ?»

Infrastructures Le privé national dénonce son exclusion des grands marchés
Malgré le volume d’investissement élevé dans le secteur des infrastructures, le privé national dénonce la discrimination dont il est l’objet. Le président du Meds, M. Mbagnick Diop, n’a pas raté l’occasion pour dénoncer la part belle qui est faite aux privés étrangers dans la distribution des marchés. «Tous les grands ouvrages sont réalisés par de grandes multinationales parce sur les appels d’offres, les entreprises nationales sont souvent exclues par certains critères», a dénoncé M. Diop.
Il a donné l’exemple d’un appel d’offres dans lequel les critères de soumission imposent d’avoir déjà construit un pont ou une autoroute trois ans auparavant. «Nous n’avons pas les moyens de remplir ces conditions», s’est indigné le Président du Meds qui a lancé un appel aux autorités. «Aujourd’hui, le privé national a les moyens d’aller en compétition avec les grandes multinationales, mais encore faudrait-il que la compétition soit ouverte et qu’il y ait des mesures d’incitation.»
mamewoury@lequotidien.sn

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