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De plus en plus, le départ à la retraite est vécu comme un profond traumatisme dans les pays pauvres. Les raisons sont à chercher dans la mauvaise gestion des fonds des pensions, estime le Président de la Fanaf, Adama Ndiaye qui plaide pour une réflexion à un système plus performant.

De plus en plus, le départ à la retraite est vécu comme un profond traumatisme dans les pays pauvres. Ce qui était sensé être un moment de jouissance des fruits du dur labeur accomplis dans la vie active tend désormais, à se transformer en une plongée dans une situation de pauvreté accentuée. En intervenant hier à l’occasion du 6e atelier annuel de l’Initiative des marchés financiers (Afmi) de la Banque africaine de développement (Bad), le président de la Fédération des sociétés africaines d’assurance (Fanaf), M. Adama Ndiaye, a essayé de décortiquer les mécanismes qui ont conduit à cette situation. «Le modèle de la sécurité sociale s’est toujours appuyé sur la répartition et la solidarité intergénérationnelle. Les actifs d’aujourd’hui cotisent pour les retraités d’aujourd’hui. Ce modèle ne marche que s’il y a plus d’actifs que de retraités. Le modèle dit 2,4 actifs pour supporter un retraité. Mais avec les difficultés du marché de l’emploi, on a de plus en plus de chômeurs, de moins en moins de cotisants et avec l’allongement de la durée de la vie, les retraités restent en vie plus longtemps. Le modèle a montré ses limites et toutes les caisses sont en difficulté». Les difficultés que rencontrent les caisses de sécurité sociale en charge des retraités s’expliquent selon lui, par les mauvais placements faits par ces entités. «La plupart des placements opérés par ces caisses n’étaient pas suffisamment réfléchis. On s’orientait plus vers les incitations politiques. Parce que le chef de l’Etat a voulu qu’on construise un bel immeuble, on y met l’argent sans avoir fait les études qu’il fallait pour la rentabilité». Le résultat c’est la situation de quasi faillite dans laquelle se retrouve nombre de ces caisses. Adama Ndiaye propose une autre alternative pour permettre à chacune des entités impliquée de jouer son rôle. «Une autre alternative, c’est les fonds de pensions dans certains pays où on ne fait pas jouer la solidarité intergénérationnelle, mais pendant ma vie active, je prends une partie de mon revenu que je confie à un gestionnaire qui optimise les résultats et me le restitue sous forme de rente quand je serais à la retraite. Cela peut se faire sous formes de fonds privés ou aussi par les compagnies d’assurances», explique M. Ndiaye. En effet, quand le travailleur souscrit à une assurance, il ne récupérer que ce qu’il a mis, majoré des marges d’intérêts. Dans le fonds de pension, c’est quasiment la même chose, alors que dans le fonds de retraite, l’Etat peut décider d’augmenter la valeur du point, ce qui bonifie les retraites. «Mais tel que ça fonctionne aujourd’hui, il n’y a pas un retour suffisant et un taux de remplacement adéquat. Le taux idéal est de 70% au moment de la retraite. Quelqu’un qui gagne 100 000 francs, doit avoir au moins 70 000 francs à sa retraite pour maintenir son niveau de vie». Au Sénégal, le taux de remplacement est encore inferieur à 30%, ce qui fait que la retraite est synonyme de paupérisation. Dans un pays comme la Côte d’Ivoire par exemple, ce taux atteint 50 %, alors qu’au Sénégal, pour les salaires les plus élevés, le taux de remplacement n’atteint même pas 10%. «Il faut réfléchir à une meilleur articulation. Les ressources ne s’inventent pas. Avant, il y avait plus d’actifs que de retraités. Aujourd’hui, il y a beaucoup de retraités et un nombre d’actifs qui démunie. Ce qui fait moins d’argent à repartir à une population plus importante», conclut M. Ndiaye.
mamewoury@lequotidien.sn

 

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