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L’Association Gorée cinéma et le Musée des civilisations noires ont rendu ce dimanche un bel hommage à Cheikh Hamidou Kane en revisitant son œuvre «L’aventure ambiguë». Un film du même nom, réalisé en 1983 en Côte d’Ivoire, a été projeté en présence de l’acteur principal, Sidiki Bakaba, qui y incarnait le rôle de Samba Diallo. Et quelques minutes auparavant, le public assistait à un échange avec des élèves de Mariama Ba, des lycées Seydou Nourou Tall, de Sokone et de Yeumbeul.

Ecrite il y a presque 60 ans, l’œuvre de Cheikh Hamidou Kane, L’aventure ambiguë, est pourtant toujours d’actualité. C’est sans doute conscients de cela que l’Association Gorée cinéma et le Musée des civilisations noires ont convié l’auteur à s’adresser à la jeunesse lors d’une soirée d’hommages organisée ce dimanche au musée. «J’essayais de montrer qu’il est possible d’avoir un monde nouveau, un monde meilleur si chacun assume son identité. Si chacun accepte l’identité de l’autre, il est possible de créer un monde nouveau», a-t-il dit pour expliquer l’objectif qu’il visait en écrivant L’aventure ambiguë. A l’heure où certaines identités sont niées, où le vivre ensemble semble presqu’impossible dans certains endroits et où le rejet de l’autre est le sentiment le plus partagé dans des coins du monde, le patriarche est plus que convaincu que «l’ère des destinées singulières est révolue», comme le disait Paul Lacroix ou le Chevallier dans leur dialogue dans le roman. «Aujourd’hui, le monde est devenu un. Il faut qu’on apprenne à coexister, qu’on reconnaisse et respecte toutes les identités, qu’on partage la responsabilité de diriger ce monde.» Mieux, Cheikh Hamidou Kane appelle à une «collaboration». Une collaboration saine dans le respect de l’autre. Et en ce sens, il se félicite d’ailleurs de la «collaboration» du Président Macky Sall avec les puissances étrangères comme la Chine par exemple. «C’est une collaboration qu’il faut approuver. C’est ce que souhaitaient les ancêtres dans L’aventure ambiguë. C’est ce qui est en train de se réaliser», note-t-il, se réjouissant par ailleurs que le Président Sall ait utilisé dans son dernier livre, Le Sénégal au cœur, une citation tirée de L’aventure ambiguë.

«Quand j’écrivais ce livre, je ne pensais pas le publier»
Répondant à une autre question, Cheikh Hamidou a également retracé la genèse de son œuvre. Celui qui ne se considère pas comme un écrivain et qui dit n’avoir pas pu faire de l’écriture son métier se confie en ces termes : «Comme l’avait voulu la Grande Royale, j’étais allé à l’étranger étudier à lier le bois au bois. J’ai fait des études en droit, administration. Et comme tous les cadres, j’étais appelé à être au four et au moulin.» La fonction d’écrivain n’était que secondaire pour l’administrateur qu’il était. Cheikh Hamidou a quand même mis à profit ses talents d’écrivain qu’il avait constatés pour porter un témoignage. «Quand j’écrivais ce livre, je ne pensais pas le publier. C’était juste un journal intime», avoue-t-il. C’est en effet après avoir rencontré Vincent Montaigne, un chercheur à l’Institut fondamental d’Afrique noire (Ifan), qui sera le futur préfacier de L’aventure ambiguë, qu’il se décidera à le publier. Et celui-ci d’ailleurs le présenta à son éditeur, Julliard, qui le publiera finalement. Cependant, l’auteur souligne que Senghor avait voulu que Seuil le publie. Et après publication en mars 1961, L’aventure ambiguë eut un tel retentissement que le journal Le Monde lui consacra un article très élogieux à sa «Une», raconte M. Kane. Et en recevant en 1962 le Grand prix littéraire d’Afrique noire, la notoriété et le retentissement du livre n’en sont devenus que plus grands. Et aujourd’hui encore, l’auteur se félicite de l’intérêt des jeunes pour ce livre et rappelle que du contact avec l’Occident, il ne s’agit pas de «s’aliéner», mais plutôt de «s’ouvrir», de tirer les aspects positifs de l’autre, tout en étant ancré dans ses propres valeurs et sa propre culture. En présence du ministre de la Culture Abdou Latif Coulibaly, Cheikh Hamidou Kane a également formulé le vœu de voir, tout comme son livre a été porté à l’image, la charte du Mandé l’être aussi. «L’écriture parfois ne suffit pas, le théâtre non plus. Avec la technique de l’image, seul le cinéma peut rendre compte de certains aspects», a-t-il remarqué.

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