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«Bien que connaissant les dangers liés à la nocivité du tabac, un milliard de personnes continuent de fumer et 7 millions d’entre eux en meurent prématurément chaque année. La nicotine est addictive mais a un rôle mineur dans la mortalité.» Ce constat issu de la déclaration du 3e sommet scientifique sur la réduction des risques liés à la nocivité du tabac, tenu en Grèce à Athènes les 24 et 25 septembre, résume la situation de la lutte pour le contrôle du tabac, en montre les limites objectives et pose aussi la nécessité de repenser les stratégies de contrôle du tabac qui doivent intégrer les politiques de réduction des risques liés à la nocivité du tabac avec des alternatives crédibles en complément des mesures habituelles.
Cependant, les stratégies de réduction des risques font face à des oppositions de la part d’acteurs-clés comme certaines agences de régulation et des autorités publiques qui refusent tout débat scientifique et même un simple dialogue. Ce que déplore le David Y. Sweanor, Professeur de Droit de la Santé à l’Université d’Ottawa, pour qui, «la bonne pratique en santé publique consiste, après avoir identifié un risque, à chercher à le réduire en nous appuyant sur la science pour en savoir les causes et avoir une politique pour le gérer».
Cette bonne pratique semble s’appliquer à tous les secteurs sauf à celui du tabac car, constate-t-il, depuis des décennies, on sait que les cigarettes sont mortelles et on en meurt à cause de la fumée qu’on inhale. «On fume pour la nicotine mais on meurt de la fumée. On laisse un produit mortel sur le marché parce que des acteurs ne veulent entendre autre chose qu’abstinence. Ce qui ne marche pas», déplore le scientifique.
Le changement avance cependant à petits pas car des pays comme la Suède, la Norvège, l’Islande, les Usa, la Grande Bretagne et le Japon, en dépassionnant le débat et en se basant sur la science et la technologie, sont en train de réussir leur transition en passant de plus en plus aux cigarettes électroniques et aux produits de tabac chauffé, en s’appuyant sur la science mais aussi en appliquant une règlementation favorable aux investissements pour ces alternatives. Ces pays sont en train de révolutionner les politiques de lutte contre le tabac en se fondant sur la science, et le marché. Ce que confirme Karl Fagerston de la Société de recherche sur la nicotine et le tabac, qui souligne : «En Suède, en Norvège, au Japon et en Grande Bretagne, la cigarette décline. Au Japon par exemple, en 3 ans, il y a eu 30% de réduction, et en Grande Bretagne, la baisse de consommation de cigarettes a commencé depuis 2009 et a atteint le pic historique le plus bas en 2017 avec 15,1%.» Ces exemples prouvent que la régulation et la science sont d’excellents leviers dans les politiques de réduction des risques liés à la nocivité du tabac, à condition que la passion et les préjugés ne polluent pas l’atmosphère. C’est pour atteindre cet objectif du débat scientifique serein que les scientifiques du sommet ont mis sur pied une Association internationale des experts pour le contrôle du tabac et la réduction des risques qui a, entre autres, pour objectifs, de réunir des scientifiques de tous domaines concernés, pour un dialogue constructif basé sur la science.
En effet, la création de l’Asso­ciation internationale pour la lutte contre le tabagisme et la réduction des méfaits (Interna­tional Association on Smoking Control & Harm Reduction -Scohre) a été annoncée à la clôture du Sommet et une déclaration des fondateurs de l’association a suivi.
«Nous pensons que les stratégies de lutte contre le tabagisme devraient être remodelées pour inclure la réduction des méfaits grâce à l’utilisation de produits alternatifs potentiellement moins risqués, en plus des me­sures traditionnelles de sevrage tabagique et de prévention du tabagisme», ont souligné les fondateurs dans la déclaration.
Ils préconisent également la réduction des méfaits pour aider ceux qui, pour diverses raisons, ne sont pas en mesure d’arrêter de fumer : «Ce groupe de fumeurs ne doit pas être abandonné par les politiques de lutte antitabac. Lorsque l’arrêt échoue à plusieurs reprises, le passage à des produits moins nocifs aura un effet positif pour de nombreux fumeurs.»
Au cours de la dernière année, davantage d’autorités de réglementation ont autorisé la commercialisation de produits du tabac potentiellement moins nocifs, à l’instar de la Food and Drug Administration des Usa, qui a autorisé la commercialisation d’Iqos de Philip Morris International, en tant que produit du tabac à risque modifié.

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