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2016 a été une année très mouvementée dans le milieu de la culture. On ne peut en faire l’économie en toute fidélité. Le choix ici, c’est simplement de revenir sur certains évènements et dates symboliques qui ont marqué le tableau culturel. Entre faits joyeux et douloureux, les activités et évènements de l’année finissant entrent pour l’éternité dans les annales de l’histoire du Sénégal.

2016 a été une année culturellement riche au Sénégal. Et Dakar a été une plaque tournante de la musique africaine et de la diaspora. Le Monument de la Renaissance africaine et le Grand Théâtre national ont accueilli plusieurs artistes de renommée internationale. On peut citer entre autres : Youssoupha, Wizkid, Toofan, Mhd, Habib Koité, Booba, Eddy Kenzo, Maitre Gims, Toumani Diabaté et son fils Sidiki Diabaté… Et si pour certains  leurs concerts ont bien été appréciés par le public sénégalais, pour d’autres le passage a été maqué par une série de disgrâces qui a laissé le public mécontent ou sur sa faim. C’est le cas par exemple avec Wizkid. On ne peut oublier la mauvaise sonorisation qui a tout gâché lors de son concert au Monument de la Renaissance africaine. Ajouté au fait que la voix de la star nigériane, n’était pas toujours au top. «Il ne chante pas bien», se plaignaient les fans sur les réseaux sociaux.
La furie des réseaux sociaux, s’est aussi déchaînée sur le rappeur Booba lors de son passage à Dakar. L’artiste franco-sénégalais qui  a osé comparer le rap Galsen au rap polonais a essuyé plein d’injures, de critiques et de diatribes sur la toile et même des attaques dans les médias. Le rappeur Nitdoff qui n’avait pas digéré son affront traduit à travers ses propos relayés dans le journal Le Quotidien, ne l’a pas raté. «Tu n’es pas une référence pour nous. Notre rap n’est pas comme le tien…  Tu penses qu’ici on n’a pas le niveau ? Même si nous n’avons pas un sou, nous essayons de faire un rap conscient», martelait-il dans une vidéo postée sur le net. Fier de son rap galsèn, Nitdoff a même sorti un nouveau son intitulé «nioun nioy rap galsen» rien que pour montrer à Booba qu’il existe bel et bien au Sénégal, un mouvement de rap fort et présent. Nitdoff  était toutefois loin de faire l’unanimité, sur l’attaque. Pour son confrère Nix, «Booba n’avait pas complètement tort». L’intéressé lui-même, comme pour donner la leçon à ses collègues du pays de la teranga, est reparti en lançant quelques semaines après son dernier tube Dkr, un vrai hommage à l’Afrique et à son Sénégal d’origine. Le clip continue de faire le buzz et de cartonner dans tous les coins du pays. Pendant ce temps, que retenir des sorties d’album sur l’année 2016 ?

Une dizaine d’albums sur le marché national
Des artistes comme Youssou Ndour, Baaba Maal, Mapenda Seck, Mame Goor Djazaka, Queen Biz, Daara J Family, Nit Doff, Nix, Pape et Cheikh, entre autres, ont marqué l’année 2016. Ces stars de la musique ont mis de nouveaux produits dans les bacs.  En réalité, contrairement à l’année précédente, les mélomanes sénégalais ont été gâtés par le flux d’albums des  artistes. Le 26 janvier déjà, le chanteur Baaba Maal, présentait son «Traveller», un opus qui, à travers ses 9 morceaux, proposent aux mélomanes un voyage dans le temps et surtout dans l’espace. Selon le lead vocal du Dandé lenol, le ton de «Traveller» lui vient de «Télévision», son album de 2009. «J’ai fait, Nomad Soul, après Firin’in Fouta. Deux albums qui étaient orientés vers la musique électronique. Mais, c’est avec Télévision qu’on a plus senti cette option», expliquait-il. Le 17 mars, Daara J Family présente Foundation. Quelques mois plus tard, le 10 mai exactement, le roi du mbalax Youssou Ndour, a lui sorti  Sénégal rek . Un maxi de cinq titres,  où il rend un hommage à la culture sénégalaise, au mbalax et à sa sœur Ngoné Ndour a qui, il a dédicacé ce projet musical. «On ne choisit pas sa famille, mais il nous est donné de choisir nos héros et nos héroïnes. Plus qu’une sœur, elle est une seconde maman qui a toujours été présente positivement dans ma carrière et dans ma vie. A cette grande âme sensible, à cette battante d’une dignité incommensurable je dédie cet album. Merci Ngoné Ndour», dira l’artiste.
Trois mois avant la sortie de cet album du roi du Mbalax, Thione Seck, un autre grand nom de la musique sénégalaise avait été remis en liberté provisoire après une détention préventive de près de 9 mois pour tentative d’escroquerie et blanchiment. Une mauvaise passe qui sera vite oubliée avec l’annonce à Bercy du concert de son fils Waly Seck et les nombreuses polémiques qui s’en ont suivi. Mais le 6 octobre 2016,  un autre membre de la même famille, l’artiste Mapenda Seck sort un album après une longue absence. Intitulé Maan , cet opus est composé de treize titres. Sur ce joyau musical, il «exprime sa ferme volonté de revenir au-devant de la scène au grand plaisir de ses fans longtemps sevrés de ses belles envolées».  Mame Goor Diazaka lui emboitera les pas le 16 septembre en positionnant sa Référence. Cet album qu’il réalise avec la complicité d’autres artistes comme Mbene Diatta, Idrissa Diop, Ngoné Ndiaye Guewel, et des instrumentalistes comme Habib Faye, et Ibou Mbaye fait sensation. Sur le produit, le baye Fall du mbalax, chante plusieurs  figures qui ont marqué le pays, des hommes braves et travailleurs. Le 10 aout, Pape et Cheikh font eux aussi découvrir leur nouvel album de 13 titres, Esprit Live 2. Un opus qui offre différentes sonorités africaines.
Puis, en fin d’année une voix féminine s’annonce dans les bacs. Queen Biz, après 4 ans sans sortir d’album, lance son 2e opus, baptisé Eksina . La chanteuse y relate son parcours, et chante ses détracteurs. C’est du mbalax version Queen Biz. Beaucoup d’autres artistes et rappeurs comme Nit Doff, Nix avec l’Art de vivre , Elzo Jamdong dans  Freengdoom … se sont fait entendre. Mais est-ce de la même manière que ceux qui se sont illustrés dans les festivals ?

