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Pour booster l’agriculture irriguée, le gouvernement sénégalais est en train de mettre en œuvre d’importants projets. Malgré tout, l’irrigation reste confrontée à d’énormes contraintes, selon Ndongo Sène, chargé du Pôle aménagement, infrastructures et équipements (Aie) à Idev-Ic. Ce dernier intervenait sur la question à l’occasion de la célébration des 30 ans d’existence de cette entreprise d’ingénierie conseil.

Dans le cadre de la célébration de ses 30 ans d’existence, Idev-ic, une entreprise d’ingénierie conseil, a fait un large focus sur l’agriculture irriguée sur laquelle le gouvernement sénégalais compte beaucoup pour lutter contre l’insécurité alimentaire. En effet, cette agriculture, compte tenu des fortes potentialités hydro-agricoles, peut jouer un important rôle en termes de lutte contre la pauvreté. Mais selon Ndongo Sène, chargé du Pôle aménagement, infrastructures et équipements (Aie) à Idev-Ic, l’irrigation reste confrontée à d’énormes contraintes. «Le Séné­gal dispose un important potentiel en eau et en terre. Nous avons des terres qui peuvent être aménagées et exploitées. Par exemple, pour la vallée du fleuve Sénégal, on a un potentiel de 240 mille ha. Aujourd’hui, on en a aménagé 75 mille ha. Pour la Basse et Moyenne Casamance, nous avons 86 mille ha. Seuls 15 mille ha ont été aménagés. Pour le Bassin de l’Anambé, il y a un potentiel de 16 mille ha, dont à peine 3 580 ha ont été aménagés. Autour de la vallée du fleuve Gambie aussi, il y a des possibilités d’aménagement qui s’offrent, de même qu’au niveau des Niayes, où nous avons un potentiel de 12 mille ha», soutient l’ingénieur. Et à côté de ce potentiel, précise-t-il, «il y a tout un environnement institutionnel qui est favorable, avec la présence d’école comme l’Ecole nationale supérieure d’agriculture (Ensa), d’universités qui sont en avance dans ce domaine. Sans compter les organisations régionales, notamment l’Orga­ni­sation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (Omvs), l’Or­ga­nisation pour la mise en valeur du fleuve Gambie (Omvg), les centres de recherche, comme l’Institut sénégalais de recherche agricole (Isra), des sociétés d’exploitation comme la Saed, des projets de développement qui œuvrent pour le développement de l’irrigation, entre autres atouts».
Mais, dénonce M. Sène, «le cadre institutionnel n’est pas mis en cohérence et en harmonisation avec les interventions dans la gestion de l’eau et des terres. Il y a aussi la faible capitalisation des connaissances, la qualité des eaux souterraines dans certaines parties du pays laisse à désirer, notamment dans le bassin arachidier où les eaux sont salées». L’expert du cabinet Idev-ic souligne également, «les coûts de mobilisation des ressources en eau pour faire le pompage, le transfert des eaux vers des zones à potentiel fon­cier».

«Absence de stratégie globale»
A ces difficultés, il ajoute «la faible implication des acteurs et des usagers dans tout ce qui est élaboration des politiques». A son avis, «les populations ne sont pas souvent impliquées dans l’élaboration des politiques portant sur cette irrigation. Ces politiques viennent souvent d’organismes ou d’organisations dans lesquels les populations ne sont pas bien représentées.
Il y a par ailleurs, absence de stratégie globale et nationale portant sur le développement de l’irrigation. Il y a eu certes une stratégie portant sur la petite irrigation qui avait été pilotée par la Fao. Il y a eu une autre stratégie de gestion des terres et de lutte contre la salinité, mais qui porte aussi sur la petite irrigation. Mais jusqu’à présent, au Sénégal, nous n’avons pas une stratégie globale qui porte sur le développement de l’irrigation…»
Le chargé du Pôle Aie à Idev-Ic indique tout de même, que «beaucoup de réalisations ont pu être effectuées durant ces dernières années». Ndongo Sène énumère, entre autres, les barrages de Manantali, et de Diama réalisés dans le cadre de l’Omvs, et les barrages qui sont projetés. Beaucoup d’aménagements ont été également, faits par la Société nationale d’aménagement et d’exploitation des terres du delta, du fleuve Sénégal (Saed) et la Société de développement agricole et industriel du Sénégal (Sodagri). Cela, dit-il, «grâce à des investissements colossaux qui ont été mobilisés. Des budgets importants ont été engagés surtout à partir de 2008, où nous avons senti une réelle volonté politique avec les programmes Pnar (Programme national d’autosuffisance en riz), Pracas (Programme d’accélération de la cadence de l’agriculture sénégalaise), qui ont apporté des investissements conséquents et ont beaucoup développé l’irrigation au Séné­gal».

«Faible participation du privé national dans les réalisations»
Mais, à ses yeux, le niveau d’intervention du secteur privé national dans ces réalisations reste faible. «Si on regarde les marchés immatriculés au niveau de la Dcmp (Direction centrale des marchés publics), on se rend compte que les cabinets d’ingénierie sénégalais sont un peu marginalisés. Ils occupent une part marginale sur la maitrise d’œuvre du domaine de l’agriculture irriguée, par rapport à des bureaux étrangers, qui de plus en plus viennent concurrencer sérieusement et dangereusement les cabinets sénégalais. Avant c’était des groupements qui se formaient avec les bureaux sénégalais. Mais de plus en plus, on se rend compte que ce sont des bureaux qui viennent et qui soumissionnent sans une implication des bureaux sénégalais. Et si cela continue, c’est l’avenir des cabinets sénégalais qui est menacé», fustige M. Sène
Les collaborateurs de Mama­dou Daffé, directeur général du cabinet Idev-Ic, déplorent «l’absence d’application de la préférence nationale». Il n’y a, d’après eux, «aucune action pour accorder cette préférence nationale aux bureaux locaux, qui sont concurrencés par les bureaux étrangers, qui viennent avec leurs moyens, leurs références acquises dans leurs pays».
Face à cette situation, les cabinets sont appelés à faire un effort, améliorer leur organisation, leur outils de travail.