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Andréa Wojnar Diagne, représentante-résidente de l’Unfpa.

La fistule obstétricale, une maladie honteuse aux effets dévastateurs surtout chez les femmes. Selon la représentante-résidente de l’Unfpa, il y a chaque année 400 nouveaux cas au Sénégal. Pourtant, la maladie est prise en charge gratuitement. L’Unfpa, en partenariat avec le ministère de la Santé et de l’action sociale et le ministère de la Femme, organise des camps annuels pour la prise en charge des réparations. A ce jour, 600 femmes ont été opérées grâce à ce programme.

Théoriquement, la fistule obstétricale n’est pas une maladie mortelle mais elle est très handicapante. Elle a des effets dévastateurs sur la femme. Dans la plupart des cas, elle perd son bébé durant le processus de l’accouchement. Ensuite, elle souffre d’une incontinence chronique. Incapable pour elle de contrôler l’écoulement de l’urine ou l’excrétion des matières fécales. Les conséquences sociales sont encore plus dramatiques. La femme est dès lors mise à l’écart, abandonnée par son mari et par son entourage. «De l’expérience que j’ai, c’est le mari qui l’abandonne en premier», témoigne Dr Kalidou Konté, consultant à l’Unfpa et urologue de formation qui a travaillé sur cette maladie pendant presque 10 ans.
Cette maladie qualifiée d’honteuse ne laisse aucune chance à la femme ou à la jeune fille. «Elle n’a plus la possibilité d’exercer une fonction ni de s’asseoir dans les instances de prise de décision. Elle est carrément marginalisée», regrette Lydie Sanka, coordonnatrice des violences basées sur le genre à Unfpa. Et le plus souvent, ajoute Dr Kalidou Konté, ces femmes n’ont pas les moyens de se prendre en charge, car n’étant plus en état d’exercer une activité génératrice de revenus. Il y a aussi le fait que la prise en charge est très onéreuse.  Les réparations  (opération chirurgicale) coûtent entre 150 000 et 250 000 francs Cfa sans compter les frais liés aux soins,  renseigne Andréa Wojnar Diagne, représentante-résidente de l’Unfpa. N’ayant pas toujours les moyens de se prendre en charge, les femmes se résignent à la fatalité et se cachent durant toute leur existence.

4 000 femmes porteuses attendent de se faire opérer
Des drames sociaux que notre pays vit quotidiennement. Même si la maladie a connu un léger repli, elle constitue une réelle préoccupation pour les pouvoirs publics. Puisque chaque année, ce sont 400 nouveaux cas qui sont enregistrés, indique la représentante de l’Unfpa à Dakar, en marge de la célébration de la Journée internationale des sages-femmes. Mme Diagne souligne également que les 4 000 femmes porteuses de fistules, pour le moment, attendent de se faire opérer ou se cachent encore.
L’Unpfa, en partenariat avec l’Etat du Sénégal, a mis un programme global pour éradiquer la fistule obstétricale. Ce programme comporte trois phases : l’identification, la réparation et la réinsertion. La structure onusienne accompagne le Sénégal dans l’identification des fistuleuses. «Et ce n’est pas facile de les retrouver. Elles se cachent estimant que c’est une maladie honteuse», indique Mme Diagne. Mais l’Unfpa, pour réussir cette mission, travaille avec les Ong basées au niveau communautaire comme Tostan, dans l’identification des fistuleuses, a monté une maison dénommée Diwane Taw Fekh avec le ministère de la Femme pour recueillir ces femmes porteuses de fistules, afin de leur procurer les soins nécessaires et surtout de leur assurer après traitement, une réinsertion sociale et économique. L’Unfpa pour le moment prend en charge les réparations. Mais elle envisage avec le ministère de confier la prise en charge des fistules à l’Agence de la couverture maladie universelle (Acmu). «En attendant, nous aidons le gouvernement à mener des camps de réparation. Nous organisons dans l’année, huit camps de réparation dans les régions», soutient Andréa Wojnar Diagne.
Les initiateurs de ce programme estiment qu’il serait difficile de déplacer ces femmes qui souffrent vers Dakar. «Les 80% des cas de fistules sont assez simples à réparer.  Il suffit d’un chirurgien général et d’un obstétricien pour réparer ce genre de problème», révèle Andréa Wojnar Diagne qui précise que c’est seulement les 20% des cas qui nécessitent une expertise renforcée. Et  dans ces cas, soutient la patronne de l’Unfpa à Dakar,  «nous faisons venir les femmes à l’Hôpital général de Grand Yoff (Hoggy) où nous avons les meilleurs chirurgiens du continent». Le taux de succès est compris entre 70 et 75%, fait remarquer le consultant Kalidou Konté de la structure onusienne.
L’Unfpa répare 200 femmes porteuses de fistules par an. Mais de l’avis de sa représentante-résidente au Sénégal,  son organisation veut doubler, tripler voire même quadrupler ce chiffre. Car, pour elle, le problème ce n’est pas le chiffre mais l’identification des malades. Déjà l’Unfpa a déjà pris en charge 600 femmes depuis le début du programme en 2008.

Liens établis entre la fistule, les mariages d’enfants et les Mgf
Mais qu’est-ce qui est à l’origine de cette pathologie ? Docteur Konté indique qu’elle est généralement causée par un travail prolongé et difficile, parfois de plusieurs jours, sans intervention obstétrique pratiquée en temps voulu, généralement une césarienne, pour mettre fin aux pressions excessives exercées par le fœtus sur l’organisme de la femme.  Cette maladie dite «honteuse» était beaucoup plus répandue et moins connue dans les années «85-90».
Les spécialistes soutiennent également qu’elle est liée à la pauvreté, notamment à l’absence d’infrastructures, de routes, de structures de soins de santé. Certains incriminent des pratiques culturelles de certaines zones -le Nord du pays ou le Sud- où les filles sont soit données en mariage très tôt ou sont victimes de Mutilations génitales féminines (Mgf). «Dans les deux cas, la fille court un risque élevé d’attraper cette maladie», soutiennent nos interlocuteurs.  Il y aurait donc un lien certain entre la survenue de la fistule, les mariages d’enfants et les Mgf.
Pour Lydie Sanka, le lien est établi entre les mariages d’enfants et la survenue de la fistule obstétricale. «L’enfant que l’on donne en mariage n’a pas encore le corps assez développé pour accueillir une grossesse. C’est généralement ces enfants qui développent la fistule», indique Mme Sanka. Egalement ajoute-t-elle : «Les statistiques ont montré que c’est dans les zones nord (Matam) et du sud qu’on enregistre un fort taux de mariage d’enfants, qu’on trouve plus de femmes porteuses de fistules. Le constat est également fait dans les zones où il y a un fort taux de prévalence de mutilations génitales.»
ndieng@lequotidien.sn

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