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Trouver un autre nom à la Place de l’Europe, inaugurée le 9 mai dernier à Gorée, c’est ce qu’exigent les signataires de la pétition pour l’annulation de cette décision. En conférence de presse samedi, les membres du collectif «Non à la Place de l’Europe» à Gorée ont montré que son édification dans cette île mémoire est un scandale.

La consternation et l’indignation suscitées par l’inauguration de la Place de l’Europe le 9 mai dernier à Gorée ont poussé des activistes à mettre en place un collectif pour exiger qu’elle soit débaptisée. En conférence de presse samedi, les membres du collectif «Non à la place de l’Europe» à Gorée ont souligné dans une pétition, signée par des centaines de personnes, qu’au moment «où partout dans le monde des voix s’élèvent pour se débarrasser des oripeaux et vestiges des crimes contre l’humanité que sont la traite, l’esclavage et la colonisation, d’autres s’élèvent sur le continent et dans la diaspora pour réclamer des réparations pour les préjudices causés par ces crimes contre l’humanité, l’inauguration à Gorée d’une Place de l’Europe scandalise et crée un précédent dangereux». Démontant l’argument servi par le maire de Gorée, selon lequel l’île appartient à l’humanité et c’est dans l’ordre normal des choses qu’il y ait une «Place de l’Europe», les membres de ce collectif soutiennent que M. Augustin Senghor «ignore ou minimise les enjeux liés à la mémoire». Selon Hulo Guillabert et ses camarades, «Gorée est un lieu symbolique, chargé d’histoire». Ainsi, déclarent-ils, «liée à des événements traumatiques, Gorée n’est pas un endroit comme un autre». Faisant la comparaison avec d’autres lieux de mémoire dans le monde, les membres de ce collectif déclarent qu’il «ne viendrait à l’esprit d’aucun Euro­péen sensé l’idée d’ériger une ‘’Place de l’Allemagne’’ en plein Auschwitz, Dachau, le camp de Natzweiler-Struthof ou encore le camp de Drancy». «Le souvenir de l’internement et de la déportation des Juifs nous l’interdit», ont-ils dit. D’ailleurs, ils estiment que si, comme le proclame M. Senghor, «Gorée appartient à toute l’humanité, pourquoi alors ne pas aller jusqu’au bout du raisonnement et proposer une ‘’Place de l’humanité’’ ou une ‘’ Place du monde’’» ? Après avoir dénoncé toutes la gravité d’une telle décision, les signataires de la pétition «Non à la Place de l’Europe» demandent son annulation immédiate. Ils demandent également «aux autorités sénégalaises de prendre toutes les mesures afin de revoir la méthode de gestion de Gorée lorsque celle-ci touche à la question mémorielle». De même, ils veulent que «la gestion de la question mémorielle de Gorée soit séparée de la gestion quotidienne du Conseil municipal». Pour eux, «cette question mémorielle, parce que liant des millions de personnes à travers le monde, est trop pesante pour être laissée entre les mains d’une municipalité qui vient de faire preuve d’une désinvolture qui frise l’offense».

Réaction des Afro-descendants : Vers le boycott du Sénégal

Lors de cette conférence de presse, Hulo Guillabert a fait savoir que des Afro-descendants, outrés par la Place de l’Europe à Gorée, envisageraient même de boycotter la destination Sénégal si elle n’est pas débaptisée. Selon Mme Guillabert, il a été remarqué qu’il y a «une politique très touristique et pas assez mémorielle» dans cette île. A l’en croire, les «Afro-descendants n’étaient pas heureux de la politique de leur faire payer pour la chaloupe des prix beaucoup plus que les autres et aussi du fait que quand ils arrivent dans la Maison des Esclaves, ils ne peuvent pas se recueillir normalement avec les touristes qui les bousculent». Parce que, souligne-t-elle, «pour eux, ce n’est pas un lieu touristique, mais un sanctuaire».

dkane@lequotidien.sn

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