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La réaction du Grand Théâtre ne s’est pas fait attendre après la sortie hier dans les journaux du groupe Pape et Cheikh et des Acteurs de l’industrie de la musique (Aim), dénonçant la fermeture des rideaux en plein concert ainsi que la mauvaise gestion du Grand Théâtre. L’administrateur général Keyssi Bousso a, à son tour, rencontré la presse pour dire sa part de vérité. Lui qui dit toujours préférer garder le silence face aux fausses allégations et critiques des uns et des autres n’a pas du tout apprécié la conduite des artistes. Pour lui, «Pape et Cheikh sont ingrats et sont tout sauf des professionnels».

C’est dans son bureau situé au 4ème étage du Grand Théâtre que Keyssi Bousso a reçu la presse. Le maître des lieux, dans son costume bleu de nuit, est assis sur son fauteuil le visage bien fermé. A peine les salamalecs d’usage terminés qu’il plonge dans le vif du sujet. L’admi­nistrateur général est bien remonté après la sortie d’avant-hier du groupe Pape et Cheikh, de Guissé Pène et de l’Aim. D’un ton ferme, il prend le temps de démonter point par point les arguments avancés dans la presse par les artistes. «Le groupe Pape et Cheikh dit s’être senti humilié après la fermeture des rideaux en plein concert. Je vous apprends qu’aucun contrat ne nous liait. Contrairement aux habitudes du Grand Théâtre, c’est le jour même du concert qu’ils sont venus payer la location à 17h 35. Alors qu’ils avaient déjà vendu leurs tickets et fait leur publicité partout. Ils n’avaient même pas versé un rond», explique Keyssi Bousso qui reconnaît que c’est déjà une faveur qu’il leur a fait et que les choses ne devraient pas se passer ainsi. Il poursuit très en verve : «Ils n’ont même pas de contrat. Ils ont versé 3 millions le jour j à 17h et ont reçu en contrepartie une facture. Ils n’ont qu’à m’amener en justice s’ils veulent, je n’ai pas peur.» A en croire le gestionnaire de la salle de spectacle la plus prisée du showbiz dakarois, «de tous les artistes qui ont joué ici depuis que je suis l’administrateur, ce sont les seuls qui n’ont pas signé de contrat et qui se sont permis de faire la pub et vendre les billets avant de venir payer».
«Non ! Si c’était des professionnels, ils n’agiront pas de la sorte. Soyons sérieux ! J’ai vécu pendant 36 ans en Belgique. Quand tu loues une salle, si tu n’as pas de contrat, tu n’oses même pas aller faire la publicité et vendre des cartes. C’est seulement au Sénégal où je vois ça», regrette M. Bousso. Et pourquoi avoir fait cette faveur au groupe Pape et Cheikh ? «Ils sont venus nous voir pour réserver la date. J’ai donné mon accord verbal. Mais on les a appelés à plusieurs reprises. Venez signer votre contrat. Ils disaient tout le temps on attend tel ministre pour qu’il nous donne de l’argent, des sponsors… Même des ministres m’ont téléphoné pour me dire, mais grand ‘’gni samay kharrritt laniou’’», explique M. Bousso. D’après lui, «les gens aiment trop fonctionner à la sénégalaise» et cela a fini par amener des problèmes. «Ailleurs en Europe, si Pape et Cheikh ont un concert, ils ne peuvent pas se permettre ce qu’ils ont fait», a clairement avancé l’administrateur du Grand Théâtre pour qui le groupe Pape et Cheikh n’a aucun sens professionnel. «Ça ne se fait pas. Quand je demande une garantie locative, les gens crient à l’arnaque. C’est un grand problème. Alors que même à Doumga Lao, mon petit patelin, je donne une garantie locative lorsque je veux organiser un évènement. Je ne dis pas que j’ai raison, mais eux qui se disent professionnels ont tort à 100%. Si c’est le Centre culturel français qui les convoque à 20h, ils seront là-bas à l’heure indiquée. Ici, ils font le contraire. Ce n’est pas sérieux. Il faut que nos artistes se prennent au sérieux», fulmine-t-il.

