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Club des investisseurs sénégalais (Cis) avec Babacar Ngom, Regroupement des industriels sénégalais (Ris) à la tête duquel on trouve Ameth Amar, aux côtés de la Confédération nationale des employeurs du Sénégal (Cnes) dirigée par Mansour Cama et du Conseil national du patronat (Cnp) présidé par Baïdy Agne. On pourrait y ajouter le Mouvement des entreprises du Sénégal (Meds) de Mbagnick Diop, l’Unacois Jappo de Idrissa Thiam, avec le Groupement des entreprises sénégalaises (Ges). Il est vain de chercher à expliquer cet émiettement des structures patronales sénégalaises, il est à l’image de l’homme sénégalais. En son temps, le regretté Papa Nalla Fall, ancien secrétaire général du Cnp, rétorquait à ceux qui déploraient cette situation qu’il serait difficile de trouver un terrain d’entente dans un pays où l’on compte pas moins de 150 structures syndicales, et plus de 200 partis politiques, des centaines d’organes de presse, parlée, écrite, audiovisuelle et en ligne, et où chacun pense avoir les idées les plus originales pour redresser le pays.
D’ailleurs, pour en revenir à nos organisations syndicales patronales, la question est de savoir si leurs adhérents et dirigeants ont réellement la mutualisation des forces pour ambition. Certains parmi les entrepreneurs qui se mettent en tête de diriger de nouvelles structures ont appartenu ou continuent de verser leurs contributions à l’un ou l’autre syndicat patronal bien installé, à savoir le Cnp ou la Cnes. Et même l’idée mise en avant de créer des champions nationaux qui pourront se positionner pour des participations dans les opportunités à venir, et dans les secteurs que l’exploitation du pétrole et du gaz ne manquera pas d’ouvrir, n’est pas bien neuve. Depuis des années, Baïdy Agne et Mansour Cama en particulier ne cessent de réclamer la préférence nationale en ce qui concerne des investissements dans des secteurs porteurs de l’économie. Mais souvent, pour des raisons diverses, ces prises de position n’aboutissent pas sur des actions concrètes.
Les responsabilités de l’Etat sont grandes, il est vrai. Entre une taxation qui bride la compétitivité de certains secteurs, le développement des pratiques non concurrentielles qui restent non seulement impunies, mais trouvent même leur encouragement de ce fait, et des marchés qui semblent destinés à n’être gagnés que par une certaine catégorie d’entreprises, il y a beaucoup à dire. Le coût de certains facteurs de production n’est pas non plus à écarter. Mais les privés devraient aussi balayer devant leur porte.
Quand Karim Wade a fait appel aux nationaux pour participer au capital de la compagnie aérienne Senegal airlines, combien sont ceux qui y ont effectivement injecté leurs billes ? Quels Sénégalais ont soumissionné pour reprendre la concession sur l’eau que l’Etat est obligé de reconduire depuis bientôt une décennie à coups d’avenants ? Quand la Laiterie du Berger fait vivre tant bien que mal des paysans en leur achetant du lait pour le transformer localement, combien d’entrepreneurs préfèrent importer du lait et le conditionner dans des sachets au Sénégal ? Et pour quelle valeur ajoutée ? Des négociants nationaux veulent, avec l’appui des Américains et des Brésiliens, mettre fin à l’embargo sur le poulet étranger pour pouvoir faire du profit sur le dos de leurs compatriotes qui ont investi dans le développement de l’aviculture locale, créé de l’emploi et développé une industrie annexe d’aliments de volaille.
Tous ces problèmes, entre multiples autres, font qu’il est très difficile de prendre au sérieux ces entités patronales qui sont à l’image des syndicats dans le secteur de l’éducation. On a l’impression qu’il suffit de ne pas être d’accord avec le leader de sa structure pour en sortir et créer une autre qui va aussi se consacrer «à la défense des problèmes matériels et moraux» des adhérents. Et en attendant, les vrais problèmes seront toujours repoussés, jusqu’à ce qu’ils nous explosent au visage. On ne voit pas ces chefs d’entreprise chercher à mettre en place un grand groupe viable dans un quelconque domaine pour résister aux investisseurs étrangers qui viennent leur prendre des parts, sinon tout un pan de marché.
Le Président Macky Sall a présidé, il y a quelques jours, une concertation sur les retombées du pétrole et du gaz, et a mis l’accent sur des initiatives en termes de contenu local. Combien de nationaux se sont engagés dans ce domaine ? Pourquoi nos investisseurs et industriels nationaux ne demandent-ils pas la primauté dans la relance du chemin de fer, dont le Dg du Port de Dakar a rappelé le caractère vital pour l’économie nationale ? On sait qu’aucun parmi eux n’a les moyens de se lancer seul dans une entreprise de grande envergure, pourquoi ne s’allient-ils pas ? Aussi bien Ahmet Amar que Babacar Ngom font dans la production d’aliments de bétail et la minoterie. Pourquoi ne créent-ils pas un grand groupe national qui s’imposera face aux étrangers qui viennent leur disputer leur espace ?
Les contraintes de l’économie du Sénégal sont connues de tous et ne seront pas levées juste par un article de presse. Néanmoins, il n’est pas interdit de noter que, puisque nos hommes d’affaires se sont rendu compte de la nécessité de s’unir, l’Etat pourrait les y aider en trouvant le moyen de les inciter à mettre en place un cadre unique de regroupement qui deviendrait l’interlocuteur privilégié des pouvoirs publics, renforcerait leurs positions dans des créneaux porteurs et serait son partenaire privilégié dans la mise en œuvre de sa politique de développement. Le souhaiter, est-ce rêver debout ?
mgueye@lequotidien.sn

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