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«Nous pensons que notre cinéma est en marche mais nous mettons un point d’interrogation. Est-ce qu’on est en marche ? Est-ce dans le bon sens ? Quelle  est notre ambition ? Où est-ce que nous voulons aller ? Quelle est notre responsabilité ? Fait-on juste des films parce qu’il y a de l’argent ? De toutes ces questions, nous allons discuter», a annoncé d’emblée le président d’«Image et vie», lors de l’ouverture de la 16ème édition du festival du même nom. Le forum sur le 7ème art qui s’est déroulé hier à la Maison de la culture Douta Seck a permis donc aux cinéastes et professionnels du cinéma d’aborder ces questions pour trouver des éléments de réponse.
Dans son exposé Thierno Diagne Bâ, animateur culturel et gestionnaire des industries culturelles à la Direction de la cinématographie, a montré qu’il y a bel et bien des failles. Faisant l’historique des politiques publiques dans le domaine du cinéma, M. Diagne s’est rendu compte que de Senghor à nos jours, le Sénégal a beaucoup fait pour son cinéma. Il regrette toutefois que, «malgré tous ces efforts», le pays ne dispose toujours pas d’une véritable industrie cinématographique.
La Société nationale de la cinématographie (Snc) créée en 1972, la Société sénégalaise d’importation, de distribution et d’exploitation cinématographique (Sidec) en 1973, le Fonds de soutien de l’industrie cinématographique (Fosic) en 1978, la Société nouvelle de promotion cinématographique (Snpc) en 1984 et la Société d’importation, de promotion et d’exploitation cinématographique (Simpec) en 1991 n’ont, à son avis, rien apporté quant à la mise en place d’une industrie cinématographique parce que justement les éternelles mutations et changements ne pouvaient pas le leur permettre. Il revendique alors plus de synergies, plus d’engagements pour faire marcher le cinéma.
Pour M. Bâ, «la responsabilité est de tous : politiques, cinéastes, acteurs culturels, universités, journalistes comme télévisions doivent s’engager pour le développement du cinéma». «Comment peut-on former des chercheurs, des intellectuels sans cinéma ? Quelle est la collectivité locale qui a un plan ou une politique culturelle ?» s’interroge-t-il. En attendant, il repose ses espoirs sur le Fopica. «5 milliards pendant 5 ans, c’est beaucoup d’argent !».

Le Fopica
Effectivement, pour Abdoul Aziz Cissé de la direction de la Cinématographie, 1 milliard par an, c’est bien une somme généreuse vu le budget des précédentes structures. Mais il ne faut pas occulter le fait que pour certains grands cinéastes, 1 milliard c’est déjà le budget d’un film ? remarque-t-il.
Cette précision faite, M. Cissé a dressé les forces et les faiblesses du Fopica. Parmi les forces, M. Cissé cite le nombre important de projets reçus à la direction de la Cinématographie et qui ont fait l’objet de financement par le Fopica.
Dans les faiblesses, les reports successifs d’appel à projet, la difficulté d’absorption du fonds par les bénéficiaires, l’absence de données statistiques et de la carte professionnelle constituent, selon l’agent de la direction de la Cinématographie, des écueils non moindres pour le Fopica. «Quand l’argent dort dans les comptes, le ministère des Finances menace de les ponctionner. Il faut utiliser ces fonds de manière efficiente», préconise-t-il.
Pour la bonne marche et la pérennisation du Fopica, M. Cissé, émet quelques recommandations. «Jusqu’ici les fonds mis en place ont été exclusivement financés par l’Etat du Sénégal, cette volonté politique a ses limites», constate le réalisateur qui plaide par conséquent pour une diversification des sources de financement. Pour permettre aux techniciens nationaux de bien bénéficier des retombées du Fopica, il appelle à mettre en place plus d’infrastructures au niveau local et à former plus des techniciens nationaux. «Les techniciens, très souvent nous viennent de la France ou d’ailleurs, ils prennent le gros pourcentage du budget et la postproduction également se fait généralement ailleurs». Chose bien déplorable si l’on suit les propos du réalisateur sénégalais.

Faire un cinéma qui répond à nos valeurs
Khalilou Ndiaye d’«Image et vie» trouve bien dommage que certains réalisateurs copient sur ce qui se passe ailleurs, au détriment des valeurs qui fondent sa société et sa culture. Pour lui, la première responsabilité et le premier engagement du réalisateur restent l’exigence de qualité, la rigueur et le respect du public mais aussi la promotion des valeurs positives. «Notre premier public c’est nous… On ne fera jamais des films comme les Américains, aussi bien que les Américains… Jamais».
Dans sa charte de bonnes pratiques, M. Ndiaye, prône surtout la qualité, la transparence, l’équité, l’efficacité qui à son avis sont les principes fondamentaux pour un bon cinéma. «On doit se reposer sur ce qu’on sait faire pour avoir un avantage comparatif», recommande-t-il.

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