PARTAGER

Les syndicalistes, cadres, travailleurs, populations et autres acteurs de la Compagnie sucrière sénégalaise (Css) ont mis leur menace de la semaine dernière à exécution. Ils ont finalement marché à Richard Toll pour dénoncer les Dipa «frauduleusement» délivrées, selon eux, par le ministère du Commerce et qui menacent leur outil de travail.

La population de Richard Toll a répondu massivement à l’appel des syndicats de travailleurs et des cadres de la Compagnie sucrière sénégalaise (Css) qui avaient menacé la semaine dernière d’appeler à une grande marche le samedi pour protester contre la délivrance des Déclarations d’importation de produits alimentaires (Dipa), qui ont permis à des commerçants d’importer d’importantes quantités de sucre, inondant le marché et provoquant du coup une mévente à la Css. Selon les responsables syndicaux, cette situation risque d’avoir de fâcheuses conséquences sur les activités de production de la Css qui, à terme, risque même de fermer son usine à cause du stock important de sucre qui dort en ce moment dans les entrepôts de la boîte. Dans une déclaration lue par Amari Diouf, au nom de la Coalition des syndicats de la Css, devant une foule habillée en rouge en signe de protestation, les travailleurs ont fait savoir que «l’entreprise est à un tournant de son existence à cause d’une mévente totale de son produit, causée par des délivrances de Dipa frauduleuses qui ont créé une saturation du marché en sucre».
Les organisations syndicales, conscientes de la précarité de l’entreprise et des conséquences sur les emplois, ont pris l’initiative d’organiser cette marche qui est l’acte 2  du plan d’action mis en place pour sauver la Css, a expliqué Amari Diouf, selon qui «les organisations syndicales sont plus que jamais déterminées, en symbiose avec l’Amicale des femmes travailleuses, l’Amicale des cadres et toute la classe ouvrière, debout comme un seul homme, pour dire non aux fossoyeurs de l’industrie locale». Soutenus par toutes les franges de la population du département de Dagana, les chefs de quartier, les chefs de village, les artisans, les paysans, pêcheurs, éleveurs et marchands ainsi que des associations consuméristes, les travailleurs de la Css ont marché du stade municipal à l’hôtel de ville pour exprimer leur colère devant la situation difficile que traverse leur entreprise dont l’avenir est menacé par les Dipa. D’après le porte-parole des syndicalistes, «des informations fiables indiquent qu’au moins 150 mille tonnes de sucre sont déversées dans le marché sénégalais, transformant ainsi notre pays en souk».

Une forte mobilisation prévue à Dakar
Le directeur des ressources humaines de la Css, Louis Lamotte, qui participait à la marche, a invité «l’Etat à mettre la main sur les faussaires, détenteurs de Dipa pour les traduire en justice et ainsi mettre fin à leur forfaiture». Il a ajouté avec fermeté : «Il faut que l’Etat arrête ces faussaires qui veulent tuer la Css et qui nous ont causé du tort à nous tous. S’il ne le fait pas, nous le ferons.» Le directeur des ressources humaines de la Css n’a pas manqué de souligner que les travailleurs n’accepteront pas que deux ou trois commerçants compromettent l’avenir de milliers de travailleurs. «Nous n’accepterons pas que la Css subisse le même sort que la Sntt et d’autres sociétés», avant d’inviter les commerçants à venir investir au même titre que la Css, s’ils veulent participer au développement du Sénégal.
Les marcheurs qui scandaient des slogans hostiles aux importateurs et au ministre du Commerce ont aussi alerté sur les conséquences d’une éventuelle fermeture de la Compagnie sucrière. Ils ont en effet fait remarquer que «fermer la Css, c’est plus de 100 mille habitants impactés, 8 500 pertes d’emplois et 8 500 candidats à l’émigration clandestine au moment où la relance économique est d’actualité».
L’Intersyndicale de la Css s’est cependant réjouie du fait que le président de la République ait évoqué en Conseil des ministres la question de la régulation du marché du sucre, mais demande en retour que des mesures concrètes soient prises afin de permettre à la société de reprendre ses ventes. Le chef de l’Etat a pris la juste mesure des enjeux. Cependant, «nous attendons que des mesures urgentes permettant la reprise immédiate de nos ventes soient prises. Autrement, il sera trop tard», soutient Amari Diouf qui a rappelé que les travailleurs n’ont qu’une seule préoccupation, «défendre l’outil de travail, la Css, pour éviter un drame social collectif».
Les responsables syndicaux de la Css ne comptent pas s’arrêter en si bon chemin. Ils ont en effet annoncé qu’un acte 3 sera posé dans les jours à venir, à Dakar, avec l’implication de tous les cadres de la boîte.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here