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L’ancien directeur du Centre cinématographique du Maroc et Président de la fondation du Fcak, Noured­dine Saïl, présidera le jury de l’édition 2017 du Fespaco. Ce choix porté sur sa personne s’offre comme la marque d’une belle amitié et d’une solidarité agissante entre le plus grand rendez-vous cinématographique du continent africain et celui du Festival de films de Khouribga qui fêtera cette année ses 20 ans. Si certains habitués du Fespaco y voient un clin d’œil «suspect» au cinéma arabe qui, disent-ils, «veut imposer sa suprématie», il n’en demeure pas faux que le parrain de cette édition est un acteur incontournable dans l’évolution du 7e art africain.

Noureddine Saïl, ancien directeur du Centre cinématographique marocain, sera le président du jury long métrage au prochain rendez-vous du Fespaco prévu du 25 février au 4 mars 2017. Le choix porté sur cette personnalité incontournable du cinéma africain et arabe ne semble pas fortuit. Le président de la Fondation du Festival du cinéma africain de Khouribga a en réalité développé d’excellentes relations avec le monde du cinéma africain. Outre le respect que ses pairs ont pour ses positions tranchées sur plusieurs questions, tous savent que l’homme a toujours eu une grande admiration pour le travail que réalisent les acteurs dans le cadre de ce rendez-vous. Ce fut d’ailleurs en reconnaissance de ces efforts qu’à l’ouverture de la 18ème édition du Festival de films de Khouribga (Ndlr, en 2015), il avait rendu un vibrant hommage à Michel Ouédraogo, ancien directeur du Fespaco. «Michel Ouédraogo est un combattant et un homme de défi qui n’a jamais baissé les bras et qui a pu organiser l’organisable, en surpassant toutes les difficultés qui l’avaient accueilli à bras ouverts dès son arrivée à la direction générale du Fespaco», magnifiait à l’époque Noureddine Saïl, en présence de l’actuel  Dg, Ardiouma Soma.
Ce choix de Noureddine Saïl comme président du jury du Fespaco 2017 sonne donc comme un retour de l’ascenseur et la preuve de la belle amitié entre le Maroc et les autres pays d’Afrique. Malheureusement, certaines mauvaises langues voient déjà en cette harmonie la volonté du Maroc de manœuvrer et chercher à imposer sa suprématie sur le cinéma africain. «Je n’ai rien contre le choix de M. Saïl… J’ai beaucoup d’admiration pour lui et pour ce qu’il fait pour le 7e art. Mais je n’apprécie pas trop le lobbying que fait le Maroc depuis quelques années à chaque rendez-vous du Fespaco…» confie un illustre réalisateur, en réaction au choix porté sur M. Saïl. S’il reste dubitatif sur ce choix, c’est parce qu’en 2011, «le Maroc avait joué un jeu trouble», dit-il. «Lors de l’édition 2011 du Fespaco, le Maroc avait remporté de fort belle manière l’Etalon d’or de Yennenga avec le film Pégase de Mohamed Mouftakir, faisant de lui l’un des rares pays africains à avoir reçu trois fois le trophée. Cette victoire a fait dire aux responsables marocains que c’était l’occasion de prendre les rênes du cinéma africain et dans ce domaine, les Marocains sont les champions du lobbying en Afrique», mentionne-t-il, précisant que lors de cette même édition du Fespaco, «Noureddine Saïl était au four et au moulin, vantant l’expérience du Maroc dans le financement de la production cinématographique lors des débats sur ‘’Cinéma africain et politiques publiques» organisé à Ouagadougou et que «son activisme aux côtés des autorités du Fespaco pourrait cacher bien de non-dits».
Pour s’en convaincre, notre interlocuteur se souvient également qu’en 2013, à la 23e édition de la Biennale du cinéma africain, le Maroc avait imposé aux organisateurs de changer la carte du Maroc en incluant le Sahara occidental. «Une modification de la carte africaine qui avait mis le Burkina Faso dans une position diplomatique indélicate puisque celui-ci est membre de l’Union africaine et par la même occasion reconnaît l‘existence du Sahara occidental.» Outre cela, le Maroc «avait imposé la tenue d’une conférence de presse inexpliquée à Tanger pour annoncer le programme du Fespaco 2013 et surtout imposer la sélection de trois de ses meilleurs films : De sang et de charbon de Azlarabe Alaoui Lamharzi, Les chevaux de Dieu de Nabil Ayouch et Love in the Medina de Abdelhaï Laraki». Une pratique inhabituelle que les habitués du Fespaco n’avaient, semble-t-il, pas apprécié.

 Un incontournable
Certes Noureddine Saïl est un activiste de première heure pour l’émancipation du cinéma africain et arabe, en plus d’être un militant infatigable qui pose souvent des débats brûlants sur les questions liées au 7e art.  Qu’on l’aime ou pas, l’homme est une référence dans le milieu et les résultats obtenus par son pays ces dernières années prouvent que son combat aux côtés d’autres pour l’émergence du cinéma et l’épanouissement des acteurs du 7e art sont plus qu’édifiants. Il faut savoir qu’aujourd’hui le Maroc est le deuxième pays au monde derrière la République Tchèque pour la production de films étrangers et que cette ouverture rapporte en moyenne 60 millions de dollars par an. C’est donc à raison que le président de la Fondation du Festival du cinéma africain de Khouribga n’a de cesse d’affirmer que «le Maroc s’érige en modèle à l’échelle africaine en matière de cinéma». Aussi, il convient de reconnaître qu’en choisissant Noureddine Saïl comme président du jury devant décerner le prochain Etalon de Yennenga, le Fespaco met ainsi à la lumière un homme d’expertise qui a joué un grand rôle dans le fabuleux travail que réalise aujourd’hui le Maroc avec les pays d’Afrique subsaharienne, de la post-production en passant par la production, au tirage des copies de film.
Au final, à l’heure où les acteurs se préparent à réfléchir à Ouaga­dougou sur le thème «Formation et métiers du cinéma et de l’audiovisuel», il faudra profiter une fois encore de l’expérience marocaine, mais surtout de Noureddine Saïl, parrain de l’édition 2017, qui a dirigé pendant une dizaine d’années la «Fédération nationale des ciné-clubs du Ma­roc», la plus puissante d’Afri­que. En tant que directeur du Centre marocain de la cinématographie, il avait entre autres actions procédé à la réforme du système de «l’avance sur recette» ; le Maroc passe surtout de 5 longs métrages produits par an à 25, et les films marocains prennent enfin la tête du box-office. Rappelons que pour cette édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Oua­gadougou (Fespaco), deux films marocains sont en compétition long métrage : A la recherche du pouvoir perdu de Mohamed Ahed Bensouda et A mile in my shoes de Said Khallaf participent à l’édition 2017.
arsene@lequotidien.sn

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