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L’ancien directeur de l’Onfp est persuadé qu’il n’est pas utopique pour le Sénégal, de trouver un emploi à un million de demandeurs. Pour lui, les moyens humains et techniques existent déjà, qu’il suffirait de mobiliser pour arriver à cet objectif. Il l’a expliqué au cours d’une rencontre avec Le Quotidien.

Dès sa réélection, Macky Sall s’est engagé à la fin de son quinquennat, de créer un million d’emplois. Si beaucoup de gens cachent difficilement leur scepticisme sur la réalisation de cet objectif, l’ancien Directeur général de l’Onfp, M. Sanoussi Diakité, estime pour sa part que non seulement cela est réalisable, mais en plus, en un temps très rapide. Bref, pour utiliser un terme à la mode, Macky pourrait créer 1 million d’emplois à la mode fast track.
M. Diakité explique : «Le président de la République a mis en place les bases pour régler le problème de l’emploi. D’une part, il a encouragé, favorisé, boosté des investissements à travers les grands projets. Et chaque grand projet est générateur d’emplois. Il a mis en place les conditions d’auto-entreprenariat avec un instrument appelé la Der. Si on fait la somme de tout ce potentiel d’emplois, on se rendra compte que le million d’emplois qu’il a promis est tout à fait réaliste. Pour accéder à ces emplois-là, il a aussi mis l’accent sur la formation professionnelle. Une manière de dire que le président a compris depuis bien longtemps, que la formation professionnelle doit être arrimée à l’emploi.» D’ailleurs, il s’est arrangé pour orienter vers ce secteur, une bonne partie de l’appui des partenaires au développement comme le Canada, la Bad, la Banque mondiale et autres.
Toutefois, et Sanoussi Diakité ne s’en cache pas, dans la perception populaire, on pense que les jeunes peinent à trouver un emploi. Et le technicien explique cela de la manière la plus simple. C’est parce que pour lui, les gens ne comprennent pas comment définir l’emploi. «L’emploi, c’est du travail qui génère du revenu. C’est ça qui est important à savoir. Que l’on travaille pour quelqu’un comme salarié ou qu’on travaille pour soi-même, c’est toujours le revenu à travers le travail. Si on considère cela, il faut mettre les gens dans les conditions d’avoir des revenus à travers le travail. C’est cela créer un emploi.» Et il ajoute : «Le président de la République n’a jamais dit «je vais recruter», il a dit «je vais créer des emplois». Maintenant les emplois sont en place mais au niveau de la formation professionnelle on n’est pas encore capables de traiter le nombre demandeurs d’emplois qui arrivent sur le marché du travail. Car l’écrasante majorité des candidats, n’a pas de formation.»
Et les systèmes de formation du pays dans leur ensemble, ne parviennent pas à combler le gap de formation dont souffrent les nombreux jeunes qui viennent chaque année frapper aux portes du marché de l’emploi. Il indique que «si la formation est considérée comme une condition pour occuper un emploi, le gap est là. La formation professionnelle dans les diplômes de Cap, Bep, Bts, etc. ne fournit environ que 6 mille à 7 mille diplômés par année. Si on regarde au niveau de l’enseignement supérieur, on estime que sur les 162 mille qui sont dans les universités de l’enseignement supérieur public comme privé, ceux qui sont en dernière année ou qui ont terminé, si on fait un calcul arithmétique simple, on serait à près de 50 mille qui sont diplômés de notre système global qui entrent dans le marché du travail. Or, il y a 200 mille demandeurs d’emplois qui arrivent sur le marché chaque année. Donc il y a un gap à combler».
Et pour combler ce gap, Diakité préconise de changer de manière de traiter la formation professionnelle. Il estime qu’il faut mettre en place une formation professionnelle flexible, souple et réactive pour répondre à des besoins identifiés à temps réel au niveau des investisseurs, des grands projets, des besoins en main d’œuvre qu’il faut tout de suite former et mettre à disposition. «Il faut mettre en place un programme de formation rapide pour répondre à des besoins, parce que les entreprises, les investisseurs viennent et c’est maintenant qu’il faut leur donner la main-d’œuvre. Il est facile de combler ce gap si on sort de la logique scolaire et on va vers la logique du travail. Former pour assurer des fonctions de travail, c’est ça le cœur. Maintenant les moyens, la méthode, les outils existent. Au niveau de la formation professionnelle on a déjà expérimenté, on a mis en place des dispositifs de formation. On n’a pas besoin de faire de gros investissements ; on utilisera les établissements. Leur plateau technique est utilisé comme support de formation. Donc on n’a pas besoin d’investir. Quand on a fini la formation, le dispositif disparait. Donc, on réunit un plateau technique, des ressources humaines et des intrants pédagogiques et on met en œuvre la formation professionnelle. Quand on finit la formation ad hoc, le dispositif disparait. Donc on réunit un plateau technique, des ressources humaines et des intrants pédagogiques et on met en œuvre la formation.» La méthode avait été mise en œuvre pour former des ferrailleurs, des coffreurs et autres, qui ont pu se faire valoir sur le marché du travail, assure-t-il.
Mais l’autre question essentielle, c’est la précarité de l’emploi, et la manière de la résoudre. L’ancien Dg de l’Onfp et futur candidat à la mairie de Kolda clame : «L’emploi ne doit être vu que sous l’angle d’une activité productive qui génère du revenu. Ce qui est important c’est sa régularité, sa consistance. Pourquoi il y a des gens qui travaillent et qui se considèrent toujours comme n’étant pas en emploi ? C’est parce qu’ils sont dans des emplois précaires ou des sous-emplois. Ils n’ont pas un temps de travail suffisant pour générer suffisamment de revenus ou ils sont dans une précarité et le niveau de revenu n’est pas suffisant pour soutenir leur propre développement ou leur projet professionnel. Il faut agir sur la consistance et la régularité, il ne faut pas que l’on s’enferme sur des formes de contrat à durée déterminée ou indéterminée. Il faut que les gens travaillent, qu’ils aient des revenus. Il ne faut pas aussi qu’on s’enferme en disant «il faut des revenus mensuels, bulletins de salaire, etc.». Non. L’essentiel c’est que les gens soient qualifiés à faire. Ils doivent être qualifiés au regard de ce qui est attendu par les grands projets, les investisseurs privés ou l’entreprise qui recrute.
A la question de savoir si les ressources humaines de qualité existent pour répondre à l’ambition qu’il dessine, le scientifique assure que oui. «Il faut voir le système de formation professionnelle dans sa globalité. L’entreprise est un acteur important du système de formation. Il faut considérer aussi bien son plateau technique que ses ressources humaines. Les gens viennent des entreprises pour former. D’ailleurs, il y a une branche professionnelle qui a bien compris cela, c’est la branche des banques. Leurs diplômes, brevets professionnels en banque, il n’y a que des professionnels de la banque qui les enseignent. C’est facile de mettre ça en œuvre, il faut sortir de la logique scolaire. La formation professionnelle n’est venue dans le système éducatif qu’à travers des politiques actives d’emplois ou de l’universalisation de l’éducation. La formation professionnelle étant entre les mains des branches professionnelles, celles-ci étant privées, la formation professionnelle a considéré que ceux qui sont là-bas ont les mêmes droits que ceux qui sont dans l’éducation.»
mgueye@lequotidien.sn

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