PARTAGER

Fidèle à sa réputation de ne pas répondre aux questions sous la pression, Emmanuel Macron est resté silencieux jeudi sur l’affaire Alexandre Benalla, préférant envoyer le porte-parole de l’Elysée pour gérer la crise.
Un silence qui choque Chris­tian Jacob, chef de file des députés Les Républicains. «Le Président doit faire la lumière et dans les plus brefs délais. Et lui, et lui seul. C’est-à-dire qu’il ne peut pas se protéger derrière son cabinet, ou tel ou tel porte-parole.»

Une sanction trop clémente
Le porte-parole de l’Elysée, Bruno Roger-Petit, a expliqué que Alexandre Benalla avait été mis à pied 15 jours : «La sanction la plus grave jamais prise contre un chargé de mission à l’Elysée», a-t-il ajouté.
Mais pour Alexis Corbière, c’est une sanction exceptionnellement clémente. «Ce n’est pas une petite suspension de 15 jours qui règle le problème. La justice aurait dû être saisie. Pourquoi la présidence de la République étouffe comme ça et protège ses collaborateurs même quand ils ont des comportements intolérables ?», a questionné le député de la France insoumise.
Même si l’Elysée a engagé ce vendredi 20 juillet une procédure de licenciement à l’encontre de Alexandre Benalla, le fait qu’il n’ait pas été renvoyé de son poste tout de suite après que la Présidence a eu connaissance de l’affaire début mai laisse à plusieurs membres de l’opposition un goût d’injustice, notamment à Boris Vallaud.
«Cette affaire, sans une réaction prompte et ferme de l’Exécutif, nourrira un sentiment malsain d’un deux poids deux mesures, lance le président du groupe Nouvelle gauche à l’Assemblée. Je n’ai pas le sentiment qu’il y ait eu beaucoup d’indulgence quand il y a eu des exactions, et à juste raison, en marge des manifestations du 1er mai précisément.»
Selon des informations publiées par Le Monde, Alexandre Benalla  disposait de plusieurs privilèges fournis par l’Elysée, dont un appartement de fonction dans une dépendance de l’Elysée, Quai Branly, dans le 7e arrondissement de Paris, et une voiture avec chauffeur.

Trois enquêtes en cours
Trois enquêtes dans cette affaire ont été ouvertes. La première est menée par l’Igpn, la police des polices, à la demande du ministre de l’Intérieur Gérard Collomb. Elle devra notamment déterminer pourquoi aucun des Crs présents au moment des faits ne réagit alors que l’on voit sur une vidéo Alexandre Benalla s’en prendre violemment à un manifestant, car en aucun cas un observateur du côté des Forces de l’ordre n’est censé prendre part à l’action.
Le volet judiciaire des investigations est mené par la Brigade de répression de la délinquance contre la personne qui a ouvert une enquête préliminaire et placé ce vendredi Benalla en garde à vue. Parmi les questions auxquelles elle devra répondre : pourquoi Alexandre Benalla portait-il un casque de policier ce jour-là ? S’agit-il d’une usurpation de signes réservés à l’autorité publique ? Un délit passible d’un an de prison et 15 mille euros d’amende.
La dernière enquête est quant à elle administrative. L’Assem­blée nationale a ouvert une commission d’enquête pour déterminer, entre autres, dans quelles conditions Alexandre Benalla a été autorisé à suivre ce 1er mai du côté des Forces de l’ordre. Elle devra aussi se pencher sur le traitement de cette affaire par l’Elysée qui n’a pas saisi la justice, comme l’oblige pourtant l’article 40 du Code de procédure pénale en cas de crime ou délit constaté par un fonctionnaire.

Macron ne pourra pas esquiver la polémique
Ces enquêtes diront s’il s’agit ou pas d’une affaire d’Etat. Mais il s’agit en tout cas d’une première grande épreuve pour Macron.
L’affaire met ainsi à mal la fameuse «République exemplaire» prônée par Emmanuel Macron. Le Président, qui remettait en place il y a quelque temps, assez brutalement, un collégien quelque peu facétieux dans le même temps, maintient en place à l’Elysée un homme accusé de brutalité. En termes d’image, c’est tout simplement désastreux.
S’il n’agit pas, Emmanuel Macron prend le risque d’être débordé par l’incendie alors même qu’il est déjà fragilisé par cette affaire. Et ce, au moment également où sa cote de popularité auprès des Français décline déjà fortement. La France insoumise a déjà proposé de déposer une motion de censure contre le gouvernement.
rfi.fr

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here