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Les producteurs laitiers français veulent imposer leurs produits sur le marché africain. Pour ce faire, le Centre national interprofessionnel de l’économie laitière de la France (Cnel) a mis sur pied une campagne dont l’objectif est de promouvoir l’usage de ces produits dans la cuisine africaine.

Camembert, Roquefort, bleus, l’assortiment de fromages déposé sur une table, dégage un nuage de saveurs très fortes. Ces saveurs qui se distillent dans l’air de ce restaurant huppé de Dakar, le Centre national interprofessionnel de l’économie laitière de la France (Cnel) souhaite les associer aux saveurs culinaires du continent. C’est le sens de la journée de dégustation offerte hier par l’organisation française en présence du chef Christian Abegan. Pour ce dernier, la cuisine africaine utilise beaucoup de produits salés et les fusionner avec des produits laitiers français peut être une bonne chose. Le chef camerounais, qui s’est mis derrière les fourneaux pour donner une idée du résultat qu’on peut obtenir, en est ressorti avec un assortiment de bonnes choses. Rouleaux de printemps au rondelet, Mousseline d’avocat au camembert, thon et patate douce au brie, Sushi de fonio au bissap et à l’emmental, le cuisinier a fait jouer sa créativité pour exalter les gouts de ces produits français et les combiner à des saveurs toutes africaines. «C’est le gout, la saveur et l’équilibre. Ce que vous avez goutté ici, quand je l’ai montré à New York ou ailleurs, les gens ont redécouvert quelque chose par rapport à leurs produits», assure le chef camerounais membre du jury de la célèbre émission de Tv «Star Chef» et auteur du livre Le Patrimoine culturel africain. Sur une capsule projetée sur grand écran, le chef partage sa recette de Gratin de feuilles de patate douce et de poisson au camembert. «On a un vivier de savoir-faire et tout ça, mais les rencontres culinaires permettent aussi de développer et montrer au reste du monde cette identité si riche de l’Afrique culinaire», explique le chef entre deux services. Sur une table, différentes sortes de fromages sont mises à la disposition des participants. La Meilleure ouvrière de France fromager, Laetitia Gaborit, préposée aux explications, donne diverses indications sur les propriétés de ces produits tandis que les créations culinaires du Chef Abegan circulent entre les mains.
Les Afro-gourmands en sont à leur première édition. Cette initiative du Cnel vise à valoriser les produits laitiers français sur le continent sur une durée de trois ans. Selon M. Laurent Damiens, directeur de la Communication de l’organisation, il ne s’agit pas de concurrencer les produits africains. «Chaque pays a sa gastronomie et depuis quelques années, on essaie de travailler avec les meilleurs chefs pour proposer une espèce de fusion dans la culture culinaire locale.» Ce point de vue est partagé par le Chef Abegan. «Cette démonstration permet à des producteurs locaux de s’identifier et de voir comment développer leurs propres produits. Il faut penser à une diplomatie culinaire où l’on s’échange des produits. Ces produits, où on a des techniques très avancée de conservation, doivent aussi inspirer les producteurs locaux», dit-il. Karelle Vignon tient un Blog de cuisine générale très suivi ou elle propose des recettes pour femmes actives qui n’ont pas beaucoup de temps. La cuisine africaine a déjà montré qu’elle savait s’adapter aux influences des autres cultures estime-t-elle. La preuve par le Yassa, un des plats emblématiques de la cuisine sénégalaise. «Si on regarde les différents cubes d’assaisonnement qui n’existaient pas il y a 15 ou 20 ans, on se dit que la cuisine a quand même changé. Le Yassa traditionnel par exemple, c’était juste des oignons, du poulet et du citron. Aujourd’hui, on met des olives et de la moutarde. Ce sont des produits importés», souligne-t-elle. Après le Sénégal, Abidjan accueille les Afro-gourmands les 17 et 18 juin prochains avant Douala en juillet et Lagos en septembre.

mamewoury@lequotidien.sn

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