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Gora Diop, plus connu sous le sobriquet de Kéba, est un artiste-comédien qui joue dans la série Idoles dont la 3e saison vient d’être lancée. Vivant à Guédiawaye, ce jeune artiste, né en 1986, évoque sa carrière et revient sur sa relation avec son collègue artiste, Diop Fall, qui en ce moment serait «gravement malade» et interné à l’hôpital.

Pour ceux qui ne vous connaissent pas, présentez-vous ?
Je suis artiste comédien, acteur et ambassadeur de la paix. Je suis ambassadeur de la paix, parce que je mène dans mon quartier, des actions pour éteindre les conflits entre les habitants. C’est l’Association des fans clubs de Kéba (Afak) qui m’a décerné ce titre honorifique. Je ne fais pas dans la langue de bois avec mes fans. Je leur tiens un langage de vérité pour qu’ils aient un comportement responsable. Je les recadre si toutefois je sens qu’ils s’écartent du droit chemin. J’en fais autant avec les jeunes de mon quartier pour les détourner de la drogue et d’autres pratiques peu orthodoxes. En retour, mes fans me recadrent aussi s’ils sentent que mon comportement peut déteindre sur mon image. Ils veillent même sur ma manière de m’habiller. On fait dans le social en allant dans les hôpitaux pour aller au chevet des malades. Je me bats également pour rapprocher les personnalités, de quelque bord qu’elles puissent être, à cultiver la paix entre elles. C’est au regard de tout cela, que les gens ont convenu que je suis un des acteurs qui s’investissent pour un climat apaisé à Guédiawaye. Je fais d’ailleurs chaque année des prestations théâtrales pour les réunir autour du ludique.
Quand avez-vous commencé à faire du Théâtre?
C’est en 2005 que j’ai commencé à faire du théâtre par l’entremise de Sanekh qui m’a invité à jouer dans l’une de pièces : Malaw. J’imitais auparavant Sa Nekh. Un de mes frères, Alé Ndour, m’a encouragé à l’imiter et je le faisais très bien. Surtout que j’ai la même taille que lui, j’ai commencé à reproduire ses gestes et tout le monde disait que je lui ressemblais. D’ailleurs, j’ai fini par être affublé du sobriquet Sa Nekh 2. En 2007, j’ai joué  une pièce avec Ibrahima Niang qui s’intitule Cliché. C’est une pièce dans laquelle Sa Nekh a été invité à jouer. C’est donc à partir de 2009 que j’ai commencé à avoir ma propre identité en me faisant appeler Kéba.  J’ai joué en tout dans cinq pièces : Cliché, Déception, «Boudoul Ki di Ké si ce n’est pas celui-ci c’est celui-là», Rêve brisé. J’avais également pris part au tournage d’un film international à Ziguinchor dénommé Njima, produit par Ndéye  Binta Diedhiou  en collaboration avec des Nigérians. C’est en janvier prochain que les Sénégalais pourront suivre ce film sur une de nos télévisions. Il est en train d’être diffusé actuellement aux Etats-Unis, au Nigeria. Ce film traite du sort peu enviable réservé aux «Bonnes» qui, souvent, sont transformées en objet sexuel par leurs employeurs. C’est un film qui conscientise sur le rôle important des domestiques qui méritent tout notre respect.
Avec une maman artiste-comédienne, vous avez dû subir son influence pour aujourd’hui vous retrouvez au-devant de la scène ?
Ma mère,  Marème Dioh, est effectivement une artiste-comédienne. Mais ça fait longtemps qu’elle n’est pas apparue dans une pièce de théâtre. Lorsque j’ai commencé à émerger dans le milieu, je lui ai dit de prendre du recul. J’avais mal de la voir être exploitée par les producteurs véreux. Elle ne participera plus à une production, si elle n’y trouve pas son compte. Je me suis chargé de prendre en charge cette question pour elle. Je ne le cache pas, Sa Nekh est mon idole, mais c’est ma mère qui m’a transmis le virus du théâtre. Elle n’a eu de cesse de m’encourager à le pratiquer. Et avec mes prestations, j’arrivais souvent à permettre à ma famille de vivre. Je suis né d’une famille modeste.
Vous avez suivi les traces de votre mère artiste alors qu’ici les artistes peinent à vivre de leur art. Pourquoi ?
Le théâtre paie bien son homme. C’est pourquoi au Sénégal, tout le monde cherche à être acteur ou comédien. J’ai eu à travailler avec des entreprises pour la promotion de leurs produits. J’ai fait avec certaines d’entre elles, des tournées publicitaires durant deux semaines pour me retrouver avec 600 mille francs dans les poches. Cela représente mon premier cachet. La foire internationale de Dakar a loué mes services avec des cachets qui vont de 700 à 1 million 500 mille francs. C’est très normal que je perçoive ces sommes, pourtant cela a coïncidé avec mes débuts dans le théâtre. J’étais carrément dedans, je pratique le théâtre par amour. Je n’ai donc pas à me plaindre dans la mesure où certains grands débutants comme moi n’ont pas eu le privilège que j’ai d’empocher ces sommes que j’ai eues, en faisant mes premiers pas dans le théâtre. Je m’inspire de mon idole, Sa Nekh, qui a plein de personnalité, qui ne se laisse pas marcher sur les pieds. C’est pourquoi que je n’accepte d’être exploité. J’ai été pour cela sollicité dans les grandes productions comme Dinama Nekh.
