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Le Sénégal est-il trop endetté ? La dernière sortie du Président Abdoulaye Wade sur la question est venu réalimenter ce débat. Mais du côté de la Banque africaine de développement, on se veut serein. Selon le nouveau responsable pays, M. Serge N’Guessan, la Bad n’est pas inquiète du niveau d’endettement du pays.

Le Sénégal est-il trop endetté ? La question est revenue au centre de l’actualité depuis que l’ancien Président Abdoulaye Wade a jugé bon de partager ses préoccupations sur la question à l’occasion du dernier Magal de Touba. La question s’est tout naturellement invitée dans les échanges que le nouveau représentant de la Banque africaine de développement (Bad) à Dakar a eus hier avec la presse. Selon M. Serge N’Guessan, une étude sur la solvabilité du Sénégal réalisée en septembre dernier par la Bad a eu des résultats positifs. «Nous ne sommes pas encore inquiets sur le niveau d’endettement du Sénégal», souligne le responsable pays de la Bad à Dakar. M. N’Guessan, qui convoque les normes communes aux pays de l’Union économique et monétaire de ouest-africaine (Uemoa), souligne que «le niveau d’endettement du Sénégal est acceptable». «S’endetter, ce n’est pas mauvais», poursuit-t-il en estimant que le plus important est de s’endetter de façon productive et de s’assurer que la dette génère des ressources propres.
«Si on s’endette pour faire des programmes structurants, trans­­formateurs et qui peuvent rembourser la dette, je ne vois pas où est le problème», affirme le directeur de la Bad pour le Sénégal. Pour l’économiste en chef de la banque, M. Toussaint Houeninvo, le rythme d’endettement est bien encadré puisque des ajustements sont faits par les autorités en cas de nécessité grâce aux lois de finances.

Emploi des jeunes
Au moment où des jeunes africains sont vendus aux enchères comme esclaves sur des marchés libyens et que des milliers d’autres meurent dans le désert et dans la méditerranée, la question de l’emploi des jeunes reste une préoccupation. Selon le représentant pays, cette question figure au nombre des 5 priorités définies par le président de la Bad, Akinwumi Adesina. En effet, la 5e de ces priorités est l’amélioration des conditions de vie des populations par un meilleur accès à la santé, à l’éducation et à l’emploi. Dans ce cadre, la Bad prévoit de créer 25 millions d’emplois à l’horizon 2025. Pour l’année 2016, la banque affiche dans son bilan la création de 630 000 emplois. Mais autant les besoins sont urgents et importants, autant la problématique est complexe, souligne M. N’guessan. A en croire la responsable Emploi et formation au bureau de Dakar, Mme Loubna Bourkane, «l’emploi est un objectif macroéconomique que le pays doit se fixer au même titre que la stabilisation de sa dette et de son taux d’inflation». Pour ce faire, Mme Bourkane indique qu’il faut que dans les politiques économiques, un certain nombre d’objectifs et de réformes soient fixés. Seule­ment, les pays africains, qui ont été les moteurs de la croissance mondiale ces dix dernières années, n’ont pas su créer de l’emploi, constate-t-elle. «Nous essayons de savoir, au-delà des projets spécifiques d’emplois, comment l’ensemble des secteurs, on peut parler de l’agriculture, de l’énergie, peuvent permettre de promouvoir l’emploi pour les jeunes.»

Faible taux de décaissement
Depuis 1972, la Bad apporte son soutien au Sénégal. Au total, 101 opérations ont été approuvées pour le pays, pour un montant global de 1 300 milliards de francs Cfa. Mais le rythme est considérablement plus soutenu durant la période 2012- 2017 où le Sénégal a reçu 599 milliards de francs Cfa injectés dans des projets phare comme l’Aéroport international Blaise Diagne (Aibd) avec près de 46 milliards, l’autoroute à péage pour 8 milliards, la centrale à charbon de Sendou, le Port de Bargny et le Train express régional (Ter) avec 120 milliards.
Si les crédits restent importants, le problème de l’absorption de ces crédits se pose. En effet, selon M. N’Guessan, le taux de décaissement qui avoisine les 19%, doit être amélioré puisque dans le même temps, sur les projets du secteur privé, ce taux est de 97%. En attendant la revue annuelle conjointe du portefeuille de la Bad au Sénégal prévue la semaine prochaine, la banque annonce que pour 2018, le Sénégal va bénéficier de 33 milliards de francs qui seront alloués à trois grands projets dans le secteur agricole, ceux des mines et des infrastructures routières.
mamewoury@lequotidien.sn

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