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En Gambie, à deux semaines de l’investiture du président élu, Adama Barrow, les services de renseignement ont fermé trois radios. Reporters sans frontières (Rsf) s’inquiète de cette nouvelle attaque contre la liberté d’information.

Dimanche 1er janvier, trois radios de Banjul ont reçu la visite d’officiers des services de renseignement, le National Intelligence Agency (Nia) leur intimant l’ordre de suspendre leur diffusion. Les agents ont expliqué que l’ordre, verbal, venait des instances de commandement de la Nia mais n’ont pas donné de motif à ces suspensions et aucun document officiel n’a été produit. Les trois radios concernées sont Hilltop Radio, Afri Radio et Teranga Fm. Selon les personnes interrogées par Rsf, aucune de ces radios n’avait diffusé de contenu susceptible de froisser les autorités ces derniers jours. Les deux premières sont des radios de divertissement qui ne font pas d’information, et Teranga FM diffusait par le passé des revues de presse en langue vernaculaire, ce qui lui a été depuis interdit.
Au lendemain des élections, l’essentiel des radios de Banjul avaient donné une plateforme aux partisans de l’opposition victorieuse. Selon le président du syndicat des journalistes, le Gambia Press Union (GPU), Emil Touray, ces fermetures représentent donc le début d’une répression plus large de la liberté d’expression en général. Mais l’action des autorités n’a pour l’instant pas eu l’effet de dissuasion escompté. La conférence de presse de l’opposition du 2 janvier a été couverte en live par plusieurs radios. «Ces fermetures arbitraires sont extrêmement préoccupantes à quelques jours d’une échéance démocratique importante en Gambie, déclare Virginie Dangles, rédactrice en chef de RSF. Elles s’inscrivent dans un climat plus général d’attaques contre les libertés démocratiques dans le pays. Rsf exhorte les autorités à rouvrir ces radios immédiatement et à cesser la répression contre la liberté d’expression et d’information.» Terenga Fm avait déjà été fermée en 2012. En juillet 2015, son rédacteur en chef, Alagie Ceesay a été arrêté pour avoir fait circuler par Sms une photo critique du président. Maintenu en prison pendant plusieurs mois, sa santé s’était détériorée. Lors de son hospitalisation, il avait réussi à s’enfuir de l’hôpital. Il vit aujourd’hui en clandestinité.
Depuis 1994, la Gambie était entre les mains du président Yahya Jammeh en bonne place au palmarès des prédateurs de la liberté de l’information établi par Reporters sans frontières. Le climat de peur pénètre toutes les strates de la société et les journalistes sont contraints de s’autocensurer pour continuer à travailler.
Le correspondant de Rsf Deyda Hydara a été assassiné en pleine rue en 2004 et son meurtre n’est depuis toujours pas élucidé. Un autre journaliste, Chief Ebrimah Manneh, a disparu en prison en 2006 et le pouvoir a depuis affirmé ne pas le détenir…
Lors de l’élection présidentielle du 1er décembre 2016, Jammeh avait reconnu sa défaite face à Adama Barrow avant de se rétracter et de contester les élections. L’investiture du président élu est prévue le 19 janvier et les observateurs de la situation dans le pays redoutent une intensification de la répression dans les semaines à venir.
La Gambie occupe la 145ème place dans le Classement 2016 de la liberté de la presse établi par Rsf.

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