Des honneurs au cinéma
Outre le retour de grands noms de scène sur le marché, le monde du cinéma a connu de belles récoltes. Beaucoup de trophées ont été remportés dans les différents festivals et rencontres du 7e art à travers le monde. A la 16e édition de Clap Ivoire (le Festival international de court métrage réservé aux jeunes réalisateurs et organisé par la Côte d’Ivoire) qui s’est déroulée du 5 au 11 septembre, le Sénégal a remporté trois prix. Ndèye Fatou Touré s’est adjugée deux trophées, le Prix Uemoa de la meilleure fiction, pour La Promesse , et le Prix Canal+ de la meilleure interprétation féminine. Le troisième trophée du Sénégal est allé à Mor Talla Ndione, sacré Prix Canal+ de la meilleure photographie. Aux Journées cinématographiques de Carthage, le Prix spécial du jury long métrage a été décerné au film The Revolution Won’t be Televised  de Rama Thiaw, pendant que le jeune réalisateur Alassane Sy obtint le Tanit d’or pour la meilleure œuvre de court métrage pour son film Marabout.
Plusieurs autres réalisateurs sénégalais ont été récompensés dans des festivals ici à Dakar comme ailleurs. On peut retenir parmi eux, la réalisatrice Angèle Diabang qui a obtenu le trophée francophone du cinéma pour son œuvre Congo, un médecin pour sauver les femmes, Ousmane William Mbaye qui a sorti Kemtiyu – Séex Anta, a lui aussi été primé au Gabon à l’Escale du documentaire.Récemment, Africadoc, l’a aussi honoré pour l’ensemble de son œuvre. Dans l’ensemble de belles réussites pour la direction de la cinématographie, qui peine tout de même à rendre effective la relance des recidak. Après l’annonce faite en 2014, pour tenir à Dakar ces rencontres en 2016, l’on apprend qu’un document de base vient d’être réalisé en vue de la relance effective de ces rencontres en 2017. Le monde du 7e art croise darrivee-de-sidiki-diabateonc les doigts sur ce projet vital pour donner plus de visibilité au cinéma sénégalais, voire d’Afrique.

La relance des festivals patrimoniaux
Même si l’on attend toujours la relance de certains grands rendez-vous artistiques qui marquaient le calendrier culturel, force est de constater que l’année 2016 a été un grand moment de rencontres culturelles avec un nombre incalculable de festivals organisés dans presque toutes les régions du Sénégal. L’on peut énumérer entre autres : le Festival de jazz de Saint-Louis, le Festival de Bandafassi, Africa Fête, Image et vie, le Festival des Rythmes du monde de Toubab Dialaw, Boukout festival à Bignona, le Festival Koom-Koom à Ziguinchor, les Rencontres sur le fleuve à Saint-Louis, le Festival du film documentaire de Saint Louis, le Festival de Thilogne, Gorée Diaspora, le Festival Parcelles des arts (au Parcelles Assainies) et plus récemment Guédiawaye by rap… et le Festival national des arts et cultures (Fesnac). Ainsi, des initiatives privées se sont succédé tout le long de 2016, venant renforcer celles des collectivités locales et faisant de l’année, celle du grand retour des festivals patrimoniaux.
Dans l’ensemble, tous ces festivals se sont bien déroulés, sauf Saint-Louis jazz qui a failli connaitre un report et qui par la suite s’est tenu sous haute surveillance. Une situation due aux menaces terroristes à travers le monde. Il faut rappeler que ce rendez-vous avait coïncidé avec un contexte marqué par l’attaque terroriste à Grand Bassam (en Côte d’Ivoire) et les autorités de la ville avaient jugé nécessaire de sécuriser les lieux pour permettre aux festivaliers de vivre de bons moments.

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