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Le secteur des arts visuels est en effervescence depuis quelques jours. Les 500 millions reçus dans le cadre du fonds de soutien aux arts et à la culture ont fini de diviser les plasticiens. Après l’association des femmes plasticiennes, c’est au tour du Collectif des artistes de la Médina de rejeter le choix d’acheter des toiles pour le patrimoine de l’Etat.

Les artistes visuels du pays ont choisi une façon originale d’utiliser les fonds qui leur étaient dédiées dans le cadre du fonds de soutien aux arts et à la culture. A la place d’un partage, ils avaient décidé d’offrir en contrepartie des toiles pour le compte du patrimoine de l’Etat. Cette option a abouti à la sélection de 94 artistes. Mais ce choix est remis en question. Après les artistes-plasticiennes, c’était au tour du Collectif des artistes de la Médina de monter au créneau hier pour dénoncer la gestion de ces fonds.
Le Collectif des artistes de la Médina  critique  la démarche  du ministre de la Com­mu­ni­cation et du sous-comité des arts visuels en leur reprochant d’avoir utilisé l’enveloppe de 500 millions pour acheter des œuvres destinées au patrimoine de l’Etat alors que cet argent devrait être «partagé aux artistes» pour les soutenir en cette période de pandémie. Le Collectif des artistes de la Médina voit  derrière cette démarche «une incohérence». «On nous dit qu’on va acheter des œuvres pour renforcer le patrimoine privé de l’Etat. Ce fonds Covid-19 est pour faire régénérer les artistes et les aider à se relever de cette pandémie pour poursuivre leurs activités», a tenu à préciser Mamadou Ndiaye, Manager d’artistes, en intervenant hier au cours d’une conférence de presse à l’atelier d’art Espace Médina.
Tout en reconnaissant que le patrimoine privé de l’Etat entretient «notre mémorial pour le présent et le futur», Mamadou Ndiaye estime que «cela relève de la responsabilité de l’Etat d’alimenter ce patrimoine en achetant des œuvres. Mais cela n’a rien à voir avec l’aide». «Dans une logique commerciale c’est gagnant-gagnant. Ce n’est pas de commune mesure avec une mesure d’aide et de solidarité. Dans le contexte actuel, il n’y avait pas place à promouvoir une logique commerciale. Tout devrait se faire de manière solidaire, dans l’entraide», insiste Mamadou Ndiaye. Invité à donner sa position sur la question, l’artiste Sayo Camara  dit  être «tenaillé»  par l’amertume en confiant qu’on «est en train de d’assassiner les artistes lentement et calmement». Estimant que le fonds Covid-19 appartient à tous les artistes, Soya Camara souligne que le partage devrait se faire de manière «équitable» tout en dénonçant une «iniquité» lorsqu’il s’est agi de désigner ceux qui devraient en profiter.
L’artiste Cheikha de l’atelier d’art Espace Médina est venu s’ajouter au concert de dénonciations en mimant un entretien téléphonique avec le président de la République faisant état de certaines erreurs dans la distribution de ces fonds qui n’a pas pris en compte les artistes de la Médina. L‘artiste peintre et cinéaste, Chalys Lèye soutient lui, «n’avoir reçu aucun franc du fonds». L‘artiste peintre, qui dit avoir déposé des dossiers en cinéma et en arts visuels, souligne que son «nom a été enlevé de la liste des acteurs» et la Direction de la cinématographie en a informé la sous-commission des arts visuels pour éviter les «doublons» alors qu’à la base, «on n’avait pas précisé qu’un artiste qui est sur deux médiums différents ne peut pas se présenter deux fois et qu’on n’avait pas précisé que les photographes pouvaient présenter des œuvres inédites». A  sa grande surprise, Chalys Lèye dit n’avoir pas vu son nom sur la liste des arts visuels.

Suppression du ministère de la Culture  
Membre-fondateur de l’atelier d’art Espace Médina que Amilcar Cabral fréquentait, l’artiste Moussa Traoré, frère de feu l’écrivain et conseiller culturel du chef de l’Etat, Mamadou Traoré Diop, de s’en prendre aux représentant auprès de l’Etat en les accusant de ne pas défendre les intérêts des artistes. «On doit supprimer le ministère de la Culture comme on a fait avec le poste de Premier ministre. Et qu’on affecte le budget du ministère de la Culture à une structure», indique Moussa Traoré qui soutient que c’est aux artistes que devrait revenir la charge de désigner la personne qui devrait occuper le poste de secrétaire pour gérer la Biennale. «Aujourd’hui ce sont les artistes qui devraient désigner leurs représentants. Que les artistes s’organisent», a soutenu M. Traoré qui dit n’avoir jamais demandé à être subventionné alors qu’il est dans le milieu artistique depuis 1985. Se targuant d’avoir exposé ses œuvres dans de grands musées comme en Italie où il a vécu, Moussa Traoré s’en est pris aux artistes qui ont bénéficié du Covid-19 en dénonçant «leur manque de solidarité en ne défendant pas la cause des artistes qui ont été  marginalisés».

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