PARTAGER

Gaynal  ou devenir résilient en langue Pulaar est le nom donné au projet de «Renforcement de la résilience des ménages vulnérables du département de Vélingara (Casamance) affectés par l’insécurité alimentaire et la malnutrition». Il est en train de changer la vie des populations du département de Vélingara.

Koufambora, village enclavé au centre-sud du département de Vélingara, est situé à quelques kilomètres de la frontière avec la Guinée-Bissau. C’est par des pas de danses, des chants et de larges sourires que les femmes du groupement féminin «Kouyejire» ou Entente en langue Badiaranké ont manifesté joie et reconnaissance en l’endroit de la délégation du comité de pilotage du projet Gaynal dirigé par le préfet du département de Vélingara, Abdourahmane Ndiaye, représenté par son adjoint à l’occasion de cette visite guidée. Un tour dans le périmètre maraîcher de 2,5 ha qu’elles exploitent et le contenu des discours suffisent à justifier l’ambiance festive de cette journée chaude : 2 paniers de piment vert cueillis dans la matinée, de l’oignon, de l’oseille et des gombos à profusion prêts à être transportés, le même jour, au marché hebdomadaire de Témento, à 5 km de là. Sur une surface de près de 2 ha se trouvent différentes légumineuses, en croissance ou en ma­turité,  «bien entretenues, avec des planches bien faites et une humidité acceptable», a noté Moussa Diarra, chef du service départemental du développement rural. Et puis Mme Dabo Bandia, vice-présidente du groupement «Kouyejire», de dévoiler les raisons légitimes de leur joie : «En 2017, nous avons récolté 7 tonnes d’oignon entièrement vendues, sans compter les autres spéculations. Cette année encore, vous voyez la bonne tenue de la surface. Nous parvenons, avec les revenus tirés de ce jardin, à payer la scolarité de nos enfants, nous habiller, soigner toute la famille et équilibrer notre alimentation. Des femmes viennent jusqu’ici pour acheter notre production. Auparavant, nous ne pouvions pas trouver un revenu de 5 000 F Cfa par mois. Aujourd’hui, hebdomadairement nous pouvons empocher 15 000 F Cfa.» Mais, il subsiste un problème : «Le défaut de route praticable rend difficile l’évacuation de notre production vers les marchés. Les puits sont éloignés de certaines parties de la surface. C’est pourquoi le périmètre n’est pas totalement exploité.» Dans ce jardin travaillent 118 femmes qui ont obtenu en 2016, au début du projet, tous les intrants nécessaires, de même que l’encadrement technique. Pour cette saison, elles fonctionnement avec les moyens tirés des réserves de la première année, sans encadrement technique.
Nianao, village de la commune de Wassadou, au sud-ouest du département, à un jet de pierres de la frontière avec la Guinée-Bissau. Ici ce sont des petits enfants d’une moyenne d’âge de 1 an qui accueillent. Sourire et regard innocents, jouet à la main, la mine joviale, ambiance détendue comme si ces petits anges, discrètement surveillés par leurs mamans, se parlaient. Nous sommes dans l’espace d’éveil créé par le projet Gaynal. Mme Estelle Mégné Ndé, nutritionniste initiatrice de ces cases d’éveil, explique : «C’est un espace pour recevoir des enfants malnutris. Les structures de santé n’ont pas, le plus souvent, d’espaces adéquats pour la prise en charge d’enfants malnutris. Car la santé, ce n’est pas seulement une affaire de médicament et de forme physique, c’est aussi un état psychologique, un état mental. On met les enfants ensemble, pour qu’ils jouent, aient du goût, se sentent bien. Cela aide l’enfant à récupérer de son état de malnutrition. En plus, ces cases mettent ensemble des femmes (leurs mamans) et on trouve l’occasion d’organiser des causeries, sensibiliser sur les bons comportements à adopter, faire des démonstrations culinaires, expliquer les plats locaux qui sont riches.» L’état nutritionnel des enfants trouvés sur les lieux est bon. Le poste de santé ne reçoit plus de cas d’enfants malnutris. «Il n’y a plus de cas de malnutrition dans ce poste de santé depuis 2 mois. Auparavant, nous enregistrions par mois jusqu’à 7 cas. Cette performance est due à la bonne alimentation proposée aux enfants de la zone, à travers la farine composée, fabriquée sur place à partir de produits agricoles locaux», dit Ousmane Biaye, infirmier en service à ce poste de santé. Le petite Ousseynatou Diallo, 18 mois, est un cas d’école. Sa maman, Rama­toulaye Diallo, informe : «J’ai pu tirer cette fillette d’une situation de malnutrition grâce à la farine composée que j’achète régulièrement. Auparavant pour chaque pesée, on s’inquiétait de son poids qui était très faible. Elle était malingre, maladive. Aujourd’hui à chaque pesée son poids augmente. Elle se porte bien.»
La farine composée est issue de l’unité de fabrique financée par le projet Gaynal au profit du groupement féminin «Dental» de Nianao. Selon Kady Baldé, présidente de l’association, «la farine est un mélange de maïs, mil, arachide, sorgho et haricot. En plus d’améliorer l’état nutritionnel des enfants de Nianao et environs et même de la Guinée-Bissau, les 93 femmes membres se partagent les bénéfices tirés de la vente de la farine et des activités connexes du moulin. Après avoir mis de côté de l’argent pour le fonctionnement, l’entretien du moulin et l’achat des produits agricoles. Nous nous en sortons bien». Le maire de la commune de Wassadou, Barsa Soumboundou, a sollicité que le projet puisse trouver des ressources additionnels pour aider les femmes à faire de l’alphabétisation fonctionnelle pour mieux maîtriser les modules de formation et renforcer avec des thématiques relatives à la gestion, à la santé. Elles pourraient également mettre des inscriptions en langue pulaar sur les emballages.
Kénéba Yéro, village de la commune de Saré Coly Sallé (centre du département) qui semble avoir fui le brouhaha de la RN6 d’environ 600 m seulement. Dans ce patelin tranquille, la délégation du comité de pilotage du projet Gaynal est accueillie dans le domicile de Yoba Baldé par des coqs importés, de race bleue hollande d’un poids moyen de 7 kg tenus par de jeunes garçons à côté d’un poulailler bien entretenu, au mur enduit de ciment d’une hauteur d’environ 1,5 m, coiffé d’un toit de chaume. A l’intérieur du poulailler, on peut apercevoir 30 sujets de 5 semaines d’âge à peu près, nés du croissement des coqs de la race bleue hollande avec la variété locale. Avantage ? «Les sujets métis se développent plus rapidement, sont plus résistants aux maladies, s’adaptent bien au milieu, sont plus gros, donc ont plus de valeur marchande», informe le professeur Simplice Bosco Aysiwede, enseignant au département des sciences biologiques et productions animales de l’Eismv. Les sujets mis dans ce poulailler communautaire sont nourris à partir d’un aliment concentré, fabriqué par Gaynal, à base d’un mélange de produits agricoles locaux et dérivés, enrichis de sels minéraux. De même, leur suivi sanitaire est garanti aux frais de Gaynal.
Dans ce village se trouvent différentes chèvreries initiées et appuyées par Gaynal. Celles dites pilotes sont entretenues, nourries et soignées par Gaynal. Tout comme pour les poulaillers-pilotes. Objectif : «Nous suivons 2 types d’animaux : ceux qui sont mis en cage, traités, nourris et n’en sortent pas. Et les autres qui sont vaccinés par Gaynal et laissés à eux-mêmes en divagation. Les premiers sont nourris à partir d’aliments concentrés, conçus et fabriqués par le projet. L’objectif est qu’au bout de quelques semaines que l’on voie la différence dans l’évolution des 2 types d’élevage. Cela, pour montrer à l’éleveur que l’alimentation et la stabulation sont des intrants importants si l’on veut avoir de bons sujets. Déjà, les premiers résultats montrent qu’il y a plus de mortalité du côté des sujets en divagation et les poids sont plus faibles. Nous poussons ainsi les éleveurs à adopter de bonnes pratiques pour bien vivre de l’élevage», poursuit le professeur Simplice Aysiwede. »
Le président de la Maison des éleveurs (Mde) de la région de Kolda, Issaga Mballo, a disserté sur la pertinence d’investir dans le sous-secteur de l’élevage pour lutter contre la précarité. Il a dit : «La volaille et les petits ruminants constituent le compte courant de l’éleveur. A chaque fois que se pose une urgence sanitaire dans la famille, on a recours à la bergerie, s’il y a une cérémonie familiale à agrémenter c’est vers le poulailler ou la bergerie encore que l’on s’oriente, pour les frais de scolarité, c’est encore un bouc, un mouton ou des poules que l’on vend, quand le grenier est vide, ce sont encore les petits ruminants ou les bovins qui satisfont cette demande. Les bovins peuvent être obtenus à partir d’un troc avec de petits ruminants et ces derniers sont également obtenus en faisant du troc avec la basse-cour.»

