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A Kaffrine ou dans des communes de la banlieue de Dakar affectées par les inondations, le Programme de renforcement de la résilience et d’adaptation aux extrêmes climatiques et aux catastrophes (Braced), financé par le Royaume Uni, a permis d’expérimenter des stratégies innovantes d’adaptation aux changements climatiques. Après trois années de mise en œuvre, ces projets ont restitué leurs résultats hier au cours d’un forum.

Après trois années de mise en œuvre, le Programme de renforcement de la résilience et d’adaptation aux extrêmes climatiques et aux catastrophes (Braced, en anglais) a restitué les résultats de ses actions au Sénégal hier au cours d’un forum sur la résilience aux changements climatiques. Ce programme financé par le Ro­yaume Uni a permis à deux consortiums de mettre en œuvre des projets d’adaptation aux changements climatiques. La region de Kaffrine a été choisie par Innovation, environnement et développement (Ied Afrique) pour expérimenter un projet de Décentralisation des fonds climat (Dfc). Selon Bara Guèye, directeur d’Ied, il s’est agi «d’expérimenter un modèle de financement décentralisé de l’adaptation afin de permettre aux collectivités territoriales et aux organisations communautaires de base d’avoir un accès plus facilité au financement vert qui existe au niveau national et international». Selon M. Guèye, le constat est que l’adaptation est avant tout un problème local et que la meilleure manière d’adresser cette question est de faire en sorte que les collectivités locales soient les structures et les institutions qui portent l’ensemble des stratégies. «Si on veut avoir des modèles de financement durables, il faut bien cibler l’échelle à partir de laquelle le phénomène est le plus ressenti et essayer de travailler avec les communautés et les organisations pour qu’elles prennent en charge directement l’analyse de la situation et toute la question de la gouvernance climatique à partir des fonds qui seront mobilisés», souligne M. Guèye.
Cette approche a permis, grâce au financement d’un milliard de francs Cfa obtenu de Braced, d’injecter plus de 861 millions de francs Cfa dans les quatre départements de la région pour le financement de 65 projets d’adaptation. Au total, ce sont 349 mille 644 bénéficiaires de 36 collectivités locales qui ont été dénombrés, dont 52% de femmes.

Dix communes de la banlieue
Dans une même démarche innovatrice, le Consortium pour la recherche économique et sociale (Cres) a mis en œuvre le projet Vivre avec l’eau dans 10 communes de la région de Dakar dont celles de Wakhinane Nimzatt, Yeumbeul, Grand Yoff, Rufisque-Ouest ou encore Malika. «Le projet Vivre avec l’eau, c’est une soixantaine d’infrastructures dans les dix communes d’intervention. C‘est plus de 16 aménagements pour des espaces de vie collective, c’est aussi des maraîchers urbains qui ont été formés et qui utilisent des espaces qui ont été abandonnés et qui livrent maintenant sur le marché une production agricole variée. Le projet, c’est aussi des plans de contingence dans chacune des communes et qui permettent aux populations de se préparer, de réagir en cas d’inondation et aussi de s’adapter, c’est-à-dire d’apporter les changements qui leur permettront d’être plus résilients aux prochaines inondations.» A côté de ces réalisations, une recherche a également été conduite par le Cres. «Nous avions des préoccupations en matière de santé, de changement de comportement en ce qui concerne la gestion des déchets, notamment la gouvernance des inondations et nous devions voir quels sont les effets du projet sur les revenus des populations, les coûts des dégâts entraînés par les inondations», explique Pr Abdou­laye Diagne.
Au bout de trois ans, les résultats sont «satisfaisants», estime le directeur de Cabinet du ministre du Renouveau urbain, de l’habitat et du cadre de vie, Yatma Guèye. «Ce que nous avons constaté, c’est que globalement le projet, malgré une période de mise en œuvre très courte, a pu avoir des effets très visibles», souligne le Professeur Diagne qui donne l’exemple des rues réhabilitées et aménagées, et qui aujourd’hui permettent à des milliers de personnes de vaquer à leurs occupations.

Pérennisation des projets
Devant les points positifs engrangés par ces expériences se pose la question de la pérennisation. C’est à cet effet que Enda énergie a participé au programme par la mise en place d’une plateforme appelée Agora 30 de la résilience au Sénégal. Il s’agit, indique M. Emmanuel Seck, directeur des Programmes d’Enda énergie, «de générer des preuves et des évidences qui permettront d’avoir un cadre de dialogue et d’échange d’expériences». Selon M. Guèye, un accent particulier a été mis sur l’ancrage du dispositif de financement pour garantir une plus grande durabilité, mais aussi faciliter sa reproductibilité.
mamewoury@lequotidien.sn

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