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La compagnie British Petro­leum, qui a racheté les plus grosses parts des actions de Kosmos au Sénégal, devrait annoncer bientôt sa décision finale d’investissement (Fid), qui est le signal de début de l’exploitation du gaz découvert au large des côtes sénégalaises, à la lisière de la frontière avec la Mauritanie, où elle détient également les parts majoritaires. Ce qui augure ce fait est que BP a déjà commencé à lancer des appels d’offres pour différentes prestations auprès des fournisseurs internationaux. Mais comme on pouvait le subodorer dès le départ, la plupart de ces appels d’offres sont remportés par des soumissionnaires étrangers. Même quand un appel d’offres est gagné par une société ayant une filiale sénégalaise, comme Eiffage, dans le cas des études d’avant-projet et d’exécution en vue du contrat de réalisation pour le terminal gazier de Tortue/Ahmeyim, le fameux champ en partage entre la Mauritanie et le Sénégal, c’est Eiffage Génie civil Marine, dont le siège est à Velizy-Villacoublay en France, et qui n’a absolument rien à voir avec Eiffage Sénégal, dont la spécialisation va plutôt dans les bâtiments et travaux publics.
Eiffage Génie civil Marine travaille en consortium avec Saipem Sa sur ce projet. Avant eux, un autre consortium, américain celui-là, composé de MacDermott International et Baker Hughes (une filiale de General Electric), spécialisé dans l’exploitation des hydrocarbures en off-shore profond, avait remporté un autre marché avec BP.
C’est dire que, au moment où une bonne partie des décideurs, des politiciens et des intellectuels sénégalais s’occupent à des querelles sur le montant des revenus du pétrole emportés par Timis et ses partenaires dans le pétrole et le gaz sénégalais, la vraie valeur ajoutée des hydrocarbures sénégalais est en train de nous échapper. Il était évident dès le départ, sauf pour certains politiciens sans doute, que le Sénégal n’avait pas, n’a pas, et n’aura pas d’ici 50 ans, les ressources techniques et financières nécessaires lui permettant d’exploiter ses ressources du sol et du sous-sol par lui-même, et qu’ainsi, l’intervention d’entreprises étrangères va dans l’ordre normal des choses, et on n’a pas à en rougir. D’ailleurs, même l’Arabie saoudite, qui exploite son pétrole depuis plusieurs décennies, n’est-elle pas toujours fortement dépendante de la technologie et des ressources humaines occidentales pour faire tourner sa compagnie natio­nale Aramco ?
Mais cela n’empêche pas que le pays puisse obtenir autre chose de son pétrole et son gaz, que les royalties versées par les opérateurs, et les impôts dus par les salariés de ces opérateurs. C’est ce que l’on appelle le Contenu local. Tous les experts s’accordent que cette partie des retombées, peut rapporter des milliards, ou même des milliers de milliards de francs Cfa à l’économie, créer des centaines de milliers d’emplois, si toutes les volontés nationales convergent dans la même direction, et ne se dispersent pas dans des querelles byzantines.
S’il est évident pour tout le monde que les entreprises locales ne peuvent pas encore entrer en compétition pour fournir du matériel pour l’exploitation des hydrocarbures à plus de 1000 mètres de profondeur, ou chercher à construire des plateformes flottantes d’extraction, de stockage et de déchargement du gaz, il n’en reste pas moins qu’il y a plein d’autres métiers, tout aussi importants, pour lesquels des entreprises locales devraient pouvoir soumissionner avec un peu de chance.
D’abord, les étrangers que les hydrocarbures attirent dans ce pays, ont besoin de se loger. Tous nos hommes d’affaires qui ne voient pas plus haut que leurs immeubles à mettre en location, devraient pouvoir en ce domaine, pouvoir leur fournir chaussure à leur pied, si l’on peut dire. Mais là aussi, il ne s’agirait pas que de viser le plus grand standing, parce que la plupart de ces techniciens ne viennent pas à demeure dans ce pays. D’autres contrats pourraient concerner la fourniture de nourriture sur les plateformes d’exploitation, avec par exemple, le concours d’un opérateur d’hélicoptères, une activité à développer également. Cela pourrait aider à booster l’agriculture nationale si le traiteur décidait à se fournir sur le marché local.
C’est donc dire que les initiatives ne devraient pas faire défaut, mais tout cela exige que tout le monde joue sa partition. Il semblerait qu’une loi ou un décret devrait être bientôt pris, concernant le Contenu local, et qui imposerait une participation locale à tout contrat de fourniture de services. Ce serait bien, à condition que faute de ne pouvoir mettre en place de véritables entreprises, nos chefs d’entreprise ne se contentent de prêter le logo de leur société et leur signature, moyennant une certaine ristourne. Tous ceux qui se plaignent de la présence massive des étrangers dans différents secteurs de notre économie, devraient y veiller. Ce serait plus utile que de crier contre la fuite de l’argent du pétrole et du gaz, avant même que ces ressources ne soient sorties de terre, plutôt, de l’eau.

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