Présentation du projet Gaynal
Le projet «Renforcement de la résilience des ménages vulnérables du département de Vélingara affectés par l’insécurité alimentaire et la malnutrition», Gaynal en langue pulaar, a obtenu un financement de l’Union européenne pour un montant de 733 318 euros pour une durée de 30 mois. Démarré en 2016, il prend fin en juin 2018. Son objectif, selon le Coordinateur national, Moussa Baldé, est de «renforcer la résilience des ménages très pauvres et pauvres par la mise en place de filets sociaux et le renforcement des capacités et diversification alimentaire dans 7 communes rurales du département de Vélingara».
Pour y parvenir, Gaynal a appuyé des ménages cibles en les dotant de denrées de première nécessité pendant la saison des pluies de l’année 2016, dans le but de les empêcher d’être obligés de travailler comme ouvriers agricoles en délaissant leur propres champs. 4180 personnes de 504 ménages sont ainsi soutenues et ont pu, de ce fait, faire de bonnes productions agricoles. Puis le projet a lancé, pour le bénéfice de 115 villages partenaires, des activités de production végétale (maraîchage et production de semences de riz), de production animale (dotation en chèvres et coqs de race, vaccination et fabrication d’aliments enrichis) et de nutrition (fabrication de farine composée, dotation en moulins, dispositifs de lavage des mains). Au terme de la visite guidée, Mme Fatou Senghor, chef de projet, s’est dit satisfaite des résultats obtenus. Elle a déclaré : «Les résultats sont satisfaisants. Pour les 4 résultats attendus, nous avons réalisé 100% pour 2 résultats, 78% pour le 3ème et 38% pour le 4ème. Cette évaluation, à mi-parcours, est faite en octobre. Entre temps, les activités ont continué et nous osons dire que d’intéressants taux sont aujourd’hui atteints.»

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here