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Pr Gorgui Ciss est de ces hommes politiques rompus à la tâche mais dont le travail n’est pas toujours senti. Dans cet entretien, le maire de Yène revient sur son vécu personnel au sein du Parti socialiste, parle de l’abstention assumée du Ps sur un candidat issu de ses rangs à la Présidentielle et dégage des perspectives pour Benno bokk yaakaar.

Que répondez-vous à ceux qui disent qu’à cause de votre comportement vous n’êtes pas bien considéré au Ps ?
Je suis le secrétaire national aux Relations internationales du Ps. En plus, je suis le coordonnateur du réseau des universitaires du Ps. Si c’est pour un portefeuille ministériel qu’ils parlent, je dis que si on doit choisir deux ou trois ministres dans le gouvernement pour le parti socialiste alors qu’il y a des centaines aptes à le gérer, il faut savoir accepter que des camarades aient ces postes et nous essayons au mieux de les soutenir. Je suis très patient. On ne m’entend pas mais j’occupe des responsabilités dans le parti. Je suis membre du Secrétariat exécutif national qui est l’instance suprême du parti, membre du Bureau politique et du Comité central. Donc, je dis que je suis très bien considéré par mes camarades socialistes. Chacun a son vécu, sa culture et son caractère. Ceux qui me connaissent savent que je suis quelqu’un qui sait se battre en politique. J’ai mes convictions, je sais me battre mais je préfère avoir des responsabilités dans le calme et la paix plutôt que d’en avoir dans la bagarre, l’insulte et la querelle. Si on obtient des responsabilités, quel que soit le niveau d’ailleurs, par des querelles, des guerres ou des bagarres, je ne pense pas que cela puisse être profitable.

Pour une première inédite, une Présidentielle sans candidat issu du Ps.  Est-ce le début de la fin pour ce parti historique ?
Pas du tout. J’ai toujours dit que nous ne devions pas avoir une fixation sur une candidature du Parti socialiste parce qu’on ne doit pas présenter un candidat pour présenter un candidat. Quand on doit présenter un candidat, on doit être sûr de pouvoir gagner.

Donc, le Ps ne peut pas gagner une élection ?
Ce qui se passe, c’est que pour la première fois dans l’histoire du parti, nous sommes dans une coalition où nous ne jouons pas les premiers rôles, c’est-à-dire que nous ne sommes pas le principal parti. Ça c’est une évidence dont il faut tenir compte. L’autre fait est que nous avions mis une coalition entre les deux tours de la Présidentielle de 2012, et à la suite de cette élection, nous avons expérimenté le concept du «gagner ensemble, gouverner ensemble». Et depuis lors, nous sommes dans le cadre de la coalition Bby avec le Président Macky Sall. Je ne vois pas comment donc, après avoir partagé tout cela, qu’on puisse  se mettre de l’autre côté de la barrière et dire : «Il y a une échéance électorale et parce qu’on a été le premier parti du pays, il faut obligatoirement présenter un candidat.» Je dis que ce n’est pas sérieux car il faut être logique. Le Parti socialiste est aussi comptable que l’Apr du bilan que nous assumons et que nous allons défendre. L’autre fait est que nous sommes à l’ère des coalitions. Aucun parti pris isolément ne peut remporter une élection. Il faut voir la réalité en face.

Est-ce que Benno pourra survivre après la Présidentielle de 2019 ?
Si nous regardons l’intérêt du Sénégal et celui de notre coalition, il n’y a pas de raison que Benno ne survive pas après un second mandat de Macky. Quand nous aurons remporté l’élection et permis au Président Sall d’avoir un second mandat qui se terminera en 2024, il va falloir que Bby choisisse un autre candidat. En tout cas, c’est mon souhait et c’est ce qui doit se passer.

