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A l’hôpital Dalal Jamm de Guédiawaye, une partie du personnel médical est de plus en plus agitée à cause des «mauvaises conditions» de travail, l’absence de prise en charge médicale et le non-versement des primes de motivation. L’autre préoccupation est liée à la gestion des 2 milliards francs Cfa octroyés à la structure dans le cadre de la riposte contre le coronavirus.

Entre les murs de l’hôpital Dalal Jamm, le silence est pesant. Entre la prise en charge des personnes atteintes du Covid-19 et leur situation personnelle, les travailleurs sont dans un état anxiogène. Depuis trois mois, le personnel de santé de cette structure est dans une situation de détresse, s’interroge sur la gestion des 2 milliards F Cfa octroyés à l’hôpital. Les suspicions ont fini de créer un climat malsain et une division dans les rangs du personnel de santé qui n’avance plus en rangs serrés.
Il règne à Golf une ambiance normale de travail, à l’image de tous les établissements sanitaires. Mais il suffit de gratter le vernis pour se rendre compte que «les travailleurs souffrent dans un silence total». Il faut se cacher des caméras de surveillance pour garantir l’anonymat à ces professionnels de santé, engagés dans la lutte contre le Covdi-19.
Il fait 12h. Un homme, masque bien ajusté, balance : «Voilà, aujourd’hui je parle au nom de beaucoup de mes camarades. Hier (dimanche), je leur ai fait part de notre rencontre dans notre groupe WhatsApp et je porte leur voix. Voilà ce qui a créé un malaise au niveau de notre structure. Nombreux d’entre nous sont découragés. Lorsque nous avons reçu l’information que l’hôpital a reçu 2 milliards de francs Cfa pour la lutte contre le Covid-19, nous avions tous pensé que les conditions de travail difficiles dont on fait face allaient être améliorées d’autant plus que la structure a un centre pour les malades du coronavirus.» Vite ils ont «déchanté». «Malheureu­sement, ce n’était qu’un rêve. Bien au contraire, les responsables de la structure, avec en tête le Dg, ont tenu une réunion interne. Avant de planifier les stratégies qu’ils devront mettre sur pied, laissant en rade les agents de la structure. Grande fut notre surprise lorsque nous avons vu que c’était sur une base subjective que des agents allaient être éléments pour le secteur du Covid-19.» Comment la sélection a été faite ? «Evidemment, il faut avoir un bras long pour pouvoir être affecté au niveau de ce service. D’autres de nos amis sont venus nous rejoindre sur recommandation, bien sûr comme ça se fait partout dans toutes les boîtes. Sur recommandation, tu as mille chances d’être agent au niveau de ce service avec un bon traitement, le temps que durera le Covid-19. Le personnel de l’hôpital est réduit de moitié et on travaille 24h/24. Et il n’y a pas d’indemnité pour les heures supplémentaires», insiste un agent de santé.
Partout, un silence olympien règne au cœur de cette structure qui dispose d’un Centre de traitement des épidémies. Entre stress et «mauvais traitement», les travailleurs sont en train de perdre la fièvre de la motivation à cause des «mauvaises conditions» de travail. «Les employés de l’hôpital Dalal Jamm traversent des moments très difficiles. Malgré les risques auxquels nous sommes exposés, nous sommes laissés en rade. Beaucoup de nos agents sont tombés malades à cause de cette pandémie. Nous n’avons aucune protection, ni garantie. Aujourd’hui (lundi), 5 nouveaux cas ont été enregistrés», raconte un autre membre du personnel soignant, courroucé par la tournure des évènements après quasiment quatre mois d’un travail anxieux et risqué. Il ajoute : «La seule chose qui est là, c’est une discrimination. On privilège certains et on néglige d’autres.»
Au-delà de leur situation personnelle, les conditions d’hospitalisation au niveau du Cet de Dalal Jamm ne sont pas des meilleures. Evidemment, le virus a pris tout le monde de court, poussant les autorités médicales à improviser les Cet pour faire face au rush des malades. «Il y a des malades qui sont dans des conditions très difficiles, à croire que les 2 milliards n’ont servi à rien. Il y a des salles qui n’ont pas de climatisation. On n’a même pas installé de ventilos dans les chambres», enchaîne un autre agent. Il y a une anecdote qui fait marrer tout ce beau monde : «Il y a quelques semaines, un malade du Covid a constaté que la chambre était tellement chaud, qu’il n’a pas hésité à appeler son frère pour une commande de 50 ventilos pour l’hôpital. Ça a été fait rapidement.»

Les 2 milliards de la division
Cette affaire a fait du bruit et le directeur a aussitôt réagi en achetant 50 ventilos, qui n’étaient pas suffisants, avant d’en acheter encore un autre lot d’une cinquantaine de ventilos. Jusqu’à présent, ce n’est pas suffisant. On doit climatiser toutes les chambres. Beaucoup de malades ont des problèmes pour la prise en charge. Si tu n’as pas de parents qui viennent souvent t’apporter de la nourriture, tu risques bien de mourir de faim. Il faut que les autorités en charge de programme mènent des enquêtes et qu’elles se rendent dans les hôpitaux pour voir et interroger les malades sur leurs conditions de traitement. «Où sont les 2 milliards de francs Cfa ?», s’interroge-t-on.
Il faut rappeler que l’hôpital Dalal Jamm était secoué la semaine dernière aussi par la grève du Collectif des médecins-doctorants qui assurent la garde au niveau du Centre de traitement des épidémies. Ce Collectif a arrêté son mouvement d’humeur après une rencontre avec les autorités sanitaires. Dans un communiqué, il a annoncé la reprise des activités de ses membres dans les Centres de traitement des épidémies (Cte) de Diamniadio et de Dalal Jamm, dans le cadre de la lutte contre le Covid-19. Que s’est-il passé après leur rencontre avec la Directrice générale des Établissements de santé ? Les médecins-doctorants ont obtenu des autorités sanitaires, la garantie des prestations médicales effectuées au cours de leur exercice et la couverture médicale et juridique par les structures hospitalières concernées, la délivrance d’une attestation à la fin de la pandémie et le reversement d’une somme en compensation des arriérés revendiqués par le Collectif.
Ces étudiants avaient annoncé la cessation de toute activité de prestation sanitaire pour obtenir une prise en charge dans les structures hospitalières.

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