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Ouvrir une école, c’est fermer une prison, disait «l’immortel» Victor Hugo. De nos jours, que reste-t-il de cette réflexion dans notre pays ? Peu de chose puisque là où l’école faisait nourrir des vocations, aujourd’hui elle ferme des horizons et secrète malheureusement chez certains esprits la tricherie, la magouille, le favoritisme que sais-je encore.Ce constat nous donne le prétexte d’évoquer ce qui s’est passé avec les épreuves anticipées de philosophie et à un moindre degré au Concours général de cette année.C’est la stupeur qui m’a gagné après avoir appris qu’une fuite organisée ou non avait permis à certains élèves d’entrer en possession à l’avance des épreuves anticipées de philosophie. On aurait compris le manège s’il s’agissait d’une matière comme les mathématiques, puisqu’il est facile de décrocher un 20/20 dans un pareil cas de figure. Mais en philosophie, l’aléa lié soit au sujet soit à la réflexion sur le sujet lui-même est une donnée avec laquelle il faut compter quel que soit le moyen par lequel on a accès aux épreuves. Qu’on y accède avant l’examen ou le jour de l’épreuve, cela ne garantit nullement un sans-faute à l’élève tricheur puisqu’il s’agit de la philosophie, discipline où par essence il n’y a jamais de vérité absolue, mais que des vérités partagées.Pour autant, la seule règle qui vaille et qui doit être tracée d’une ligne rouge, c’est qu’aucun élève, par quelque moyen que cela puisse être, ne doit avoir accès aux épreuves avant le jour prévu pour l’examen ou le con­cours.Malheureusement, cette fuite survient quelques semaines après les couacs notés aux épreuves du Concours général. L’un dans l’autre, cela dénote de carences organisationnelles dans notre système éducatif et à plusieurs niveaux :Au niveau des autorités éducatives :On ne peut pas absoudre leur responsabilité sur ce qui s’est passé. Maître d’œuvre dans l’organisation des examens et concours, il leur revient de mettre tout en œuvre pour une parfaite organisation de ces joutes. Cette responsabilité va de la logistique au sort qu’il faut réserver à ceux qui sont chargés de veiller à la surveillance, la correction etc.Sur ce registre, il est déplorable chaque année de voir les enseignants se plaindre soit du non-paiement de perdiems dus pour des examens déjà surveillés, soit du non-respect des engagements déjà signés avec le gouvernement. Convenez avec moi qu’une telle ambiance ne favorise pas un climat de sérénité nécessaire à la bonne tenue de ces épreuves. Quoique cette année, un léger mieux a été noté dans la gestion des revendications des enseignants.Dans un système normal, respecter les accords signés, payer les primes et les perdiems après service fait doit être la norme et non l’exception comme aussi doit être la règle et non l’exception dans un système normal, le travail et non les grèves répétitives.Pour les enseignants :Enseigner est un sacerdoce et une noblesse en même temps puisque sans le savoir on peut avoir entre ses mains de futurs «Bachir Diagne, Souleymane Mboup, Cheikh Anta Diop etc.». Et c’est cette noblesse qui doit pousser l’enseignant à toujours servir et non pas attendre seulement d’être servi.  Pour les parents : La famille doit être le noyau de base de toute forme d’éducation. Malheureusement, il est regrettable de constater qu’aujourd’hui, la plupart des parents ont démissionné face à l’immense défi que constitue l’éducation des enfants. Le comportement de l’élève en classe n’est rien d’autre que le résultat de son éducation en famille, tout autant que son comportement en famille soit le reflet de ce qui lui est inculqué à l’école. Ce sont deux faces d’une même pièce. Autant le parent que l’enseignant doivent jouer leur partition pour une bonne éducation de l’enfant. Pour les élèves : Les élèves doivent comprendre qu’ils sont l’avenir et le devenir de ce pays. Les futurs dirigeants à quelque échelon que cela puisse être seront choisis parmi eux. A ce titre, ils doivent tout sauf rendre une pâle copie de leurs parcours académiques. Et cela passe par le don de soi, l’effort personnel, l’endurance et enfin le mérite pour pouvoir être demain parmi les élus et les nommés de la République. Loin de toute tricherie ou magouille.   L’éduca­tion et la santé, à elles seules, doivent suffire de programme à nos décideurs politiques au vu de leur caractère stratégique. Raison pour laquelle près de la moitié du budget de l’Etat est consacrée à ces deux secteurs. C’est pourquoi le rendu et le résultat doivent être à la hauteur des moyens dépensés ; ce qui passera par une réhabilitation de l’école publique, fédératrice par excellence des enfants de la République et le meilleur ascenseur social.  Au rendez-vous de l’émergence et du développement se trouvent inévitablement les pays qui ont massivement investi autant en quantité qu’en qualité dans l’éducation et la formation. Les pays références en la matière sont le Japon et la Finlande, dernier pays dans lequel devenir enseignant fait nourrir toutes les vocations. Vivement qu’on y arrive un jour ! C’est pourquoi leur classement dans l’indice de développement humain est loin d’être usurpé.Dis-moi comment tu éduques, je te dirai quelle génération de citoyens tu auras pour porter toute sorte de défis : de l’émergence au développement.
Mamadou BA Consultant.
Diplômé Ena Sénégal et France
allodrh.com@gmail.com

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