Ce candidat de Benno pour 2024 serait-il issu du Ps ?
Tout est possible. On peut avoir un candidat issu du Ps, de l’Afp, de l’Apr, du  Pit ou autre. Il va falloir négocier, discuter pour choisir un candidat comme on l’a fait pour Macky pour la Présidentielle de 2019. Il faut que Benno, dans le cadre de la coalition et surtout des leaders, négocie et discute pour choisir son candidat. Et dans ce cas, tous les partis doivent soutenir le candidat que la coalition aura désigné pour défendre ses couleurs.

Ça risque d’être compliqué surtout avec l’Apr qui s’illustre dans des querelles internes profondes…
Au Ps, de la section au comité jusqu’au niveau national, c’est bien structuré, ce qui n’est pas le cas malheureusement à l’Apr où dans plusieurs départements, des personnes différentes se réclament coordonnateurs du parti, et nous le déplorons. L’Apr n’est pas structuré. C’est un problème, mais nous arrivons à surmonter ces difficultés. Et quand il faut se mettre ensemble pour gagner, tout le monde doit ramer dans la même direction. C’est ce qui se passe et qu’on espère en 2024. Qu’on soit d’accord au moins sur l’essentiel et qu’on arrive à dégager le candidat de Benno qui va continuer à gouverner. Ce n’est pas facile mais c’est réalisable.
Pour 2019, une dizaine de candidats affirment avoir obtenu le nombre de parrains requis. Serait-ce un échec du parrainage si on se retrouve avec plus de candidats qu’en 2012 ?
Ah non ! Ce ne se sera pas un échec. On a vu la Présidentielle du Madagascar avec une trentaine de candidats comme dans beaucoup d’autres pays d’ailleurs. Se retrouver donc avec plus de candidats qu’en 2012 ne peut être considéré comme un échec du parrainage. Il faut a contrario se poser la question de savoir  si le parrainage n’était pas institué, dans quelle situation on serait. Le parrainage est une réussite et tout compte fait, l’histoire donne raison au Président Macky Sall pour l’avoir institué. Sinon on serait dans l’impossibilité d’organiser une élection.

L’opposition exige le fichier électoral en vain. Cela ne conduit-il pas à des complications ? 
A la veille de chaque élection, il y a ce genre de contestations. On parle du fichier qui ne serait pas conforme et bien d’autres problèmes. Mais une élection où toutes les parties prenantes sont représentées tout le long du processus, je ne vois pas où et comment on peut falsifier des résultats d’autant plus qu’il y  a la Cena qui est chargée de veiller sur la régularité des élections.  Ce qui est constant et qu’on peut dire avec fermeté, c’est qu’au Sénégal nous avons dépassé l’ère de tripatouiller, de pré-fabriquer des résultats ou voler des élections. Il ne faut pas exiger de ce gouvernement ce que l’on n’a pas pu obtenir de tous les autres gouvernements d’autant plus que ceci est bien encadré par la loi et le Code électoral. C’est le Code électoral qui organise la disponibilité du fichier. On ne peut pas, à trois ou quatre mois des élections, demander qu’on vous donne le fichier électoral alors que la loi dit qu’il faut attendre un mois avant l’élection pour que le fichier puisse être disponible et que tous les candidats puissent l’avoir ainsi que le listing des bureaux de vote. On n’est pas pour l’instant à ce niveau.

Elle récuse aussi le ministre de l’Intérieur pour l’organisation de la Présidentielle…
Que le ministre de l’Intérieur organise des élections, je n’y vois pas d’inconvénients. Ce sont des fonctionnaires qui assurent l’organisation matérielle de manière effective. Et sous ce rapport, je ne vois pas qui mieux que le ministère de l’Intérieur pour prendre en charge cette organisation qui est extrêmement lourde. Il ne faudrait pas que les gens aient une fixation sur un individu. On ne pourra pas avoir quelqu’un dans ce pays qui ne fasse pas partie d’un groupe ou d’un camp, même si c’est une personnalité neutre et indépendante comme ils disent.

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