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L’affaire Bbc-Aliou Sall-Petro Tim est devenue une affaire d’Etat du fait d’une com­munication désastreuse. Et cela, du fait même des autorités de l’Etat. Une fois que Aliou Sall avait présenté publiquement ses arguments lors de son point de presse, il n’y avait plus lieu d’impliquer l’Etat, à quelque niveau que ce soit. D’autant plus que le reportage lui-même n’a nulle part mentionné avoir cherché à recueillir l’avis des autorités étatiques du Sénégal. On peut imaginer, étant donné que le médium Bbc s’adresse en priorité à une audience anglaise, que c’est l’implication du major pétrolier Bp qui a servi de base à l’enquête de notre consœur. Si Frank Timis avait passé un accord avec Petronas, Total ou Exxon, toutes des entreprises non-britanniques, il n’est pas certain que la Bbc y aurait consacré autant de temps.
Mais voilà que ce qui était destiné à être une affaire concernant une société britan­nique, impliquant des individus privés dans leurs sphères respectives d’activités, est devenu, par la magie de la communication gouvernementale, un affaire d’Etat au Sénégal, et aboutira fatalement à un scandale d’Etat.
Les coupables ne sont pas à chercher bien loin. En premier lieu, le chef de l’Etat Macky Sall. Quel besoin avait-il de se prononcer sur cette affaire, du moment que son frère en avait parlé ? Et surtout, une fois décidé de parler, pourquoi rappeler la filiation qui les lie («un reportage impliquant mon frère…») ? On a toujours cru que dans notre système politique, l’Etat ignorait les liens de consanguinité. Les Séné­galais ont élu un président de la République, et non le frère de Aliou Sall.
Ce pataquès commis, normal que les sorties du ministre de la Justice et du porte-parole du gouvernement aient pu aller dans le sens qu’elles ont connu. M. Malick Sall a dénié à tous les occupants musulmans des prisons du Sénégal leur qualité de musulmans, tandis que Mme Ndèye Tické Ndiaye Diop, dans son mémorandum, est passée sciemment à côté de la vraie question qui valait la peine d’être posée : Aliou Sall a-t-il perçu, au nom du Sénégal, des montants destinés aux impôts, à travers une société écran gérée par un de ses parents ? Et si cela était avéré, qu’a fait l’Etat du Sénégal pour recouvrer son dû ?
Loin de nous l’idée d’affirmer que tous les éléments du reportage de Bbc sont avérés et prouvés. Il y a des affirmations sur lesquelles on pourrait émettre des réserves. Néan­moins, quand Aliou Sall a publiquement reconnu que, le montant donné de son salaire était exact et qu’il a corroboré les rapports qui lui sont prêtés avec Agritrans, il se devait d’apporter des preuves solides de son innocence quant aux accusations de prévarication et de trafic d’influence. Il ne s’agissait pas de se présenter les mains vides devant des journalistes et s’attendre à être cru sur parole.
Et puisque manifestement la communication officielle dans cette affaire a laissé l’opinion sénégalaise sur sa faim, il est temps d’espérer que certains acteurs fassent preuve d’élégance. S’il est ardu de convaincre Bp de publier le montant exact des royalties qui seront versés à Timis et par quel mécanisme, on peut au moins demander à Aliou Sall de se décharger de ses fonctions officielles et de demander officiellement une enquête sur cette affaire. S’il refuse de le faire et si son frère ne le limoge pas, alors qu’il ne s’attende pas à voir le scandale s’estomper !
mgueye@lequotidien.sn

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