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Nommé à Matignon pour cinq mois, un record de brièveté sous la Ve République, Bernard Cazeneuve a mis à exécution dès mardi sa promesse de «faire de chaque journée une journée utile» à la tête du gouvernement, transformant sa déclaration de politique générale en premier meeting présidentiel contre la droite. De sa dénonciation des massacres en Syrie à l’ode aux fonctionnaires en passant par la défense du modèle social, les attaques contre François Fillon ont constitué le fil directeur de ses 45 minutes à la tribune.
Au premier rang, le candidat présidentiel de la droite envoie des sms et signe son dernier livre, un sourire en coin. Cazeneuve dénonce son projet de privatisation de la Sécu et de suppression de centaines de milliers de postes dans la fonction publique : «On peut réformer sans abîmer, on peut moderniser sans détruire», assène le Premier ministre, s’attirant des applaudissements nourris sur les rangs de la gauche, frondeurs socialistes compris. En fin d’après-midi, Cazeneuve récolte la confiance de 305 députés. Seule une frondeuse socialiste s’est finalement abstenue. L’état de grâce.
Cinq mois laissent peu de marge pour l’invention politique. Alors, Cazeneuve défend dans un long tunnel le bilan du quinquennat avec «loyauté» – une «notion un peu démodée en politique, mais comme on dit que je le suis moi-même», a-t-il plaisanté dans la matinée devant les députés socialistes – et insiste sur sa méthode, se distinguant de son prédécesseur à Matignon. Où il n’est question ni d’identité ni d’islam et assez peu de laïcité, sauf pour constater que c’est un «joyau qui rend possible notre vivre ensemble». «Je veux agir dans le respect des opinions de chacun, avec la volonté de créer les conditions de l’apaisement», assure le nouveau chef de la majorité au terme d’une année marquée par la déchéance de nationalité et la loi travail. Qu’il aborde habilement en faisant un instrument de protection contre les travailleurs détachés en Europe.
Face aux «prophètes du déclin», Cazeneuve tient un discours volontairement positif. «Si notre pays se redresse jour après jour, c’est bien sûr parce que cette majorité a engagé les réformes nécessaires pour préparer l’avenir. Mais c’est avant tout parce que les Français eux-mêmes ont la volonté de progresser, de travailler, de créer et de s’entraider», estime le Premier ministre qui place son action sous le signe du respect, érigé en rempart du populisme : «Le respect que l’on doit à l’ouvrier, à l’artisan, au commerçant, au paysan, à tous ceux qui produisent et entreprennent. Le respect que l’on doit à ceux qui ne sont pas nés ici, mais qui ont choisi la France, qui respectent ses lois et contribuent par leur travail et leur talent à sa prospérité. L’engagement que je prends est de chercher chaque jour à nous montrer à la hauteur des ambitions de nos concitoyens, en s’adressant à leur intelligence plutôt qu’à leur instinct.» Dans les mois qui viennent, alors que la primaire charrie déjà son lot d’attaques quotidiennes, Cazeneuve propose à la gauche de se «consacrer aux grandes causes». Un défi.
liberation.fr

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