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Le ministre a sauvé son poste, mais la tempête a été aussi soudaine que violente. «Le Point» révèle les dessous des 24 heures qui l’ont fortement déstabilisé.

Tout juste venait-elle de passer le palier que son téléphone se met à vibrer. C’est François de Rugy à l’autre bout du fil. Son patron. Ce mercredi soir, en pleine tourmente après les révélations de Mediapart sur cette Hlm qu’elle occupait depuis 2001 et qu’elle a laissé inoccupée entre 2006 et 2018, Nicole Klein imagine que le ministre de la Transition écologique l’appelle pour lui apporter son soutien. Quelques heures plus tôt d’ailleurs, Matignon la rassurait. Avec De Rugy, le ton est bien plus froid. «Je veux que vous quittiez vos fonctions», lâche brutalement le ministre à sa directrice de Cabinet. Abasourdie, elle cherche à comprendre, mais lui se terre dans le silence. «Très bien. Vous me laissez quelques jours  ?» Et François de Rugy d’abattre : «Non, il faut partir demain.» Le ministre d’Etat pense avoir trouvé un fusible pour calmer la crise qu’il traverse depuis les révélations successives de Mediapart, mais il vient de donner «le dernier coup de pelle en creusant sa tombe». Les mots sont d’un ministre influent du gouvernement.
Mais au sommet de l’Etat, le limogeage de Nicole Klein par François de Rugy ne passe pas. Ni l’Elysée ni Matignon n’ont été informés de la sentence du Nantais. «La décision était unilatérale, ce n’était pas notre tempo», lâche sobrement une source à Matignon. D’autant que l’ancienne préfète était particulièrement appréciée de Emmanuel Macron et de Edouard Philippe. Le chef de l’Etat et le Premier ministre avaient été séduits par sa gestion du dossier explosif de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes au point de lui proposer de prendre les rênes du Cabinet du ministère de la Transition écologique. Alors, quand François de Rugy appelle Matignon juste après avoir révoqué Nicole Klein au téléphone, le ton monte et l’intéressé se fait sévèrement recadrer. «C’est Mediapart qui invente un lien entre l’affaire Klein et l’affaire des dîners. En la limogeant, il valide ce lien inexistant. Il valide la théorie de Mediapart, pose un ministre. Pourquoi il s’enferme là-dedans ? Quel manque de sens politique !»

«On ne peut pas vendre la sobriété écolo et vivre dans l’opulence…»
A ce moment-là, l’Exécutif sait que Mediapart prépare une troisième salve de révélations compromettantes pour François de Rugy. Celle-ci, publiée jeudi, épingle les travaux de rénovation de son appartement de fonction à l’hôtel de Roquelaure : 63 mille euros au total, dont 16 mille 696 pour la création d’un dressing. «Le problème, c’est aussi le manque de cohérence. On ne peut pas imposer aux députés des restrictions et pas à soi. On ne peut pas lutter contre le gaspillage et gaspiller, vendre la sobriété écolo et vivre dans l’opulence avec dressing sur mesure. C’est ça que les gens ne pardonnent pas. Bernard Tapie, les gens pardonnent, car il est cohérent», torpille un ministre en vue de la macronie.
Le spectre d’une
affaire Benalla bis
Dans le clan de De Rugy, on refuse de montrer un quelconque signe de panique et l’on garde le tempo de l’agenda. Au menu hier jeudi, une visite dans les Deux-Sèvres avec la secrétaire d’Etat Emmanuelle Wargon, qui tourne finalement court. «Il était là sans être là, il regardait non-stop son portable», raconte un participant. Et c’est aux alentours de 13h 30, en plein milieu du déjeuner, que François de Rugy quitte précipitamment la préfecture de Niort pour rentrer à Paris. L’entourage du ministre jure que ce retour hâtif sur la capitale est motivé pour des raisons d’agenda, mais la réalité est autre : le Premier ministre a décidé de convoquer François de Rugy à 16h 30, car l’Exécutif s’interroge de plus en plus. Faut-il débrancher François de Rugy ? Et si oui, comment ? Une chose est sûre, ministres et députés de la majorité ne veulent pas revivre «une affaire Benalla bis». Le spectre de l’été 2018 flotte dans le ciel de la macronie.
Et François de Rugy était attendu de pied ferme par Edouard Philippe. Sa gestion de la crise et ses justifications n’ont jamais convaincu le chef du gouvernement… Résultat, un nouveau directeur de Cabinet lui sera imposé, sélectionné méticuleusement par Matignon et l’Elysée. «Ce n’est jamais très agréable de se faire imposer un directeur de Cabinet. C’est infantilisant, ça veut dire qu’on est surveillé par le sommet de l’Etat», analyse un membre du gouvernement. Officiellement, Edouard Philippe et François de Rugy ont «convenu ensemble de la nécessité de répondre à toutes les questions que se posent légitimement les Français». Les mots sont de Matignon.
Quant aux dîners controversés, l’intéressé a convenu de soumettre les dépenses aux «autorités de contrôle» de l’Assemblée nationale. Reste l’épineux dossier des travaux dans le logement de fonction. Le Premier ministre a missionné le secrétaire général du gouvernement pour les inspecter «dès demain (ndlr : aujourd’hui)». Une enquête qui, dit Matignon, «permettra de vérifier le respect des règles en vigueur et du principe d’exemplarité qui s’imposent à tous les ministres». «Si la moindre ambiguïté persistait à la suite du travail de vérification, le ministre s’engage à rembourser chaque euro contesté», a conclu le Premier ministre. Officieusement ? François de Rugy est surtout passé in extremis d’un renvoi en bonne et due forme…
lepoint.fr

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