La logique de gratuité
Plus contrarié que jamais, l’administrateur général du Grand Théâtre réagit également sur la demande du groupe Pape et Cheikh et de l’Aim qui veulent que cet endroit soit mis gratuitement à la disposition des artistes. «Ils disent que le Grand Théâtre, ce sont les Chinois qui l’ont construit, que c’est un établissement public et que ça doit être gratuit. Si j’ai un décret qui me dit de donner cette salle gratuitement, je le ferais. Ce n’est pas un problème. L’argent ne rentre pas dans mes poches», clarifie-t-il. Et sur les 180 places que les «princes du folk» disent avoir perdues au profit du Grand Théâtre, M. Bousso affirme que ce sont des places réservées aux parents et amis de son personnel, aux sponsors et amis. «C’est comme ça depuis que le Grand Théâtre existe. J’ai trouvé cette pratique ici. Cela ne changera pas», a-t-il lancé, décriant le fait que ce sont les artistes qu’ils aident le plus qui ont l’habitude de jeter l’opprobre sur sa personne et sa gestion. «Ce qui me fait mal au fond de moi-même et qui fait que j’ai décidé de réagir, c’est que j’aide ces artistes. Dans mon bureau, ils rentrent tous et sortent tous comme ils veulent. Je ne suis pas un directeur général fermé aux gens. Ils peuvent venir jusqu’à n’importe quel moment et n’importe quelle heure», dit-il.

Avoir le beurre et  l’argent du beurre
Au nombre des agissements des artistes jugés «inconcevables» et «pas professionnels» par Keyssi Bousso, il relève le surnombre de tickets vendus et l’absence de cachets du Grand Théâtre. «Même si j’étais dans mon petit village de Doumga Lao, je n’oserais pas faire des billets comme ça. Il faut penser les sécuriser. Ici au Grand Théâtre, quand on vend nos billets, on prévoit 1 800 places. Tu amènes les tickets et on met nos cachets. Mais eux en ont vendu près de 2 000 et ne nous ont rien donné pour les sécuriser. Ils disent ‘’dagn ko fatté. Fatté wouniou diaye di fatté indi’’», a dénoncé M. Bousso. Aussi, en réaction à l’Aim qui demande la réparation du préjudice causé, M. Bousso soutient que c’est lui-même qui en a subi et qu’il ne reculera devant rien : «Même pas devant la justice». «Ils ont vendu plus de 2 000 billets et ont fait comme s’ils étaient dans un ‘’louma’’ pour payer des chèvres et des moutons. Ils n’ont qu’à m’amener en justice. Je n’ai pas peur de la justice. Qu’ils m’amènent chez Macky Sall, s’ils le veulent. Si j’ai fait une petite erreur, eux en ont fait 25.» En conclusion de sa rencontre avec les journalistes, Keyssi Bousso estime que la vérité c’est la vérité et qu’«il est difficile d’échapper à un lézard qui, quand tu es devant lui te dit : ‘’Tu m’empêches d’avoir des crickets.’’ Quand tu es derrière, il te dit : ‘’Tu me marches sur la queue.’’ Et à gauche, il te dit : ‘’Tu me montres que tu es plus haut’’». En clair, relève-t-il, «on ne peut pas échapper à pareille personne. Il faut dire que Pape et Cheikh, ainsi que tous les artistes qui tiennent ce discours, veulent gagner beaucoup d’argent et ne veulent pas dépenser. Ils viennent au dernier moment et vendent leurs tickets : 500 à 600 vip à 20 mille F Cfa, c’est déjà 10 millions. Les 1 000 personnes à 10 mille F Cfa, c’est 10 millions. Donc la salle n’est pas chère au vu des charges… Nous payons près de 17 millions en électricité…»

Pour une meilleure collaboration : Les artistes invités à respecter l’horaire entre 20h et 2h du matin
Désormais, il n’y aura plus de dérogation. L’administrateur du Grand Théâtre a pris la ferme résolution de louer la salle aux artistes entre 20h et 2h du matin. «A partir d’aujourd’hui, j’ouvre mes portes de 20h à 2h du matin. Et je ferme», a annoncé Keyssi Bousso. Souhaitant que les artistes se conforment aux horaires pour éviter tout problème. Cela n’amènera-t-il pas des problèmes ? «On fait quelques concessions parfois parce que ce sont des artistes et je les comprends. Mais la norme voudrait qu’ils se produisent à partir de 20h jusqu’à 2h du matin. Au-delà, ils doivent payer chaque heure passée. Kiné Lam et les autres artistes qui sont restés après 2h ont payé», déclare M. Bousso.

aly@lequotidien.sn

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