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Après avoir concédé sa défaite et félicité son challenger il y a une semaine, le Président Yahya Jammeh est revenu hier de façon spectaculaire sur les résultats de l’élection présidentielle du 1er décembre. C’est l’incertitude à Banjul.

Le temps a changé en Gambie. Après son comportement de démocrate, Yahya Jammeh a décidé de ressortir son costume d’autocrate qu’il avait du mal à mettre au fond de son placard au State house. Tard dans la soirée d’hier, il a fait une sortie pour contester les résultats et demander le recomptage des voix. Dans une allocution radiotélévisée, vêtu d’un grand boubou blanc, le Président gambien a soutenu que le scrutin a été «truqué», notamment à Banjul et dans le fief de Barrow. Il remet en cause l’impartialité du président de la Com­mission électorale Alieu Momarr Njai. Au bout de son raisonnement, après avoir manié le double langage en enrobant ses projets liberticides dans une phraséologie faussement républicaine, il a appelé à une nouvelle élection «dirigée et présidée par des personnes qui crai­gnent Dieu». En Gambie, l‘ensemble des con­ne­xions internet ont été coupées, les frontières fermées.
Ce revirement à 360° du Président sortant, qui avait reconnu curieusement les résultats de la Présidentielle du 1er décembre dernier, plonge le pays dans une incertitude. C’est le Président élu qui se retrouve dans une position fragile et en insécurité. Il ne dispose d’aucun pouvoir qui lui permettrait de faire face à l’enfant de Kanilai. Lequel a fait sa déclaration à travers la Grts, média d’Etat. C’est la preuve qu’il concentre encore le pouvoir entre ses mains. Mardi, il avait nommé une trentaine d’officiers généraux alors que la transition était en train de se préparer en douceur pour la passation de service prévue, selon la Constitution, deux mois après la proclamation des résultats. Vêtu encore de son costume de démocrate, il avait décidé de la ramener à 1 mois avant d’aller couler sa retraite à Kanilai, son village natal.
Rusé, il avait quelque peu mis une sourdine à ses convictions et ses véritables intentions en attendant que la pression internationale s’estompe et qu’il se retrouve à huis clos dans son enclave. Finalement, il s’est dévoilé. Les populations et les opposants, Ko debout, se retrouvent dans une situation inédite. Que faut-il faire ? Qu’est-ce qui s’est passé ? Ces questions  peuvent trouver un début de réponse à travers les débats qui ont enflammé le pays depuis sa chute, car le décompte des voix par la Commission électorale indépendante a réduit l’écart bien que ses responsables aient soutenu qu’il n’a pas d’incidence sur le résultat final. Après le recomptage, moins de 20 mille voix séparent le nouveau Président et le sortant. Adama Barrow obtient 227 mille votes, Yahya Jammeh 208 mille. Dans le premier décompte vendredi, les deux adversaires avaient 50 mille voix d’écart. L‘amenuisement de l’écart a probablement donné des idées à Jammeh qui conteste désormais les résultats. Pro­ba­blement aussi que les dernières déclarations de certains res­pon­­sables de la coalition victorieuse – même si Adama Barrow s’est montré plus réservé – qui lui promettaient l’enfer pour les crimes qu’il a commis durant ses deux décennies de règne… «sang» partage. Aussi courageux qu’un taureau sur le chemin de l’abattoir, il a décidé de sortir de son bonnet cette décision. Spectaculaire volte-face. Straté­gique erreur des autorités élues ? Bien sûr, les citoyens gambiens peuvent se retrouver en véritables acteurs de leur destin après avoir posé un acte historique en décidant de se débarrasser de lui grâce à la pression pour faire triompher leur choix, car on présume qu’ils ont vaincu la peur qui les tétanisait depuis 1994.
Il faut savoir que le sentiment de méfiance était palpable en Gambie depuis la Présidentielle. Dans Le Quotidien n° 4148 du jeudi 8 décembre, Usainu Dar­boe, leader historique de l’opposition, disait sans ciller : «Jam­meh ne fait jamais ce qu’il dit.»
bsakho@lequotidien.sn

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