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Entre impunité garantie aux mauvais gestionnaires et campagne de dénigrement, le régime de Macky Sall a dévalorisé la portée des corps de contrôle. Depuis 2012, Macky Sall, Mahammed Boun Abadallah Dionne, Aly Ngouille Ndiaye ou Cheikh Oumar Hann ont, d’une manière ou d’une autre, émis des réserves sur les rapports de contrôle de la gestion publique.

La Cour des comptes a remis ses rapports 2015, 2016 et 2017 au président de la République la semaine dernière. De nombreuses structures publiques ont été épinglées. Ce qui est loin d’être une première sous nos cieux. Que cela soit l’Inspection générale d’Etat (Ige), l’Office national de lutte contre la fraude et la corruption (Ofnac), l’Autorité de régulation des marchés publics (Armp), les rapports de corps de contrôle sont légion dans les tiroirs du chef de l’Etat. Mais aucun des mauvais gestionnaires n’est jamais inquiété. Du moins ceux qui sont au pouvoir. Un paradoxe dans la mesure où le régime du Président Macky Sall ne manque jamais l’occasion de bomber le torse d’avoir mis en place des structures comme l’Ofnac.

Les réticences de Macky
L’ironie est que c’est le pouvoir qui orchestre une campagne de dénigrement en jetant l’opprobre sur le travail des vérificateurs. Hier lors de la levée des couleurs, le chef de l’Etat a minimisé la portée des rapports de la Cour des comptes. «Il est à noter des manquements sur le respect des procédures, des entorses au Code des marchés publics. Surtout, il est à noter des recommandations pour corriger souvent des erreurs de procédure ou des actes non conformes. Donc voilà la bonne lecture qu’il faut en faire, c’est moins ceux qui s’épanchent dans la presse comme ça», a déclaré Macky Sall. Avant d’ajouter : «Il est très important qu’on remette dans son contexte le sens des rapports de la Cour des comptes, de l’Ige et le sens des rapports quotidiennement produits par le contrôle financier qui veille au quotidien et accompagne la gestion des entreprises publiques (…) Ça ne fait pas l’objet de publicité et c’est tant mieux. Mais des sanctions réellement pécuniaires sont faites et les dossiers qui nécessitent que la justice se prononce seront transmis au niveau des juridictions.» Il a par ailleurs, annoncé la mise en place d’une commission pour l’exploitation des rapports de la Cour des comptes.

Les insultes de Moustapha Diop, les menaces de Cheikh Oumar Hann
La justice, les Sénégalais attendront de voir. Depuis l’avènement du régime en 2012, aucun rapport d’un corps de contrôle épinglant des responsables n’a fait l’objet d’un traitement judiciaire. Certains mêmes parmi eux ont crié à la théorie du complot en menaçant les enquêteurs. «Mme Nafi Ngom Keïta veut faire de moi le symbole national de la mal gouvernance. Je ne peux pas l’être, car il n’y a pas de mal gouvernance. Il n’y a pas de mal gouvernance sous le régime de Macky Sall. Je me dresserai contre mes détracteurs. Ils ne peuvent pas me faire chanter, il faut que la justice s’en mêle et ils répondront de leurs actes de chantage posés depuis 2016», a promis le week-end dernier, Cheikh Oumar Hann, incriminé par l’Ofnac en mai 2016.
En juin 2015, Moustapha Diop, alors ministre délégué en charge de la Microfinance, aurait abreuvé d’insultes des magistrats de la Cour des comptes dans l’exercice de leurs fonctions. Même si le concerné a démenti cet acte.

Dionne : «Le rapport de l’Ofnac (de 2015), c’est comme du fromage hollandais…»
En décembre 2017, le ministre de l’Intérieur s’est dit «pas convaincu» par le rapport de l’Ofnac qui a révélé une forte présence de la corruption à la gendarmerie et à la police. En 2012, sur la gestion des ressources naturelles, Macky Sall ne s’est pas embarrassé pour jeter à la poubelle le rapport de l’Ige qui déconseillait à l’Etat de confier la gestion de l’exploration du pétrole à Petro Tim.
Au même moment, un rapport de l’Ige a valu à l’opposant Khalifa Sall une condamnation à 5 ans de prison ferme pour «escroquerie sur des deniers publics». L’idée d’une justice sélective est difficile à enlever dans l’esprit de beaucoup de Sénégalais. Certes, le contenu d’un rapport de quelque corps de contrôle que ce soit n’a pas valeur d’Evangile. Mais le transmettre à la justice lui ferait gagner en crédibilité. Finale­ment, où se trouve le sens de l’existence des corps de contrôle si ceux qui sont épinglés ne sont pas inquiétés et parfois même sont promus à des stations beaucoup plus importantes ?
Le Présidente Macky Sall avait dit : «L’Ofnac c’est pour nous. La Crei pour eux (l’ancien régime).» Mais pour Mahammed Abdallah Dionne, «le rapport de l’Ofnac (de 2015), c’est comme du fromage hollandais, il y a plus de trous que de gruyères.» Au même moment, le Sénégal stagne depuis 4 ans dans la zone rouge de l’indice de perception de la corruption.

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