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L’affaire George Floyd sera pour la croisade contre le racisme anti-Noir ce que l’affaire Dreyfus aura été pour la croisade antisémite. Rien ne peut plus être comme avant. Avec l’affaire Dreyfus, le journaliste hongrois Theodore Herzl en arriva à la conclusion qui si les Juifs ne peuvent être intégrés en France, avec son ambition d’universalité pour les droits de l’Homme et l’égalité citoyenne, ils ne pourront l’être nulle part. C’est de ce constat qu’est né son livre L’Etat des juifs. Une idée qui deviendra une réalité un siècle plus tard, avec la naissance d’Israël. Depuis l’affaire Dreyfus et surtout depuis l’holocauste, les Juifs en ont tiré la leçon et se sont organisés pour avoir une tolérance zéro contre toute attaque ou même toute idée antisémite. En Europe, toute attaque antisémite mobilise la République, alors que le racisme anti-Noir relevait du fait divers. Les cris de singe et les bananes qu’on jette aux joueurs africains n’ont jamais poussé aucun officiel à manifester. Cela relevait simplement de la bêtise des supporters. Si aux Etats-Unis, symbole de la renaissance de la République et des libertés, un policier peut croire pouvoir étrangler un citoyen parce qu’il est noir, il faut en arriver à la même conclusion que Theodore Herzl, à savoir que le racisme comme l’antisémitisme ne dépérissent pas avec le temps, et surtout avec l’ouverture, la science ou la mixité raciale.
Des racistes et des antisémites existeront toujours. Il faut simplement s’organiser comme les Juifs, pour que le racisme anti-Noir soit aussi intolérable que l’antisémitisme. En Occident, on est courageusement antisémite, mais dans son salon. Il faut aussi confiner le racisme anti-Noir dans l’espace privé. Avec l’affaire George Floyd, les choses sont en train de changer. Cette mobilisation mondiale va pousser les racistes à se confiner davantage, parce que ce ne sont pas seulement les Noirs qui trouvent le racisme anachronique et inacceptable, mais notre monde actuel. Les racistes et autres antisémites sont remplis de préjugés alors que les Africains sont victimes de l’histoire. L’esclavage et la colonisation ont laissé des séquelles indélébiles, qui font que nous pensons que nous devons toujours être dans le rattrapage historique, symbolisé par le syndrome du «Premier noir à». Quand Obama est élu Président des Etats-Unis, en Afrique on le réduit fièrement «au Premier Noir à être élu Président des Etats-Unis», «Blaise Diagne, le premier député noir», Tiger Woods, le premier Noir à… Il en est de même pour Mandela, Koffi Annan. Ce syndrome du «Premier Noir à …» n’est au fond rien d’autre que les conséquences psychologiques du complexe d’infériorité qui est le résultat de plusieurs siècles de colonisation et d’esclavage. Dans cette quête perdue du «Premier Noir à…», on reconnaît inconsciemment que c’est l’Occident qui fixe les valeurs et trace le chemin que nous devons emprunter, et qui nous oblige à toujours légitimer notre posture. Felwine Sarr le dit très bien dans son livre Afrotopia. Nous n’avons rien à rattraper sur le plan économique, car nous devons chercher notre propre voie. Ayons la même attitude face aux racistes qui se rendront compte que les Africains sont l’origine et, mais surtout l’avenir du monde ! Leur peine sera d’autant plus grande qu’ils essayeront de plus en plus de confiner leur haine et leurs préjugés dans leur salon ou de façon anonyme sur le web. Le premier pas que nous devons faire dans cette direction devra consister à refuser qu’on nous enferme dans la cage identitaire et colorée de «colored», noire pour être des Africains, tout simplement.

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