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Bien plus qu’une mine d’informations, Doudou Diène est une bibliothèque ambulante. L’homme, qui a déserté les rédactions sous le poids de l’âge, est «le» gardien de l’histoire de Saint-Louis. A son contact, le temps semble être arrêté. Durant plus d’une heure, il est revenu sur l’arrivée et la genèse du jazz à Saint-Louis mais pas que.

Pour une fois, la guerre a une conséquence heureuse. La première Guerre mondiale a permis à la ville de Saint-Louis d’avoir une renommée internationale. En effet, dans l’imaginaire du Ndar- Ndar (ainsi appelle-t-on en wolof l’habitant de Saint-Louis), il était bien vu de se mettre sur son 31 pour aller voir les toubab danser à l’hôtel de la Poste ou du Palais. D’après le journaliste Doudou Diène, invité de la Rts samedi dernier, ce spectacle qu’offraient les colons a fait des émules. Et ce sont les enseignants sénégalais de l’époque qui ont adopté ce mode de vie en premier, avant de se faire rejoindre par les tirailleurs. Qui ont été subjugués par cette musique que les soldats américains écoutaient.
Dès lors, les groupes commencent à se former. Pour mesurer la popularité de cette musique, il faut regarder le nom des premiers groupes. Tous avaient «Jazz» comme dénominateur commun. Du Saint-Louisien jazz, le premier groupe sénégalais, en passant par L’amicale jazz, Sor jazz, Star jazz et Mbaye Lazar jazz, cette musique est devenue celle du Peuple. Fun et accessible, elle occupe à ce moment, une place de choix dans le cœur du Saint-louisien. De fil en aiguille, elle gagne de la place et fait partie intégrante de la ville jusqu’en 1992, date de naissance du Saint-Louis jazz. Le festival devient l’expression d’une volonté populaire.
27 éditions plus tard, le festival a perdu de son lustre. Bien qu’étant plébiscité hors des frontières du Sénégal, Saint-Louis jazz n’est plus aussi populaire dans la ville. Aux concerts, c’est un public relativement occidental qui tente tant bien que mal de remplir la place Faidherbe, jouxtant la Gouvernance de la ville. Comment une musique aussi chérie dans le passé est-elle reléguée au second plan aujourd’hui ? Pour Doudou Diène, fervent gardien de l’histoire de cette ville, le jazz n’a pas su résister à la concurrence. Et la jeune génération y est pour quelque chose. «Le jazz a perdu de sa splendeur avec l’arrivée d’une musique des iles qu’on appelle les Jiv. Ensuite la pachanga s’est installée. Cela a coïncidé avec le départ des toubab. Les nouvelles générations ne jouaient plus cette musique», a-t-il déclaré.
Pourquoi la jeune génération n’est-elle pas attirée par cette musique ? En attendant d’avoir la réponse, il est tout à fait légitime de s’interroger sur l’image qu’elle renvoie. Bien qu’étant une musique noire, le jazz a été importé de l’Occident. Or, récemment, il a été demandé d’enlever le statut de Faidherbe. Ce souhait de rompre d’avec les vestiges de la colonisation n’a-t-il pas porté préjudice au jazz ? «Faidherbe a développé la ville. Il a donné à Saint-Louis son véritable lustre. Il a eu un enfant ici qui est décédé par la suite. Il a su composer avec les gens mais à la réalité, c’était un colonisateur», a admis le journaliste. Néanmoins, a-t-il reconnu, «il y a ambivalence des sentiments chez les Saint louisiens. Certains pensent qu’il faut rendre à César ce qui appartient à César et que Faidherbe a contribué au développement, et d’autres qui soutiennent qu’il nous a porté préjudice. Sur le plan purement historique, on ne peut pas mettre de côté la présence française. Faut-il oublier tout le passé ou rendre à chacun sa part de vérité ?»

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