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Des promoteurs indiens viennent de perdre 100 ha de terre qu’ils ont régulièrement obtenu en 2016 du Conseil municipal de Wassadou, arrondissement de Pakour. Ils avaient l’intention d’implanter sur ces terres du département de Vélingara, un projet d’exploitation agricole et d’élevage. Mercredi passé, la Commission régionale de conser­vation des sols, conduite par l’adjoint du gouverneur de Kolda et composée du chef du service régional des Eaux et forêts, de la Direction régionale du développement rural, du cadastre, de l’urbanisme, du Conseil départemental de Vélin­gara et des services techniques départementaux, a fait le déplacement dans cette commune frontalière à la Guinée-Bissau, en compagnie des promoteurs indiens pour identifier et autoriser le défrichement dudit terrain, du reste très boisé. Et à leur grande surprise, cet espace a été repris par les autorités municipales.
«Les Indiens n’ont plus de terre ici. Le Conseil municipal a procédé à sa désaffectation depuis le 15 avril passé», a informé le maire de Wassadou, Barsa Soumboundou. Il explique : «Nous avons régulièrement octroyé 100 hectares à ces Indiens en 2016. Depuis, on n’a plus eu de leurs nouvelles. Ils sont restés injoignables depuis lors. Ils ne se sont même pas acquittés des droits de bornage de 3 millions de francs (soit 30 000 francs par ha) et n’ont pas daigné s’autoriser un début de réalisation des promesses faites pour appuyer les populations des villages riverains. En plus, 2 ans après l’affectation, il n’y a pas eu une seule pierre posée sur les lieux par les indiens.»
Ce comportement des Indiens a fait douter de la capacité financière des partenaires asiatiques, selon l’adjoint du maire Moussa Mballo. Pour ce dernier, les explications des techniciens indiens n’ont pas eu le bonheur de convaincre la commission dépêchée sur les lieux. Par conséquent, renseigne M. Mballo, «les techniciens régionaux et départementaux, membres de la commission régionale de conservation des sols, ont, à l’unanimité, refusé de valider l’acte d’affectation».

La leçon de Pakour
Le maire de Wassadou, Barsa Soumboundou, a dû profiter du long silence de ses partenaires asiatiques pour se débarrasser d’un dossier qui allait, à coup sûr, soulever des vagues de contestation dans sa commune. Déjà, l’octroi de 200 ha au magnat de la culture de banane, Mamadou Oumar Sall, n’a pas encore fini de fâcher les populations du village de Saré Wogna et environs qui continuent de réclamer leur droit coutumier sur ces terres. En plus, le cas de la commune voisine de Pakour devait servir de leçon. Là-bas, le maire, Diarga Sané, et son équipe, ayant octroyé 1000 ha au grand planteur de banane, Mamadou Oumar Sall, fait toujours face à une grosse opposition des populations d’une dizaine de villages dont des ressortissants sont en prison pour s’être opposés au défrichement de la forêt ainsi octroyée à M. Sall.
L’arrondissement de Pakour n’est pas un cas isolé dans l’affectation de terres à des privés. Des ressortissants de la commune de Kandia en Europe ont dénoncé, dans une radio de la place, un projet d’octroi de 100 ha à usage agricole à un ressortissant du département qui a un important projet d’implantation d’une ferme agricole. Dans la commune de Bonconto également, des jeunes ont dénoncé l’affectation d’une centaine d’hectares de terre à Mamadou Oumar Sall, encore lui, pour un projet bananier. Dans la commune de Sinthiang Coudara, le défunt directeur des Industries chimiques du Sénégal (Ics), Pierre Babacar Kama, serait détenteur de plusieurs hectares non exploités sur les berges du cours d’eau le Gouloumbou.
akamara@lequotidien.sn

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