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Pierre de Villiers avait été recadré par Emmanuel Macron, la semaine dernière, pour avoir vivement critiqué les propositions budgétaires de Bercy pour les armées.

Sa situation était devenue intenable. Mercredi, le chef d’état-major des armées Pierre de Villiers, en conflit avec Em­manuel Macron au sujet du budget de la défense, a démissionné, une semaine après avoir été brutalement rappelé à l’ordre par le président de la Répu­blique. Le nouveau chef d’état-major des armées sera le général François Lecointre. Sa nomination a été confirmée en Conseil des ministres mercredi, a précisé le porte-parole du gouverne­ment Christo­phe Cas­taner. Em­manuel Macron a par ailleurs tenu a affirmé que le général Lecointre est «un héros reconnu comme tel dans l’Armée» et d’ajouter que le budget de la défense pour 2018 permettra «de protéger le pays». «Dans les circonstances actuelles, je considère ne plus être en mesure d’assurer la pérennité du modèle d’armée auquel je crois pour garantir la protection de la France et des Français, aujourd’hui et demain, et soutenir les ambitions de notre pays. Par conséquent, j’ai pris mes responsabilités en présentant, ce jour, ma démission au président de la République, qui l’a acceptée», indique le général de Villiers dans ce communiqué. Son successeur, âgé de 55 ans, issu de l’infanterie de marine et saint-cyrien a notamment servi au Rwanda pendant l’opération Turquoise, puis en ex-Yougoslavie durant la guerre. Il avait rejoint Matignon en septembre 2016, où il avait été chef du cabinet militaire de Manuel Valls, puis de Bernard Caze­neuve et enfin d’Edouard Philippe.

850 millions d’euros d’économies
Le maintien ou non en poste du chef d’état-major des armées, le général Pierre de Villiers, agitait depuis plusieurs jours les milieux militaires, alors que Emmanuel Macron a multiplié les rappels à l’ordre à son égard. Le chef de l’Etat lui a reproché des critiques sur le budget de la Défense. Bercy a récla­mé 850 millions d’euros d’économies cette année aux armées, dans un contexte de serrage de vis budgétaire global en 2017, avec une baisse prévue de 4,5 milliards d’euros des dépenses de l’Etat. «J’ai toujours veillé, depuis ma nomination, à maintenir un modèle d’armée qui garantisse la cohérence entre les menaces qui pèsent sur la France et sur l’Europe, les missions de nos armées qui ne cessent d’augmenter et les moyens capacitaires et budgétaires nécessaires pour les remplir», déclare le général de Villiers, en rappelant qu’il assumait les responsabilités de chef d’état-major depuis trois ans et demi. «Dans le plus strict respect de la loyauté, qui n’a jamais cessé d’être le fondement de ma relation avec l’autorité politique et la représentation nationale, j’ai estimé qu’il était de mon devoir de leur faire part de mes réserves, à plusieurs reprises, à huis clos, en toute transparence et vérité», souligne-t-il.

Des réactions très vives
Sur Rtl, Bertrand Soublet, ancien général de corps d’armée et numéro trois de la Gendarmerie nationale, a déploré : «Si le président de la République n’est pas capable d’entendre ça, cela risque d’être compliqué avec les armées. Maintenant, Emmanuel Macron choisira un autre Cema. J’espère qu’il choisira un Cema qui continuera dans cet esprit-là, c’est-à-dire de toujours dire les choses et de toujours dire la vérité au président de la République, parce que, là, si c’est un béni-oui-oui qui arrive, déjà, je pense que les relations entre le président de la République et les armées ne sont pas très bonnes et ça n’a pas très bien commencé, si en plus le choix du Cema en rajoute une couche supplémentaire, ça risque d’être compliqué», a déclaré celui que l’on surnomme le «général Coura­ge».
La démission du chef d’état-major des armées est «une très mauvaise nouvelle pour les armées françaises» et «illustre les dérives très graves et les limites très inquiétantes de M. Macron», estime Marine Le Pen. «Cette démission illustre les dérives très graves et les limites très inquiétantes de monsieur Macron, aussi bien dans son attitude que dans sa politique», affirme la présidente du Front national dans un communiqué. «Humilier devant ses troupes un homme comme le général de Villiers n’est pas digne d’un vrai chef des armées. Sabrer dans le budget de la défense, au mépris de sa propre parole et des dangers du monde, n’est pas digne d’un chef d’Etat lucide et responsable», poursuit-elle. «La démission du chef d’état-major des armées, événement rarissime, doit alerter l’ensemble des Français sur les risques que la politique de monsieur Macron fait peser sur notre sécurité et la défense de nos intérêts vitaux», estime encore la députée du Pas-de-Calais. Selon elle, il s’agit d’«une très mauvaise nouvelle pour les armées françaises qui perdent un homme d’une valeur inestimable».
lepoint.fr

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