Dinamanekh a contribué à mieux vous vendre auprès des producteurs de films…?
Oui ! C’est dans Dinamanekh que j’ai frappé dans l’oeil d’une productrice qui m’a offert un rôle dans Ndjima et ensuite je joue dans Idoles. Cela prouve qu’on a l’œil sur les artistes qui émergent. J’ai reçu un cachet normal avec Njima où je suis intervenu dans deux séquences. Idoles m’ a également permis d’empocher un cachet consistant dont je tairai le montant. Je vais  davantage gagner de l’argent  dans le film si on fait  appel à mes services. Je ne souhaite pas que les choses s’arrêtent là. Je joue le rôle du patron de presse dans Idoles et j’interviens également dans  la 3ème saison qu’on vient tout juste de lancer. Idoles fait partie des meilleurs téléfilms jusque-là produits au Sénégal. Cela prouve que les choses sont en train d’évoluer dans le bon sens. Si tu sais ce que tu vaux, personne n’osera venir te proposer des cachets minables. Je suis en train de perfectionner davantage mon anglais, mon français pour relever mon niveau dans les téléfilms où j’aurais l’occasion d’intervenir.
On dit que vous êtes très lié à Diop Fall, votre collègue artiste qui est malade et hospitalisé ?
Effectivement Diop Fall est un ami de longue date. Nous nous sommes connus lors d’une manifestation organisée par Ibrahima Mbaye «Sopé». C’est vraiment un homme bien. Il est venu à ma rencontre en me disant que j’étais son artiste. Qu’il est toujours accroché à mes prestations qu’il juge de haute facture.  Ce qui me lie à lui reste très fort. Je n’ai jamais collaboré avec lui dans une pièce de théâtre. Mais j’étais en contact permanent avec lui par téléphone. Un jour ne passe sans qu’on ne discute. Depuis sa maladie, je ne parle qu’avec sa sœur. Je me suis toutefois rendu à son chevet à l’hôpital à plusieurs reprises. C’est un bon croyant. C‘est la star parmi les artistes-comédiens. Diop Fall draine des foules et une popularité que ceux qui sont plus riches n’ont pas. Nous avons des atomes crochus. Il fait partie des artistes avec qui j’entretiens de bonnes relations. Il faisait la navette entre Thiès, sa ville natale, Rufisque et Maristes.
Comment se porte-t-il, puisque vous avez été le voir à l’hôpital ?
C’est quelqu’un qui accepte sa maladie. C’est un croyant. Je suis resté pendant longtemps sans avoir de ses nouvelles. Je m’inquiétais à son sujet. Et j’ai pris mon téléphone pour l’appeler pour savoir ce qui se passe. Et c’est là que Diop Fall m’a fait savoir qu’il souffrait de terribles maux de tête. Quelques jours après, j’ai appris qu’il était interné à l’hôpital. Je n’ai pu parler avec lui que lorsque je suis parti le voir à l’hôpital. C’est avec sa sœur que j’ai pu échanger. Diop Fall est interné à la clinique Madeleine. C’est après que j’ai pu discuter avec lui. Tous ses propos se résument à rendre grâce à Dieu.  Je profite de cette occasion pour saluer le geste de la Première dame Marième Faye Sall qui a pris en charge les notes pour ses soins. Cela prouve la générosité de la Première dame que  je trouve humble. J’ai également été touché par son intervention téléphonique dans une radio pour apporter une assistance à une malade qui en avait besoin. Depuis lors, j’ai de l’estime pour elle. L’idée de l’évacuer en France avait été agitée. Mais aux dernières nouvelles, j’ai appris que la  Première Dame l’a mis en rapport avec un médecin très qualifié pour le soigner. (Il souffrirait d’une insuffisance rénale).
Il parait qu’il attend une intervention chirurgicale très prochainement pour être totalement soulagé ?
Je ne saurais le dire. Il y a une rumeur qui dit que c’est l’indisponibilité d’un rein qui empêche que Diop Fall fasse l’objet d’une intervention chirurgicale. Une fausse information avait informé qu’il était décédé. Tout cela prouve que Diop Fall vivra encore longtemps  avec nous. Nous prions Dieu pour qu’il retrouve la plénitude de ses moyens physiques. Pour qu’il retrouve les scènes, il nous man­que. C’est un artiste hors pair. Il a tenu à remercier les ar­tis­tes qui lui apportent un soutien.
La maladie de Diop Fall remet au goût du jour le problème de sécurité sanitaire des artistes-comédiens au Sénégal ?
La couverture maladie universelle est une initiative à saluer. Certains artistes y ont déjà adhéré. On ne peut pas se passer des soutiens, il faut qu’on accepte de revoir notre statut d’artiste. En France, c’est le comédien qui est plus respecté que le ministre. Pourquoi les choses ne se passent pas ainsi au Sénégal. Les politiciens font appel à nos services. Je le redis : le geste de la Première dame nous donne du baume au cœur. Mais la maladie de Diop Fall va davantage ouvrir les yeux des artistes sur l’importance de se battre pour leur prise en charge. Un comédien est un régulateur pour sa société. Je rends hommage après la Tabaski à Baye Fall, un artiste-comédien décédé qui était de la troupe théâtral que je dirige et qui s’appelle  Génération»Geum Sa Bopp» de Guédiawaye.

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